Un site du Centre d'histoire de Montréal

1886. Montréal-Vancouver, en voiture!

04 juillet 2016
Temps de lecture

Défi immense, le chemin de fer reliant Montréal à Vancouver est avant tout le moyen de joindre la Colombie-Britannique à la Confédération, d’affirmer la présence canadienne dans l’Ouest et d’ouvrir la voie à la colonisation.

Dans quelques heures, en ce soir du 28 juin 1886, le Pacific Express quittera la gare montréalaise Dalhousie, rue Berri, pour son premier voyage transcontinental jusqu’à Vancouver.

Pourtant, on ne pavoise pas. Quelques jours plus tôt, Vancouver a été entièrement détruite par un incendie, et 3000 personnes s’y retrouvent sans abri. Pas étonnant que, comme le rapporte un quotidien de Montréal, le départ du premier Transcanadien se fasse « with no fuss » – sans cérémonie. Cette absence de décorum explique peut-être qu’aucune photographie n’a été prise lors du départ du train à la gare Dalhousie. Il n’existe, à notre connaissance, aucune illustration de cet événement.

Environ 4700 kilomètres séparent Montréal et Port Moody, près de Vancouver, un trajet qui demande aujourd’hui quelques heures en avion ou environ quatre jours sur les rails. Parti le 28 juin, le train arrive le 4 juillet 1886, soit un voyage de six jours, un véritable exploit à l’époque!

Ce n’est pas un caprice si ce train part de Montréal. La ville, par sa position et son dynamisme économique, n’est-elle pas la « locomotive » du Canada? Avec son port de mer, ses réseaux de chemins de fer et ses nombreuses industries, Montréal est la plaque tournante de tout le commerce du pays.

Construire un pays

Gare Dalhousie en 1898

Passagers attendant le départ d'un train à la gare Dalhousie en 1898
« Départ pour Labelle », 27 mai 1898. En mai 1898, il s’agit certainement de la fin des départs de trains de passagers depuis la gare Dalhousie (visible en arrière-plan). Le Monde illustré, vol. 15, no 734, p. 57. 
Cet immense chemin de fer a été commandé par le gouvernement canadien à des financiers montréalais, pour convaincre la Colombie-Britannique de se joindre à la Confédération. Cette voie doit relier le pays « d’un océan à l’autre » et, du coup, montrer aux Américains que, dans l’Ouest, désormais, la place est prise par… les Canadiens.

La construction du chemin de fer sera parsemée d’immenses défis, mais aussi du premier grand scandale politique de l’histoire canadienne : pour obtenir ce très lucratif contrat en 1872, l’industriel montréalais sir Hugh Allan verse plus de 350 000 $ à la caisse électorale des conservateurs de John A. Macdonald. Lorsque l’affaire est dévoilée en 1873, le premier ministre démissionne et sir Hugh Allan est écarté du projet ferroviaire.

Il faut attendre 1881 pour que la compagnie du Canadien Pacifique soit incorporée, toujours sous la direction d’entrepreneurs montréalais. Comme la compagnie doit rattraper le retard des années 1870 et compléter rapidement le lien jusqu’à Vancouver, le gouvernement lui octroie de larges avantages : 30 millions de dollars et des terres pour une superficie de près de 50 millions d’acres. Tout un contrat!

Coloniser et cultiver massivement

Affiche du Canadien Pacifique, 1887

Affiche du Canadien Pacifique, 1887
Archives du Canadien Pacifique. A.6408.
Le chemin de fer ouvre la voie à la colonisation et à la mise en culture massive des Prairies par des immigrants européens recrutés par le Canadien Pacifique, ce qui ne se fait pas sans conflit avec les premiers habitants des grandes plaines. En 1885, lors de la Rébellion du Nord-Ouest, le Canadien Pacifique est ainsi utilisé pour transporter les troupes fédérales qui répriment le soulèvement de Métis et d’Amérindiens dirigé par Louis Riel.

Pour être prêt à recevoir la production de céréale, le Canadien Pacifique construit, dès 1885, le premier grand silo à grain du port de Montréal. La compagnie ferroviaire du Grand Tronc et la Commission du havre feront aussi construire d’immenses silos, et Montréal deviendra, en quelques décennies, le premier port céréalier au monde.

Le 28 juin 1886 marque la réalisation d’un rêve caressé par tous les explorateurs du Nouveau Monde : trouver le chemin des Indes, de la Chine, de l’Orient. Pour rappeler ce rêve, certains wagons du premier train transcontinental qui quitte Montréal en direction de Vancouver portent le nom de villes du Pacifique : Yokohama, Honolulu…