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1849. Le parlement brûle!

11 décembre 2015
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Le soir du 25 avril 1849, de fortes têtes entrent dans le parlement et y mettent le feu. Les députés se hâtent de sortir et on tente de sauver les archives et les livres. Le feu prend de l’ampleur…

Incendie du parlement

Tableau représentant le parlement de Montréal en flamme dans la nuit du 25 avril 1849
Collection privée Charles Vinh.
L’histoire de Montréal est jalonnée d’événements plus ou moins connus. Certains sont devenus, avec les années, des anecdotes intéressantes, sans plus. D’autres, cependant, ont longtemps été oubliés malgré leur importance. L’un de ces événements est l’incendie du parlement à Montréal, le 25 avril 1849.

Cet incendie est tragique à plus d’un égard. Outre le bâtiment lui-même, brûleront les quelque 25 000 livres et documents d’archives conservés dans les deux bibliothèques du Parlement. On assiste également à une montée des tensions ethniques entre francophones et anglophones. Montréal perd cette année-là le titre de capitale du Canada-Uni à la faveur de Toronto et Québec (qui se le partagent en alternance jusqu’en 1857, date à laquelle on établit la capitale à Ottawa de façon permanente). Revoyons la genèse de cet événement important survenu à Montréal en 1849.

Suprématie des tories brisée

Chambre de l'Assemblée législative vers 1848

Chambre de l'Assemblée législative vers 1848.
Musée des beaux-arts du Canada. 28066.
Les excès de colère qui mènent à l’incendie du parlement sont dus à des circonstances bien particulières. Après avoir instauré en 1843 la Corn Act, qui garantissait sur les marchés britanniques un tarif favorable pour la farine et le blé canadiens, l’Angleterre met fin à sa politique protectionniste en 1846, à cause de l’effervescence économique en Europe. La réaction de la classe marchande de Montréal (presque exclusivement britannique) est forte et négative : on craint l’abandon par l’Angleterre et on propose même l’annexion aux États-Unis. Le parti de la classe marchande montréalaise, les tories, favorise des liens étroits avec la couronne britannique. Depuis la Conquête, le pouvoir politique était exercé par le gouverneur général et le conseil exécutif, où les tories étaient bien présents. Forts des liens étroits qu’ils entretenaient avec ce dernier, plusieurs tories s’y voyaient nommés. L’Acte d’Union, en 1840, et l’avènement de la responsabilité ministérielle, en 1848, brisent cette suprématie. L’alliance entre les réformistes du Haut-Canada et ceux du Bas-Canada les met en minorité. Pire encore, les décisions et les lois votées et adoptées par la Chambre d’assemblée n’auront plus à recevoir l’assentiment du gouverneur pour entrer en vigueur.

Lorsque le gouverneur du Canada-Uni, Lord Elgin, donne son accord à la loi d’indemnisation (Rebellion Losses Bill), il met bien malgré lui le feu aux poudres. Cette loi d’indemnisation vise à dédommager les habitants du Bas-Canada ayant subi des pertes matérielles lors des rébellions de 1837-1838. Déjà échaudés, les tories voient l’acceptation de la loi d’indemnisation comme une confirmation de la domination politique des Canadiens français. Tout cela est, pour eux, intolérable.

Lord Elgin

Portrait
19e siècle. James Bruce, 8e comte d’Elgin et 12e comte de Kincardine. Archives de la Ville de Montréal. CA M001 BM001-05-P0647.

De la protestation à l’émeute

Ainsi donc, à la demande du journal The Gazette, plus de 1500 personnes se réunissent sur le Champ-de-Mars en ce début de soirée du 25 avril 1849. Le ton employé par les orateurs est menaçant. On parle de trahison du gouverneur Elgin, d’une domination politique canadienne française, de l’abandon de l’Angleterre. On rejette la loi d’indemnisation car, selon les tories, elle vise à aider les assassins d’hier : les Rebels de 1837-1838. Bien qu’une loi semblable ait été votée et adoptée au Haut-Canada quelques années plus tôt dans le calme, la situation à Montréal s’envenime d’heure en heure. Au bout d’un moment, la foule réunie au Champ-de-Mars prend bruyamment la direction du parlement par la rue Saint-Paul. Les résidents effrayés préfèrent la quiétude de leur demeure à la colère des tories qui emplissent les rues. Sitôt arrivés devant le parlement, les tories et leurs sympathisants se joignent aux chahuteurs qui lancent déjà des pierres sur le bâtiment. Plusieurs émeutiers iront jusqu’à entrer dans le parlement pour poursuivre le saccage. Les députés de l’Assemblée tentent de sortir à la dérobée. Peine perdue, on leur lance des œufs pourris (le même traitement a été infligé à Lord Elgin plus tôt cette journée-là), certains seront même pris à partie par les émeutiers.

Et soudainement, l’incendie se déclare : on voit la fumée sortir des fenêtres. L’incendie prend rapidement des proportions inquiétantes. On refuse l’accès aux pompiers et ceux qui parviennent à passer voient leurs boyaux d’arrosage sectionnés. De plus, l’armée n’intervient pas. Le marché Sainte-Anne, qui abrite le Parlement du Canada et ses bibliothèques, est complètement détruit. La journée du 25 avril 1849 se termine sur une note inquiétante : après avoir incendié le parlement, les émeutiers partent à la chasse aux réformistes. On déménage temporairement le Parlement au marché Bonsecours, puis dans un théâtre de la rue Notre-Dame. Début novembre, la capitale est transférée à Toronto.

Marché Sainte-Anne vers 1839

Gravure représentant le marché Ste-Anne
Tiré de : Hochelaga Depicta or the History and Present State of the Island and City of Montreal, de Newton Bosworth, Toronto.

1849, année de la terreur

L’année 1849 a été qualifiée d’année de la terreur à Montréal. L’incendie du parlement y est, bien sûr, pour quelque chose. Cependant, l’incendie et l’agitation du 25 avril ne constituent qu’une amorce de ce qui aurait pu devenir une guerre civile si les réformistes avaient usé des mêmes moyens que les tories. Ces derniers saccagent plusieurs résidences et commerces appartenant aux réformistes. Plusieurs d’entre eux se dirigent vers le faubourg Saint-Antoine avec la ferme intention de saccager et incendier la demeure du premier ministre La Fontaine. Ce dernier est absent, mais des gens armés montent la garde. Près de 200 personnes franchissent les grilles protégeant la résidence. Les coups de feu stoppent les ardeurs des émeutiers qui rebroussent chemin en emmenant un jeune homme atteint mortellement. Le 16 août, pour le venger, les émeutiers mettent le feu à l’hôtel Cyrus, car, dans ce bâtiment situé sur la place Jacques-Cartier, se tient l’enquête sur la mort du jeune homme. Cet incendie n’est qu’un parmi de nombreux autres déclenchés au cours de l’été. Dans ces temps difficiles, on note également plusieurs décès reliés aux émeutes : par exemple, la jeune Anne McDonnell est morte dans le feu qui a complètement détruit le magasin de chaussures de M. P. Murray, situé au coin des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel. L’arrivée de l’automne ramène un calme relatif dans la ville maintenant dépouillée de son titre de capitale.

Louis-Hippolyte Lafontaine

Portrait de Sir Louis-Hippolyte Lafontaine
19e siècle. Sir Louis-Hippolyte Lafontaine. Archives de la Ville de Montréal. CA M001 BM001-05-P1068.

Les années 1850 sont des années de prospérité économique qui changeront le visage de Montréal. Elle n’est plus la capitale du Canada-Uni, mais elle demeure la ville économique et industrielle la plus importante du pays, et ce, pour près d’un siècle encore. Or, pour plusieurs habitants, la prospérité est le meilleur remède à bien des maux.

Cet article est paru dans le numéro 45 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Référence bibliographique

DESCHÊNES, Gaston. Une capitale éphémère, Montréal et les événements tragiques de 1849, Cap-Saint-Ignace, Cahiers du Septentrion, 1999, 160 p.

Les orangistes

Qu’est-ce qu’un orangiste? Un employé de l’Orange Julep? Un cueilleur d’oranges? Il faut plutôt remonter à l’ordre d’Orange, fondé en Irlande en 1795. Il est initialement constitué pour commémorer la victoire de Guillaume d’Orange (Guillaume III, roi d’Angleterre) sur les catholiques irlandais lors de la bataille de Boyne, en 1690. Au Canada, Ogle R. Gowan fonde, en 1830, une section de l’ordre dont les effectifs s’installent principalement en Ontario. Ce groupe assiste ses membres, soit en organisant des activités sociales et communautaires, soit en participant à l’accueil de nouveaux arrivants protestants au Canada. Il s’investit également dans la politique et intervient dans divers débats publics.

Par certains aspects, les orangistes adoptent une attitude franchement hostile à l’égard des francophones et des catholiques. On les trouve donc mêlés aux événements du 25 avril 1849 et de tout l’été suivant à Montréal. C’est du moins ce que prétend le gouverneur général de l’époque, Lord Elgin, en affirmant que toute cette désobéissance est l’œuvre des sociétés orangistes qui ont l’appui des élites commerciales et politiques à Montréal et partout au Haut-Canada. Ceux qui ont pris part activement aux émeutes peuvent être au moins soupçonnés de sympathie orangiste. Vers la fin du XIXe siècle, on qualifie d’orangistes les gens qui s’opposent au tout puissant clergé catholique, qu’ils soient ou non loyalistes et protestants. Bien des catholiques ont aussi été qualifiés d’orangistes par le clergé pour cause d’opinions trop libérales ou anticléricales.

Des patriotes divisés?

L’histoire tragique des patriotes commence au début des années 1830 pour finir en 1849 avec l’amnistie générale offerte aux exilés. Qu’advient-il après? Les événements et décisions politiques survenus après les Rébellions vont diviser certains membres influents du mouvement patriote. Les cas de Wolfred Nelson et de Louis-Joseph Papineau sont éloquents à cet égard.

Leader du Parti patriote avant les Rébellions, Papineau revient au pays en 1845, lorsqu’un armistice est prononcé en sa faveur. Nelson, lui, est revenu trois ans plus tôt, en 1842, grâce à l’appui de Louis-Hyppolite La Fontaine alors procureur général du Bas-Canada. À leurs retours respectifs dans la sphère politique, ils ont déjà des opinions opposées sur l’union des deux Canadas. Papineau se refuse à l’accepter et voit l’avenir, depuis l’échec de 1837, dans une annexion aux États-Unis. Pour ce qui est de Nelson, il refait le saut : il revient en politique aux côtés de La Fontaine et travaille activement pour l’obtention de la responsabilité ministérielle, qui sera finalement accordée au Canada-Uni en 1848.

L’affrontement entre Papineau et Nelson a lieu en 1848. Cette année-là, Papineau manœuvre de diverses façons pour ravir le leadership à La Fontaine. Les efforts de Papineau choquent Nelson puisqu’ils ont pour but de briser l’alliance réformiste qui a pris le pouvoir pour la première fois face aux tories. C’est lors d’une assemblée en Chambre que les rancœurs des deux hommes éclatent au grand jour : Papineau insinue que la violence de 1837 est attribuable à Nelson. Ce dernier réplique avec colère que la fuite de Papineau au début de la bataille de Saint-Denis a mené à la défaite finale du mouvement patriote et à toute la misère qui s’est ensuivie. Cet échange enflammé eut des répercussions négatives sur la réputation des deux hommes. L’époque des 92 résolutions était bel et bien révolue.