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L’arrivée des « boat people » à Montréal

02 juin 2017
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Plus de 15 000 Vietnamiens s’installent à Montréal à la fin des années 1970. Ils ont fui un régime communiste autoritaire, souvent au péril de leur vie. 

Vietnamiens - arrivée aéroport

Une famille vietnamienne arrive à l’aéroport de Mirabel.
Le 30 avril 1975, la capitale de la République du Vietnam (Vietnam-du-Sud), Saigon, tombe aux mains des forces communistes, mettant fin à 20 ans de guerre entre le nord et le sud du pays. Le nouveau régime met en place des camps de rééducation, où près d’un million de militaires et de sympathisants de l’ancien régime démocratique sont emprisonnés. Face à la répression, des centaines de milliers de personnes quittent le Vietnam par la mer. Ce sont pour la plupart d’anciens fonctionnaires, bureaucrates et professionnels menacés par le nouveau régime. Leur voyage est ponctué de longs séjours dans les camps de réfugiés des pays voisins, comme la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie. Ils sont près de 4000 à arriver à Montréal en 1975. Rapidement, cette première vague de réfugiés s’organise et fonde des associations visant à venir en aide à la communauté vietnamienne grandissante.

En 1978, le Vietnam et la Chine entrent en conflit militaire. La minorité sino-vietnamienne, perçue comme étant au service des intérêts chinois, est contrainte de quitter le pays par la mer. Dès 1979, ce groupe forme une importante part de la deuxième vague de réfugiés qui arrivent à Montréal. Cette année-là, le gouvernement du Canada réagit à la crise des boat people et décide d’accueillir davantage de ressortissants vietnamiens en mettant sur pied un programme de parrainage. Entre 1979 et 1981, le Québec reçoit 13 000 de ces migrants. Contrairement à la première vague de réfugiés, ils proviennent de milieux et de classes sociales disparates, peu parlent le français ou l’anglais et la majorité n’a aucune famille ni connaissance à Montréal. Ainsi, les parrainages gouvernementaux et privés, en plus des associations vietnamiennes fondées précédemment, sont d’une importance capitale pour l’intégration de ces nouveaux arrivants.

Fuir par la mer : un souvenir marquant

Vietnamiens - Jacques Couture

Jacques Couture (droite), ministre de l’immigration sous René Lévesque, en compagnie d’une famille vietnamienne parrainée.
Henri Rémillard. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. E6,S7,SS1,D790727 À 790728.
L’expérience vécue par les boat people habite certaines personnes pour toujours. Thérèse Nguyen et sa famille n’oublieront jamais le 30 avril 1975. La ville de Saigon est bombardée; Mme Nguyen et son mari décident de fuir le pays avec leurs huit enfants. Toute la famille se donne rendez-vous au port, où le dernier bateau doit quitter la ville. Par miracle, ils finissent par se retrouver, malgré les milliers de personnes qui y attendent. Sur le navire d’une capacité de 500 passagers, 4000 réfugiés embarquent. Au troisième jour en mer, le bateau commence à prendre l’eau. Les réfugiés sont sauvés par un navire danois qui les conduit à Hong Kong. Après six semaines passées dans un camp de réfugiés, les Nguyen partent enfin pour Montréal.

Dans un documentaire de l’Office national du film, produit en 1986, Lang Thang, une dame de 75 ans, se souvient de sa fuite précipitée du Vietnam : « Ayant travaillé pour l’ancien régime, nous étions devenus inévitablement des suspects pour le nouveau gouvernement. » Pendant trois jours, elle et sa famille voguent vers l’Indonésie. Ils y resteront sept mois, entassés dans un camp de réfugiés, avant de pouvoir partir pour le Canada en 1979. Un des fils de Mme Thang ne peut les accompagner, puisqu’il est enfermé dans un camp de rééducation.

Un nouvel avenir professionnel

Vietnamiens - Raquette

Deux frères découvrent la raquette à Montréal

À Montréal, la famille de Mme Thang ouvre rapidement un restaurant de cuisine vietnamienne. Déjà en 1986, plus de 30 restaurants vietnamiens ont ouvert leurs portes dans la métropole. Pour beaucoup de ces familles, la restauration est une solution logique : les femmes vietnamiennes savent très bien cuisiner, et, grâce à ce type de commerce, même les plus grandes familles peuvent être nourries convenablement. Trois générations travaillent ainsi dans la même cuisine. Le petit-fils de Mme Thang, Tri Thang, poursuit des études en architecture au Cégep Saint-Laurent, où se côtoient près de 100 étudiants d’origine vietnamienne. Il s’occupe entre autres du journal vietnamien du collège.

Pour les enfants et petits-enfants des réfugiés qui ont grandi à Montréal, la réussite scolaire est aussi une façon d’honorer les énormes risques pris par les parents et les sacrifices qu’ils ont faits. Zoonie, l’une des filles de Mme Nguyen, est par exemple entrepreneure et aide les femmes immigrantes à créer leur entreprise. Ses enfants sont également très conscientisés quant au sort des réfugiés syriens accueillis au Canada depuis 2015. Ceux-ci vivent en effet, 40 ans plus tard, une expérience similaire à celle vécue par les familles vietnamiennes.

Références bibliographiques

DORAIS, Louis-Jacques et Éric Richard. Les Vietnamiens de Montréal, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2007.

LAM, Lawrence. From Being Uprooted to Surviving: Resettlement of Vietnamese-Chinese ‘Boat People’ in Montreal, 1980-1990, Toronto, York Lanes Press, 1996.