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La mission de la Nouvelle-Lorette au Sault-au-Récollet

19 septembre 2016
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La courte vie de la mission amérindienne de la Nouvelle-Lorette ou quand les autorités coloniales manigancent afin de créer la paroisse du Sault-au-Récollet.

Carte île de Montréal vers 1730

Carte de l’île de Montréal vers 1730
Vers 1730. Carte de lisle Monreal. Château de Vincennes (France). 7 B 75.
Le nom de Sault-au-Récollet évoque la noyade, en juin 1625, du père récollet Nicolas Viel et de son compagnon Ahuntsic dans ces rapides de la rivière des Prairies. Les historiens pensent qu’Ahuntsic n’était pas un Huron, comme son nom le suggère, mais plutôt un Français ayant vécu en Huronie, et connu sous son surnom huron. Mais le caractère amérindien du lieu deviendra vraiment déterminant quelque 70 années plus tard, quand une mission amérindienne s’y installera pendant environ un quart de siècle.

C’est à la fin du XVIIe siècle que prend naissance la mission de la Nouvelle-Lorette. En 1691, le missionnaire en charge de la mission de la Montagne, François Vachon de Belmont, fait construire au Sault-au-Récollet un fort de pieux. Il prépare déjà un éventuel déménagement de la mission de la Montagne, qu’il considère trop proche de Montréal et de Lachine pour les Amérindiens qui y habitent, car ils peuvent s’y procurer trop facilement de l’eau-de-vie. De plus, ils sont aussi trop accessibles aux Iroquois de la mission du Sault-Saint-Louis qui incitent leurs anciens captifs hurons, maintenant établis à la mission de la Montagne, à les y rejoindre.

De la montagne au sault, et du sault au lac

Mission de la Nouvelle-Lorette

Dessin du fort de la Nouvelle-Lorette
Dessin du fort de la Nouvelle-Lorette, par Charles Beaubien, dans : Beaubien, Charles-Philippe, Le Sault-au-Récollet : ses rapports avec les premiers temps de la colonie : mission-paroisse, Montréal, Beauchemin et fils, 1898, 505 p.
Mais c’est l’incendie qui ravage une bonne partie de la mission de la Montagne en 1694 qui déclenche ce déménagement qui a lieu en trois vagues successives, soit en 1696, en 1699 et en 1704-1705. La mission, nommée Nouvelle-Lorette, devient donc la nouvelle demeure des Amérindiens en provenance de la mission de la Montagne, principalement d’anciens captifs hurons et leurs descendants, qui s’étaient libérés du joug des Iroquois de la mission du Sault-Saint-Louis. Ses occupants l’appellent « Oukaouanoti », ce qui signifie « de l’autre côté de l’île ».

Mais les Sulpiciens ont déjà en tête de transférer la mission ailleurs. C’est ainsi que dès 1721, une partie des Amérindiens de la Nouvelle-Lorette doivent s’installer dans la nouvelle mission du lac des Deux-Montagnes, ce mouvement se poursuit dans les années subséquentes, jusqu’en 1736. Les documents historiques révèlent qu’il était même planifié, à la suite du défrichement des terres par les Amérindiens, que leur déménagement devait profiter à l’installation des colons canadiens dans la nouvelle paroisse du Sault-au-Récollet. L’établissement au lac des Deux-Montagnes se justifie également par le fait qu’il est avantageux de protéger la colonie par une présence amérindienne à l’ouest de l’île. Les autorités peuvent donc jouer de stratégies régionales tout en offrant des terres nouvellement défrichées aux colons.

Où était la mission?

Plan de l'île de Montréal vers 1702

Copie d'un plan de 1702 qui présente l'ensemble de l'île de Montréal, avec les terres concédées pour les différents secteurs habités.
Original conservé aux Archives de la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice (Paris), MS 1198), copie Archives de la Ville de Montréal, VM66-S1P025.
Malheureusement, l’emplacement de la mission de la Nouvelle-Lorette n’est pas connu avec précision, car il n’en reste aucun vestige. Nous savons que le fort avait trois bastions aux coins d’un carré de fortes palissades et qu’une chapelle y a été construite à l’angle est. Il comprenait également la maison des missionnaires, un couvent pour les soeurs de la Congrégation de Notre-Dame et un cimetière pour les Amérindiens. Les sources historiques suggèrent qu’il était situé à une distance d’un peu moins d’un arpent à l’ouest de l’actuelle église de la Visitation, située sur le boulevard Gouin. Les quelques interventions archéologiques effectuées dans le secteur n’ont cependant pas encore permis de le retrouver.

Quant au village amérindien, il était sans doute situé à côté du fort, auprès de la rive, mais lui non plus n’a pas été repéré et l’on ne sait pas de quel côté du fort il était établi. Il logeait une population de plus de 200 personnes et devait compter au moins une quarantaine de maisons. Le secteur du Sault-au-Récollet est en bonne partie urbanisé aujourd’hui, et ces vestiges ont sans doute été, en grande partie, perturbés.