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Le Palais des Nains de la rue Rachel

07 novembre 2019
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Créé dans les années 1920, le Palais des Nains est une des attractions de Montréal qui attirent alors les touristes. Ici, excentricité et divertissement populaire sont de mise!

Palais des Nains - fanion

Fanion du Palais des Nains avec une illustration de la maison et le nom en français et en anglais
Collection du Centre d’histoire de Montréal. 2007.82.
Bienvenue dans l’établissement le plus « royal » de la rue Rachel : le Palais des Nains! Il a été ouvert en 1926 au 961, rue Rachel Est par le « comte » Philippe Nicole et la « comtesse » Rose Dufresne, qui y emménagent avec leur nouveau-né, le petit « prince » Philippe. Gardée par deux lions en pierre, l’entrée est le seul endroit de grandeur « normale ». En effet, l’intérieur se révèle la copie miniature d’une habitation bourgeoise du Plateau-Mont-Royal.

Sympathiques et bienveillants, les Nicole et le personnel infirmier reçoivent les visiteurs arrivant bien souvent en autobus touristiques. Constituant l’une des attractions de Montréal avec la basilique Notre-Dame et le musée de cire, le Palais suit la mode américaine des dimes museums où l’excentricité est de mise. Pour les visiteurs, c’est un moment d’étonnement lorsqu’ils découvrent l’intérieur du Palais et se familiarisent avec l’histoire du couple Nicole avant leur arrivée à Montréal.

Un mariage au Massachusetts

Palais des Nains - brochure

Page couverture d'une brochure montrant la maison du Palais des Nains avec comme titre Notices biographiques du Comte et de la Comptesse Philippe Nicol et de leur fils Philippe Jr
Centre d’histoire de Montréal. Don de Claude Charlebois. 2011.280.
Cartes de visite, photographies colorisées, brochures biographiques, la publicité sur le Palais des Nains abonde dans les archives. Seul de sa famille à être de petite taille, Philippe Nicole est né le 27 septembre 1881 à Saint-Henri de Lévis. Comme bien des Canadiens français, la famille quitte la province pour la ville industrielle de Manchester au New Hampshire. Intégrant les vaudevilles et la troupe des cirques Barnum and Bailey, Forepaugh & Sells Brothers, Philippe apprend rapidement les ficelles des affaires et du show-business. Par l’entremise de monsieur Champagne, gérant de l’homme fort Louis Cyr, il rencontre Rose Dufresne à Lowell, au Massachusetts. Jeune femme franco-américaine de petite taille, elle joue du piano et se révèle une excellente cuisinière. Attirant une foule immense, forçant la fermeture des bureaux et des usines, leur mariage est célébré à Lowell le 22 novembre 1906. S’établissant à Montréal avec un joli pécule, ils ouvrent un premier palais au 415 de la rue Rachel Est (l’actuel numéro 507a) en 1913, puis un second au 961, rue Rachel en 1926.

À l’intérieur du Palais

Palais des Nains - carte postale

Carte postale montrant l'intérieur du parloir avec le comte et la comtesse
Collection personnelle de Stéphanie Mondor. Centre d’histoire de Montréal.
Attablé avec son épouse, le « comte » Philippe vous accueille dans l’intimité du quotidien. Mais il ne faut pas songer à vous asseoir sur une chaise, celle-ci s’écraserait certainement sous votre poids! L’ensemble du mobilier, du piano au cabinet d’aisances, est à la grandeur de ses minuscules occupants. Ce palais ne lui suffisant pas, Philippe Senior rêve d’en construire un troisième au parc La Fontaine, un projet qui ne sera pas approuvé par le comité exécutif de Montréal. À la suite de son décès en 1940, le Palais continue ses activités sous la responsabilité d’un gérant. L’épouse de Philippe Senior, Rose, y vit avec son fils qui lui cause bien du souci. Philippe Junior est bien connu des policiers, notamment pour le braquage d’un débit de tabac de l’avenue Mont-Royal en 1951. S’exilant aux États-Unis, il devient un lutteur renommé.

Après le décès de Rose en 1964, Huguette Rioux-Bastien, également de petite taille, ouvre un atelier de réparation de poupées dans ce qui fut le Palais des Nains et fait visiter les anciens appartements des Nicole de 1972 à 1992. La demeure ayant hébergé le Palais a aujourd’hui disparu.

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 29 janvier 2017.