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Du Champ-de-Mars à la place D’Youville

19 janvier 2016
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La longue histoire de ces pôles du Vieux-Montréal est jalonnée de rebondissements. Terrain militaire, marché public, parlement, stationnement, place publique : ils ont accueilli tant de fonctions!

Champ-de-Mars en 1830

Illustration du Champ-de-Mars animé et bordé d'arbres.
1830. Vue du Champ-de-Mars, Montréal, par Robert Auchmuty Sproule. Musée McCord, M327.
Qu’ont en commun le Champ-de-Mars et la place D’Youville? Vous pourriez répondre que les deux endroits ont été tour à tour des marchés publics et des stationnements ou que, dans la soirée du 25 avril 1849, c’est du Champ-de-Mars qu’une foule de 1500 personnes convoquées par la Montreal Gazette s’est dirigée vers la place D’Youville pour, finalement, mettre le feu au parlement.

Le Champ-de-Mars était propice aux grands rassemblements depuis les années 1740 alors qu’il servait de terrain pour les parades et les manœuvres militaires. La construction des fortifications en maçonnerie condamnera le Champ-de-Mars pour un temps. Après la destruction du mur, en 1812, le gouvernement consacre le terrain aux militaires qui doivent d’abord niveler le terrain, qui s’inclinait doucement vers la rue Saint-Antoine. Le Champ-de-Mars devient, durant quelque temps, un camp de réfugiés accueillant les sinistrés du grand incendie de 1852, lequel a brûlé près de 1200 maisons à Montréal. Un marché public y est établi durant les années 1890 et, en 1926, on transforme l’ensemble en un immense stationnement. La récupération et la mise en valeur des vestiges du Champ-de-Mars ont été rendues possibles grâce aux travaux des archéologues, qui ont fouillé ce lieu de 1986 à 1991, révélant l’ampleur des remparts qui entouraient la ville d’autrefois. C’est à l’occasion des festivités entourant le 350e anniversaire de Montréal qu’est inauguré le nouveau Champ-de-Mars, celui-là même que nous connaissons aujourd’hui.

Champ-de-Mars en 1866

Vue sur le Champ-de-Mars empli d'une foule.
1866. Discours de bienvenue adressé aux volontaires de retour des raids des Fenians, Champ-de-Mars, Montréal, QC, 1866, copie réalisée entre 1915 et 1920, par William Notman. Musée McCord, I-21691.0.

Des marchés publics en grand nombre

Tout au long de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans les grandes villes comme Québec, Trois-Rivières et Montréal, on assiste à un important développement urbain lié à l’exode des Canadiens français qui quittent la campagne pour trouver du travail en ville. Pour répondre à l’approvisionnement de ces nouveaux quartiers, on construit de plus en plus de marchés publics. À Montréal, ils sont nombreux. Il y a, entre autres, le marché de la place Jacques-Cartier (1804), le marché Bonsecours (1849) et, sur la place d’Youville, le marché Sainte-Anne. Ce dernier dessert la population locale, surtout celle du quartier du même nom, situé à l’ouest de la rue McGill et habité majoritairement par des Irlandais.

Champ-de-Mars en 1920

Vue aérienne du Champ-de-Mars animé d'un marché
[192-]. Marché temporaire sur le Champ-de-Mars, par Robert Auchmuty Sproule. Archives de la Ville de Montréal, VM094-Y-1-17-D1783.
Le marché Sainte-Anne est construit entre 1832 et 1833 par l’architecte John Wells (Banque de Montréal et maison Notman) sur l’espace libéré par la canalisation de la rivière Saint-Pierre devenue le collecteur William. Ce premier marché Sainte-Anne avait la particularité d’intégrer le collecteur William dans ses fondations, ce qui lui conférait deux avantages : les celliers restaient frais et les bouchers et tripiers du marché pouvaient jeter leurs déchets par un puits directement dans le collecteur, qui les conduisait jusqu’au fleuve. Le marché Sainte-Anne est le premier marché couvert de la ville. En 1835, on lui ajoute un étage et, en 1844, il compte déjà 43 étaux de bouchers, 3 étaux de volaille, 3 étaux doubles de vendeurs de fruits et légumes et des commerçants de lard.

Un marché public devient parlement

Marché place Jacques-Cartier vers 1930

Le marché de la place Jacques-Cartier vers 1930.
Vers 1930. Marché, place Jacques-Cartier, Montréal, QC, vers 1930, par William Fowle.
Le marché Sainte-Anne change de vocation en 1843, lorsqu’une loi transfère de Kingston à Montréal le siège du gouvernement du Canada-Uni. C’est l’édifice du marché Sainte-Anne qui est choisi pour recevoir les fonctions du Parlement. L’architecte John Ostell est chargé d’effectuer les modifications nécessaires. Il conçoit, en même temps, entre les rues Saint-Pierre et Saint-François Xavier, un second marché, temporaire et en bois, pour reloger les marchands. Le 24 juin 1845, le Parlement s’installe, faisant officiellement de Montréal la capitale du Canada-Uni jusqu’en 1849.

Le marché Sainte-Anne est reconstruit par l’architecte George Brown en 1851 et, le 14 juin de l’année suivante, les marchands le réintègrent. Un incendie accidentel endommage en partie le marché Sainte-Anne en 1893. Six ans plus tard, la Commission des marchés recommande la fermeture du marché. Ce qui sera fait en 1901. En septembre la démolition est complétée et on nomme, en décembre de la même année, cet endroit place d’Youville, en souvenir de Marguerite d’Youville, fondatrice des Sœurs de la charité de Montréal et administratrice de l’Hôpital général de Montréal. Dans les années 1920, au moment où la voiture prend de plus en plus de place, on convertit la place en stationnement municipal. La partie est devient pour la première fois une véritable place publique en 2000, selon le concept élaboré par le groupe Cardinal Hardy, architectes, en collaboration avec Claude Cormier, architecte paysagiste.

Chambre de l'Assemblée législative vers 1848

Chambre de l'Assemblée législative vers 1848.
Musée des beaux-arts du Canada. 28066.

Marché Sainte-Anne vers 1880

Gravure d'un bâtiment affiché « St Anne market marché st Anne » et d'une foule animée.
Vers 1880. Gravure du marché Sainte-Anne tirée du Canadian Illustrated News, 3 janvier 1880.
Cet article est paru dans le numéro 45 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Références bibliographiques

DESCHÊNES, Gaston. Une capitale éphémère, Montréal et les événements tragiques de 1849, Cap-Saint-Ignace, Cahiers du Septentrion, 1999, 160 pages.