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Au feu!

12 février 2016
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De tout temps, les Montréalais ont affronté les incendies. Dans ce combat, ils ont bénéficié d’avancées techniques, de la professionnalisation de la lutte et d’une volonté accrue de prévention. 

Pompiers - Canadian Illustrated News

Illustration en page couverture de journal d'un bâtiment en flammes et de pompiers dans une échelle.
Canadian Illustrated News, 12 mai 1877, vol. XV, no 19. Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Depuis toujours, le feu nous fascine par ses propriétés bienfaisantes et par son pouvoir destructeur. Du début de la colonie jusqu’au XIXe siècle, il représente toutefois pour les Montréalais le plus dangereux et le plus cruel des ennemis. Au cours de ses 200 premières années d’existence, Montréal est en effet le théâtre de plusieurs sinistres majeurs qui détruisent des secteurs complets de la ville.

Quand sonne le tocsin...

Faute de ressources efficaces et d’un approvisionnement en eau adéquat, les citoyens de Ville-Marie ne peuvent guère compter que sur leur courage pour combattre l’élément destructeur. Les incendies sont alors l’affaire de tous : les citoyens se doivent, sous peine d’amende, de participer au combat du feu et de se joindre aux militaires stationnés dans la ville qui prennent en charge les opérations lors d’un sinistre majeur. Construite en 1672, l’ancienne église Notre-Dame sert de point de ralliement et constitue véritablement la première caserne de pompiers de Montréal. 

Place d'Armes avec les deux églises, 1830

Illustration de la Place d'Armes vue vers le sud, avec l'église devant la basilique Notre-Dame.
Place d’Armes Montreal /Robert A. Sproule, 1830. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Alertés au son du tocsin, les volontaires doivent en toute hâte se diriger vers l’église afin de se procurer les seaux, pioches, pelles, haches et sacs de sable qui y sont entreposés. Ils acheminent par la suite des seaux d’eau de main en main à partir des points d’eau environnants jusqu’au site de l’incendie, ou encore ils achètent cette eau à des porteurs itinérants.

Une innovation importante dans la lutte contre le feu débarque de l’Angleterre en 1804 : les Montréalais reçoivent une pompe à eau manuelle. Deux ans plus tard, la ville en compte six. Dispersées près des églises et des places publiques, ces machines sont tirées à bout de bras jusqu’au lieu du sinistre et sont actionnées par les premiers pompiers volontaires. Les responsables des pompes à eau, environ 200 hommes en 1824, sont à l’origine des amateurs bénévoles, venant de différents métiers.

Pompiers - pompe à vapeur

Photographie latérale d'une pompe à vapeur.
1904. Pompe à incendie. Archives de la Ville de Montréal. VM94-Z1856-1.
L’achat d’imposantes pompes à vapeur durant la seconde moitié du XIXe siècle amènera d’ailleurs une nouvelle espèce de combattants du feu : les chevaux. Été comme hiver, ils iront vaillamment au combat avec les pompiers jusqu’en 1936. Ce qui signifie qu’avant l’apparition des camions, les premières casernes de la ville étaient également utilisées comme écuries!

Un service professionnel

Malgré les tentatives répétées de constituer des brigades efficaces de pompiers volontaires et en dépit de la destruction traumatisante de plus de 1200 bâtiments par le grand feu de 1852, la cité doit attendre 1863 avant d’être dotée d’un service municipal de lutte contre les incendies, le Département du feu. Dirigée par le chef Alexander Bertram, la Montreal Fire Brigade bénéficie du progrès technologique nécessaire pour combler les besoins d’une métropole. 

Pompiers - Pompiers et cheveux, caserne place D'Youville

Pompiers et chevaux devant la caserne, affichant « CASERNE CENTRALE DE POMPIERS - CENTRAL FIRE STATION »
Archives de la Ville de Montréal. VM94-Z2224-01.

Désormais, grâce à l’invention du télégraphe et aux améliorations apportées à l’aqueduc, l’alerte est transmise depuis les boîtes d’alarme jusqu’au quartier général et un réseau de bornes-fontaines équipe les rues de la municipalité.

Au début du XXe siècle, à cause de la densité croissante du tissu urbain montréalais, le nombre des incendies se multiplie. Tout en améliorant les techniques de combat du feu, les pompiers s’emploient à diminuer les risques de sinistres. Sur l’initiative du chef Joseph Tremblay, on crée, dès 1913, le Département de la prévention qui contribue rapidement à abaisser de moitié le nombre des incendies. 

Pompiers - camion à échelle, caserne Letourneux

Photographie d'un camion à échelle affichant « No 44 » devant la caserne. 
Une échelle de pompier, 1920. VM94,Z-2236-9. Archives de la Ville de Montréal
Depuis, ce nombre est en constante diminution, et la prévention est de plus en plus au cœur de la mission du pompier montréalais.

En raison de la complexité grandissante de notre société et de la grande diversité des types d’incendie due à la multiplication des édifices en hauteur, à l’étendue de la ville souterraine et à l’omniprésence de matières dangereuses, le pompier d’aujourd’hui reçoit une formation continue qui puise ses sources à même la physique et la chimie des éléments. Par ailleurs, afin de réduire les coûts sociaux et les drames humains associés aux incendies, on assiste à une responsabilisation accrue des citoyens.

Pompiers - pompier en uniforme, années 1930

Photographie en pied d'un pompier en uniforme tenant un boyau et une lance d'incendie.
Boyau d’incendie avec pompier. 193- Archives de la Ville de Montréal. VM94-Z79-1.
Cet article est paru dans le numéro 5 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il a été rédigé par Claude Toupin et mis à jour par Charles Turgeon en 2015.

Une réglementation du bâtiment nécessaire

À travers le temps, la nécessité de minimiser la propagation du feu contribue à façonner progressivement le visage de Montréal. Déjà, sous le Régime français, des règlements et des ordonnances pour éviter les conflagrations influent sur l’architecture domestique, ceci perdure jusqu’au début du XIXe siècle. Depuis, les exigences accrues du code du bâtiment quant aux techniques de construction et à la nature des matériaux continuent à transformer notre environnement.

Chaque sinistre important que connaît l’histoire de Montréal a des conséquences directes sur la sécurité des citoyens. Ainsi, la tragédie du Laurier Palace en 1927, où périssent 78 enfants, et l’incendie du Café Blue Bird, en 1972, imposent l’implantation d’une réglementation plus stricte de la sécurité des bâtiments publics.

L’incendie de la Plaza Alexis-Nihon en 1986, l’un des plus importants sinistres du XXe siècle à Montréal puisqu’il mobilise toutes les équipes de pompiers, met en relief la nécessité de mesures de sécurité adéquates pour les bâtiments en hauteur.

Références bibliographiques

COURTEMANCHE, François, Pierre-Yves MARCOUX et Francesco BELLOMO. Le feu sacré. Une histoire des pompiers de Montréal (1642-2005), Saint-Lambert, Éditions Stromboli, 2005, 255 pages.