Un site du Centre d'histoire de Montréal

Des élèves enquêtent sur l’incendie du 10 avril 1734

Depuis 2006, des élèves du deuxième cycle du primaire participent à une enquête aussi pertinente qu’originale. Ce projet de médiation culturelle porte sur l’incendie de 1734 et le procès d’Angélique.

Marie-Josèphe-Angélique

Illustration représentant l'esclave noire Marie-Josèphe-Angélique
Une école montréalaise pour tous.
Qui a mis le feu à Montréal le 10 avril 1734? Est-ce bien Angélique, l’esclave noire de la veuve Francheville, qui a été accusée, condamnée et pendue pour crime d’incendiat? Et si ce n’est pas elle, qui est coupable? Ou serait-ce un accident?

C’est à ces questions que répondent des élèves du deuxième cycle du primaire depuis 2006. Ils participent à un projet de médiation culturelle dans le cadre d’Une école montréalaise pour tous, un programme du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur qui vise à contribuer à la réussite éducative des élèves issus des milieux défavorisés de l’île de Montréal. Le projet a évolué au fil des années, passant de Qui a mis le feu à Montréal le 10 avril 1734? à Enquête en Nouvelle-France en 2014, mais le sujet demeure l’incendie du 10 avril 1734 et le procès de Marie-Josèphe-Angélique. Ce sont 100 classes et environ 2100 élèves qui ont découvert l’histoire de Marie-Josèphe-Angélique depuis 2006!

Un projet de partenariat initié par le Centre d’histoire de Montréal

L’activité fait partie des projets de médiation culturelle d’Une école montréalaise pour tous. Cette activité a été initiée par le Centre d’histoire de Montréal en 2006 et se fait avec quelques partenaires, soit le Château Ramezay – Musée et site historique de Montréal, la Cour d’appel du Québec, le Musée Marguerite-Bourgeoys, l’artiste Carol Jones, et, depuis septembre 2016, Éducaloi. (Le Centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec a aussi été un partenaire les quatre premières années du projet.)

Description du projet

Pour l’édition de 2016-2017, le projet s’étale du mois d’octobre jusqu’au début du mois de février. Il démarre avec une journée de préparation qui réunit les enseignants et tous les partenaires du projet, afin que les enseignants se familiarisent avec le sujet et avec les six étapes du projet. Ils voient de quelle façon l’activité peut avoir un effet positif dans leur enseignement en milieu défavorisé. Pendant la matinée, ils assistent entre autres à une représentation théâtrale mettant en vedette Carol Jones dans le rôle de Marie-Josèphe-Angélique, l’histoire de l’incendie et du procès leur est racontée par l’historienne et archiviste Denyse Beaugrand-Champagne et ils reçoivent une copie de son livre Le procès de Marie-Josèphe-Angélique. Ils sont alors prêts à démarrer le projet en classe avec leurs élèves!

Activité Angélique au Centre d'histoire de Montréal

Activité Qui a mis le feu à Montréal le 10 avril 1734? au Centre d'histoire de Montréal avec des élèves de 2e cycle du primaire
Photo de Miranda Kuqi, Une école montréalaise pour tous.
Durant le projet, les élèves visitent trois musées : le Centre d’histoire de Montréal, le Château Ramezay et le Musée Marguerite-Bourgeoys. Et ils présentent leur résultat d’enquête dans un lieu prestigieux : la Cour d’appel du Québec. Tout cela sans compter le travail réalisé en classe!

Avant leur première sortie, les élèves se familiarisent avec les personnages de l’histoire grâce à des fiches d’identité remises par le Centre d’histoire de Montréal. Lorsqu’ils se présentent au musée, ils ont droit à deux activités, l’une à l’intérieur et l’autre à l’extérieur. Dans le musée, accompagnés par une animatrice et une comédienne, ils découvrent Montréal en 1734, l’incendie du 10 avril et le procès d’Angélique. Puis ils sortent pour une visite guidée dans le Vieux-Montréal, sur les traces des personnages de l’histoire, qui les mène du Centre d’histoire à la place d’Armes, en passant par la rue Saint-Paul.

Imaginer l’histoire

Lors de leur sortie suivante, les élèves visitent deux musées qui leur permettent de mieux comprendre la vie en Nouvelle-France : le Château Ramezay et le Musée Marguerite-Bourgeoys. Ils peuvent ainsi imaginer comment vivaient les personnages de l’histoire, comment ils étaient habillés, ce qu’ils mangeaient, à quel point la religion catholique marquait leur vie quotidienne, etc.

Ils sont ensuite prêts, en classe, avec le soutien de leur enseignant, à identifier le personnage qu’ils croient responsable de l’incendie et ils préparent un tableau d’enquête pour présenter cet accusé et expliquer leur choix. Ce tableau, ils l’expliquent devant trois autres classes et devant les partenaires du projet dans la salle de cour la plus prestigieuse de Montréal, la salle La Fontaine à la Cour d’appel du Québec. Un juriste d’Éducaloi est présent lors des présentations afin d’expliquer aux élèves, à la toute fin de la séance, quelle est la différence entre la justice à l’époque de Marie-Josèphe-Angélique et celle d’aujourd’hui.

Une activité originale sur un thème actuel et méconnu

L’activité est pertinente et originale à plus d’un titre. Tout d’abord, elle s’insère parfaitement dans les objectifs du programme de formation de l’école québécoise pour le niveau primaire. Son originalité est de permettre aux enseignants de parler à la fois de la vie quotidienne en Nouvelle-France aux élèves de façon beaucoup plus concrète, mais aussi d’aborder des sujets dont il est rarement question en univers social au primaire, soit la justice et l’esclavage. L’existence de l’esclavage durant le Régime français et une partie du Régime anglais est un fait encore largement méconnu dans la population.

Ce projet met aussi les élèves en contact avec des lieux culturels et des professions associées à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine. Les enseignants et les élèves ont souligné la chance d’être en contact avec des gens qui exercent des métiers souvent peu ou pas connus des élèves : historien, juge, archiviste, comédienne, guide et même enquêteur. Une élève a raconté, à la fin du projet, qu’elle souhaitait maintenant devenir archiviste, un métier dont elle ignorait l’existence avant le début de l’année scolaire! Et, jusqu’en 2015, un autre aspect original de cette activité a été de permettre aux élèves de devenir des interprètes du patrimoine grâce au théâtre, à l’aide d’une comédienne-metteure en scène qui les rencontrait quatre fois en classe.

La réponse à la question

Alors, qui a mis le feu? Sachez que parmi les classes qui ont participé au projet, certaines n’ont pas remis en question la culpabilité d’Angélique, d’autres l’ont déclarée non-coupable ou ont désigné un autre coupable : Claude Thibault, l’amoureux qui s’est enfui et qu’on n’a jamais revu, ou Marie-Manon, l’esclave panis qui vivait dans la maison voisine, ou encore les deux petites filles, Marguerite et Charlotte, les élèves sachant bien que les enfants aiment jouer avec le feu…

Voyez ce montage de 2 min 56 s qui montre des scènes des représentations des élèves à la fin du projet de l’année scolaire 2012-2013.


Un projet en lien avec une exposition temporaire

Exposition Qui a mis le feu à Montréal? 1734. Le procès d'Angélique

Vue sur le panneau titre et le panneau d'introduction de l'exposition Qui a mis le feu à Montréal? 1734. Le procès d'Angélique
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Pendant les deux premières années où l’activité a été offerte, en 2006-2007 et en 2007-2008, le Centre d’histoire présentait l’exposition temporaire Qui a mis le feu à Montréal? 1734 – Le procès d’Angélique (du 11 octobre 2006 au 10 février 2008) et le Château Ramezay, une exposition temporaire sur la justice en Nouvelle-France. L’exposition du Centre d’histoire était construite comme une enquête : elle mettait les visiteurs au défi de découvrir qui était responsable de l’incendie en répondant à des questions au fil du parcours. Il a été fait de même avec les élèves, en leur demandant de présenter leur réponse de façon théâtrale! Le succès avec les élèves a été tel que le Centre d’histoire a trouvé une façon de poursuivre le projet une fois l’exposition terminée. De 2006 à 2016, ce programme a été proposé huit fois (pendant trois années, le projet n’a pu être réalisé). En 2014, le projet a reçu le Prix d’excellence en interprétation du patrimoine de l’Association québécoise des interprètes du patrimoine.