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Cortège et festivités pour « Santo Cristo »

22 avril 2016

Les Portugais de Montréal célèbrent annuellement la fête religieuse du Senhor Santo Cristo dos Milagres. Ces festivités, incluant cortège et fanfares, attirent des Montréalais de toutes origines.

Santo Cristo - Ecce Homo 22 mai 2016

Ecce Homo, statue représentant Jésus-Christ portant la couronne d’épines, pour la procession de Santo Cristo.
Photo de Manuel Neves, pour la Missão Santa Cruz.
« Eh! Il faut débarquer ici. Les Portugais célèbrent leur fête, il y aura sûrement des bifanas! » Dans l’autobus 55, au coin des rues Saint-Laurent et Rachel, un Québécois francophone remarque les festivités portugaises tenues dans la rue et incite sa copine sino-québécoise à descendre pour se joindre à la fête et manger un sandwich au filet de porc grillé.

Chaque printemps, les Portugais provenant des Açores, notamment de l’île de São Miguel, célèbrent la fête religieuse du Senhor Santo Cristo dos Milagres (Seigneur-Saint-Christ-des-Miracles).

L’origine de cette fête remonte aux années 1520-1549, la date précise étant inconnue. Un groupe de religieuses de l’ordre des Clarisses établi à Caloura, un petit village situé du côté sud de l’île de São Miguel, se rend à Rome pour demander au Saint-Siège une bulle de fondation pour leur congrégation. Le pape, Clément VII ou Paul III, l’accorde et leur offre un ecce homo, une statue représentant Jésus-Christ portant la couronne d’épines.

Une très ancienne manifestation de foi

À cette époque, les îles des Açores étaient soumises aux fréquentes attaques de pirates. Craignant pour leur sécurité, les religieuses déménagent en 1540 au couvent de Nossa Senhora da Esperança, situé à Ponta Delgada, devenue la capitale de l’île. La statue originale du Santo Cristo y demeure toujours.

Portugais - Fête Santo Cristo, années 1960-1970

Procession du Santo Cristo dans une rue de Montréal dans les années 1960-1970.
Collection privée Amadeu de Moura.
En 1649, Teresa da Imaculada rentre au monastère et dédie sa vie à la dévotion du Santo Cristo. Elle témoigne de plusieurs miracles attribués à cette statue. À la fin du XVIIe siècle, une longue et grave crise sismique s’empare de l’île de São Miguel. Ses habitants, fervents croyants en la puissance miraculeuse de Santo Cristo, se tournent vers lui et prient pour l’apaisement des forces de la nature et du courroux de Dieu. Ils répondent à l’appel de Teresa da Imaculada et portent la statue en procession dans les rues de Ponta Delgada, offrant leur sacrifice à la volonté divine.

L’histoire raconte qu’à la sortie de la sculpture de son temple, la crise sismique s’est arrêtée immédiatement. Depuis ce temps, la procession se répète annuellement le cinquième dimanche après Pâques. Ce culte est devenu ainsi la plus ancienne manifestation de foi au Portugal.

Lors de leurs différentes émigrations, les Açoréens ont emmené avec eux cette forte croyance partout dans le monde. Ceux de Montréal ne font pas exception. Désireux de reproduire leurs convictions religieuses au sein de leur nouvelle communauté, ils font venir une copie de la statue de Santo Cristo et ils organisent le premier rassemblement au parc Jarry, le 13 mai 1966. L’année suivante, ils sortent en cortège.

Renforcer des liens autour de la communauté

Portugais - Fête Santo Cristo, 1994

Enfants participant à la célébration du Santo Cristo en mai 1994.
Collection privée Manuel Ribeiro.
Par la suite, tous les Portugais se joignent à leurs frères et sœurs Açoréens pour célébrer le Senhor Santo Cristo dos Milagres le dimanche précédant la Journée nationale des patriotes. Ce décalage dans les dates des célébrations açoréenne et montréalaise est dû au fait que plusieurs Açoréens retournent à São Miguel pour y tenir des promesses et visiter les leurs pendant les fêtes. De cette façon, ils peuvent assister aux deux festivités.

Cette manifestation religieuse permet de renforcer des liens serrés à l’intérieur de la communauté. Comme pour la fête qui se déroule à Ponta Delgada, les différentes associations religieuses, culturelles, académiques et sportives s’unissent et participent au cortège et aux célébrations, qui se prolongent pendant plusieurs journées et nuits.

Le cortège qui fait le tour du quartier portugais, les décorations lumineuses de l’Église Santa Cruz, la musique et les fanfares qui jouent sur le parvis rempli de drapeaux colorés, sans oublier l’arôme des fameuses bifanas et du poulet grillé attirent les Montréalais de toutes origines. Ils se joignent à la fête et tissent de nouveaux rapports avec leurs voisins portugais.