Un site du Centre d'histoire de Montréal

Voguer pour immigrer à Montréal

08 juillet 2016
Temps de lecture

Pendant des siècles, les immigrants sont arrivés à Montréal par bateau. Ce transport a généré des empires économiques et a nécessité la création d’un port gigantesque et de navires exceptionnels.

La Allan Line et son magnat

Carte postale "Immigrants arrivant at Montreal"

Carte postale montrant des immigrants arrivant par bateau dans le port de Montréal au début du XXe siècle
Immigrants arrivant à Montréal. Début du XXe siècle (après 1905). Carte postale, Centre d’histoire de Montréal.
Un navire vient d’accoster. Des dizaines d’immigrants fourbus, probablement partis de Liverpool, foulent le sol montréalais. Leur transporteur s’affiche en lettres blanches : la Allan Line. C’est bien plus qu’une compagnie, c’est un empire! Né d’une famille d’entrepreneurs maritimes écossais, Hugh Allan arrive à Montréal en 1826 et y apprend le français. De simple commis, il devient rapidement un membre éminent de la communauté d’affaires. Sa flotte de navires contrôle une part importante du marché maritime entre le Haut-Canada et la Grande-Bretagne. Le transport des immigrants est sa spécialité. Malgré le scandale causé par ses tentatives de soudoyer le gouvernement conservateur de Macdonald pour obtenir le projet du chemin de fer transcanadien, Hugh Allan poursuit son ascension : il intègre banques, compagnies de chemins de fer, d’assurances, de télégraphes, de ponts et tunnels, de tabac, de textiles… sans oublier les prêts intéressés qu’il accorde à certains journaux, politiciens et membres du clergé… Son splendide manoir de 72 pièces sur le mont Royal, le Ravenscrag, témoigne encore de sa prospérité.

Le port

Sir Hugh Allan

Portrait de Sir Hugh Allan
1875. [Sir Hugh Allan]/Studio of Inglis. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1956166.
Charretiers, conducteurs d’omnibus et de calèches attendent les clients. La scène est probablement photographiée près du hangar no 5, sur le quai Alexandra, le deuxième quai à haut niveau construit dans le port de Montréal entre 1899 et 1901 afin d’accueillir les navires de passagers transocéaniques. En cette année de la mort de la reine Victoria, on lui donne le nom de l’épouse d’Édouard VII, Alexandra du Danemark. À l’époque, le port de Montréal est le deuxième port en importance en d’Amérique du Nord, après celui de New York. Il sera bientôt reconnu comme le plus actif au monde pour l’exportation de grains. Les travaux amorcés quelques années plus tôt vont le transformer en machine d’une redoutable efficacité avec la jetée Mackay pour le protéger des glaces et des inondations, des quais surélevés, des convoyeurs et des élévateurs à grains, des hangars et des entrepôts permanents, et même un chemin de fer. Aujourd’hui occupé par la gare maritime Iberville, le quai Alexandra fait, depuis 1981, partie du Vieux-Port.

Le Virginian

Sir Hugh Allan - Ravenscrag

Gravure représentant la résidence de Sir Hugh Allan.
Ravenscrag, résidence de Sir Hugh Allan, à Montréal, dans L'Opinion publique, vol. 3, no 50 (12 décembre 1872), p. 594. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2070733.
Construit à Glasgow pour la Allan Line, le Virginian est lancé le 22 décembre 1904. Avec ses 159 mètres de long et ses 3 ponts, ce premier transatlantique à vapeur peut transporter 1712 passagers. Son histoire croise en 1912 celle du Titanic. Alors qu’il vogue vers Liverpool dans la nuit du 15 avril, un message l’informe que ce joyau de la White Star Line a heurté un iceberg. En route pour lui porter secours, le Virginian détecte les signaux du Titanic jusqu’à 2 h 10. Mais 10 minutes plus tard, le navire sombre. Affecté au transport des troupes pendant la Première Guerre, le Virginian passe aux mains du Canadien Pacifique. Acquis en 1920 par la Swedish American Line sous le nom de Drottningholm, il amène les émigrants suédois aux États-Unis. Au service de la Croix-Rouge internationale pendant la Seconde Guerre mondiale, il relie ensuite l’Europe, le Brésil et New York pour la compagnie Homeland, avant de finir dans un chantier de ferraille, en 1955, un demi-siècle après son premier voyage.

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans le Journal de Montréal en 2013 et dans le livre Promenades historiques à Montréal, sous la direction de Jean-François Leclerc, les Éditions du Journal, 2016, 240 pages.