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La gare Windsor

12 février 2016
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La construction de la gare Windsor, en 1887, dote le Canadien Pacifique d’un siège social et d’une gare à la hauteur de la progression exceptionnelle de cette entreprise de chemin de fer.

Gare Windsor - vue aérienne

Vue vers le nord-ouest, gare Windsor, cathédrale Marie-Reine-du-Monde.
Vue aérienne oblique du centre-ville de Montréal, 1925-1935. Archives de la Ville de Montréal. VM97-3_01-020.
Localisation: 1100, avenue des Canadiens-de-Montréal

Au moment où débute la construction de la gare Windsor, en 1887, le chemin de fer du Canadien Pacifique reliant Montréal à Vancouver vient de célébrer son deuxième anniversaire. En cette ère où le train semble promis à une croissance illimitée, la métropole est une des plaques tournantes de ce développement en Amérique du Nord, rivalisant avec Chicago, Boston et New York.

Le projet grandiose de William Van Horne

Directeur général du Canadien Pacifique (CP) depuis 1882, William Van Horne veut doter la compagnie, qu’il présidera bientôt, d’un siège social et d’une gare à la hauteur de la progression exceptionnelle de son entreprise. Le magnat des chemins de fer confie le projet de la gare Windsor, sur la rue du même nom (aujourd’hui la rue Peel), à l’architecte américain Bruce Price. Ce dernier opte pour un vaste bâtiment de style néo-roman, en calcaire de Montréal. Le chantier est entouré d’une clôture de 10 pieds sur laquelle un Van Horne enthousiaste avait écrit, en lettres noires de 6 pieds : « Beats all Creations... The New C.P.R. Station! » L’édifice, complété au coût de 300 000 $, est inauguré le 1er février 1889. Sont désormais regroupés les services aux voyageurs, la salle des pas perdus, les bureaux des ingénieurs et de la direction ainsi que les services postaux.

Gare Windsor - salle des pas perdus

Voyageurs dans la salle des pas perdus, 1948.
Feature. The 5:15 P.M. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. P48,S1,P16633.
D’un agrandissement à l’autre

Le peuplement de l’Ouest canadien au tournant du XXe siècle fait débarquer dans le port de Montréal des milliers d’immigrants qui prennent aussitôt le train pour poursuivre leur périple jusqu’aux Prairies. Devant cet afflux massif de passagers, la gare Windsor est augmentée à trois reprises durant la seule période de 1900 à 1913! Un premier agrandissement, « l’aile Maxwell », est érigé dans l’axe de l’actuelle rue de la Gauchetière, puis une seconde structure s’ajoute en 1906. Aujourd’hui disparue, cette annexe était surnommée la « Hutte de boue » en raison de sa construction en brique recouverte de stuc. Au coin des actuelles rues Peel et Saint-Antoine, les architectes Taylor, Watts et Painter prolongent la façade d’origine en 1913. Ils y intègrent un complexe de pierre reposant sur une structure d’acier et une nouvelle salle des pas perdus de près de 2500 mètres carrés, dont l’immense verrière peut toujours être admirée.

Gare Windsor en 1964

Voyageurs quittant la gare Windsor et traversant le square Dominion (aujourd’hui Place du Canada).
Gare Windsor, 1964. Archives de la Ville de Montréal. VM94-AD31-017.
La richesse architecturale exceptionnelle de la gare vient de la volonté de ses concepteurs de respecter le style néo-roman choisi par Price et Van Horne durant les années 1880. Tous les agrandissements faits entre 1900 et 1913 s’ajoutent organiquement grâce à l’utilisation des arcs en pierre sur les façades et des tourelles au sommet du bâtiment. L’importance de la gare Windsor dans l’histoire de l’architecture canadienne est majeure; ses architectes ont par la suite réalisé d’autres projets prestigieux : la gare-hôtel Viger, le Château Frontenac et l’Hôtel Banff Spring.

Pendant les deux guerres mondiales, les soldats en transit vers les champs de bataille européens s’ajoutent aux voyageurs habituels. Le monument L’Ange de la Victoire est installé dans la salle des pas perdus en 1922 pour rendre hommage aux employés du CP morts au combat. Le retour à la paix, la multiplication des automobiles, puis l’essor du réseau autoroutier causent une diminution importante du transport ferroviaire de passagers à partir des années 1960.

Changement forcé de vocation

Construction de l'hôtel Château Champlain, 1966

La gare Windsor, à gauche, semble plus petite à côté des gratte-ciel.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-Ad63-002.
Dans les décennies qui suivent, les trains quittent progressivement la gare Windsor pour ne plus y revenir : on met d’abord fin aux liaisons interurbaines en 1981, puis l’ouverture du terminus Lucien-L’allier en 1991 annonce le départ du dernier train de banlieue. Avec la construction de ce qui deviendra le Centre Bell quelques années plus tard sur l’emplacement même des rails qui se rendaient à la gare, une page d’histoire est définitivement tournée : en 2009, le Canadien Pacifique vend l’édifice à la société immobilière Cadillac Fairview.

Fière représentante de l’époque du chemin de fer triomphant, la gare Windsor a été classée lieu historique national du Canada en 1975, puis immeuble patrimonial par Québec en 2009. Ce classement assure la conservation des murs extérieurs des ailes érigées entre 1887 et 1913 ainsi que certains éléments intérieurs comme la salle des pas perdus, la statue de L’Ange de la Victoire et les horloges suspendues qui ont rythmé l’horaire de plusieurs centaines de milliers de passagers.

Gare Windsor - L'Ange de la Victoire

La sculpture L’Ange de la Victoire dans la salle des pas perdus.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Le secteur entourant l’ancien bâtiment du Canadien Pacifique a considérablement évolué depuis sa construction : la partie sud du square Dominion est devenue la place du Canada et les gratte-ciel dominent de plus en plus l’horizon. Si la démolition de la gare Windsor avait été pour un moment envisagée au début des années 1970, ce sont plutôt la conservation de l’édifice patrimonial et son intégration aux projets de tours résidentielles et commerciales qui font la manchette au début du XXIe siècle.

Cet article est paru dans le numéro 8 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il a été complété et mis à jour en 2015 par Charles Turgeon.

Références bibliographiques

Culture et Communications Québec, « Gare Windsor », dans Répertoire du patrimoine culturel du Québec, [En ligne], [http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consult... (Consulté le 17 décembre 2015).

« Gare Windsor », dans Lieux patrimoniaux du Canada, [En ligne], [http://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=4517&pid=0] (Consulté le 17 décembre 2015).

« Gare Windsor », dans Montréal en quartiers, [En ligne], [http://www.memorablemontreal.com/print/batiments_menu.php?quartier=12&ba... (Consulté le 17 décembre 2015).

LES AMIS DE LA GARE WINDSOR. Windsor Station. La Gare Windsor, Montréal, Friends of Windsor Station/Les amis de la Gare Windsor, 1974, 24 pages.