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Silas Carpenter, profession détective

19 octobre 2020
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De 1880 à 1916, Silas Carpenter a mené une brillante carrière de policier, principalement à Montréal. Son succès est en partie dû à l’arrestation du plus célèbre criminel québécois du XIXe siècle.

Silas Huntingdon Carpenter, né en 1854 dans le village québécois de Brownsburg, est l’un des premiers détectives de la Ville de Montréal. Après avoir étudié au Ottawa Collegiate Institute, il entre au Service de police de la Ville en 1880 comme constable pour devenir ensuite sergent en 1882, puis détective.

Le bureau des détectives est la première unité spécialisée au sein du Service de police montréalais dans une ville où la criminalité change : ce sont les débuts du Red Light et du trafic d’opium. Au XIXe siècle, le détective, qu’on a longtemps associé à la police civile (sans uniforme), participe à des activités de renseignement et procède à des enquêtes criminelles, sous l’autorité ultime du Procureur général.

L’affaire Donald Morisson

Silas Carpenter - affaire Morrisson

Photographie sépia de trois hommes en vêtements civils dans un décor de studio photographique. L’homme de gauche porte un chapeau et s’appuie sur un fusil.
BAnQ Numérique. Notice 0002745728.
Accusé du meurtre d’Auguste Duquette en 1888, Donald Morrisson fuit et met les cantons de Mégantic et de Compton en alerte. Le gouvernement provincial envoie un agent américain, Jack Warren, à ses trousses, sans succès. La poursuite se termine mal pour Warren qui est tué par Morisson. La cavale dure encore plusieurs mois et polarise l’opinion publique. Malgré les dizaines de policiers affectés à cette mission et les récompenses offertes, personne n’arrive à mettre la main au collet du double meurtrier. La police provinciale du Québec embauche alors, en renfort, Silas Carpenter ainsi que James McMahon, un constable montréalais, et Pierre Leroyer, un guide forestier d’origine française. Ce sont eux qui, finalement, passent les menottes au criminel québécois le plus célèbre du XIXe siècle. Cette enquête fait la renommée de Carpenter et lui permet de contribuer à différents dossiers importants tout au long de sa carrière.

Après quelques années au sein de la force policière montréalaise, Carpenter met fin à son contrat au début des années 1890 afin de s’associer à John A. Grose de la Canadian Secret Service Agency, une agence de détectives privés située rue Saint-Jacques à Montréal. En effet, les détectives des corps de police ne sont pas les seuls à exercer cette profession! Il existe plusieurs agences privées qui collaborent parfois avec les détectives municipaux et provinciaux. Grose quitte rapidement l’aventure pour ouvrir une autre agence à New York, laissant Carpenter aux commandes de celle de Montréal. Ce dernier s’adjoint Kenneth Peter McCaskill à qui il cède l’entreprise lorsqu’il réintègre le Service de police de la Ville de Montréal en 1896.

Le nouveau bureau des détectives

Silas Carpenter

Photographie sépia, dans un médaillon, d’un homme blanc en complet et portant une moustache, sur un fond clair.
BAnQ Numérique. Notice 0002745726.

À la suite d’une enquête sur la gestion et l’administration du bureau des détectives, menée en 1894 et commandée par le surintendant de police Hugues, la Ville de Montréal offre à Carpenter la direction d’un bureau réformé. Son contrat prévoit un salaire annuel de 2000 dollars, mais surtout une autonomie et une indépendance dans l’administration de ce service mis à mal sous l’ancienne direction. Son équipe de 8 détectives et de 10 assistants-détectives est logée au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville. Carpenter instaure de nouvelles façons d’enquêter, notamment l’adoption du système Bertillon, un processus d’identification judiciaire populaire. La nouvelle mouture du bureau satisfait les attentes : sur les 2024 plaintes reçues en 1894, 90 % sont résolues!

Carpenter travaille étroitement avec d’autres corps policiers dans des enquêtes particulières et délicates. Son professionnalisme et ses aptitudes font de lui un membre reconnu de la profession, un détective né. En 1901, il est invité à se joindre au premier état-major de la police de Montréal avec ses collègues inspecteurs Kehoc, Lapointe et Leggett. Il s’engage également au sein de la Chief Constables’ Association of Canada qui promeut la coopération policière. En 1908, il est blessé alors qu’il tente d’intercepter John Dillon, un ancien constable irlandais recherché pour meurtre. C’est finalement un collègue de Carpenter, Joseph Charpentier, qui parvient à neutraliser Dillon.

La Presse du 10 avril 1908 retranscrit ainsi les propos de John Dillon à propos de l’événement : « Les pompiers venaient de dresser les boyaux. La foule craignant de se faire arroser se recula, et Carpenter se trouva seul sous ma fenêtre. Je tirai, et le détective tomba. »

Jusque dans l’Ouest canadien

En 1909, l’autonomie du bureau des détectives est remise en cause par le juge Lawrence Cannon lors de son enquête sur l’administration municipale. Ce dernier craint que l’indépendance du bureau vis-à-vis du reste du Service de police ne nuise à l’application des lois. Cette critique pousse la Ville à réorganiser la hiérarchie policière et subordonne les détectives au surintendant. Carpenter occupe la direction du bureau des détectives pendant encore quelque temps, puis il accepte un poste dans l’Ouest canadien en 1913. Il devient chef du Service de police d’Edmonton, en Alberta, avec un salaire annuel de 4000 dollars. Il n’occupe ce poste qu’environ une année car il est remercié en 1914 : les nouveaux élus conservateurs edmontoniens ne veulent pas de lui et de ses techniques novatrices. Le gouvernement fédéral de Robert Borden le nomme alors magistrat à Banff.

Au début de la Première Guerre mondiale, Silas Carpenter revient à Montréal où il est affecté à la tenue des registres des ressortissants des nations ennemies habitant au Canada. Une santé déclinante le pousse à rentrer à Banff en 1916, où il décède peu de temps après. Son voyage final sera vers Montréal, où il est inhumé au cimetière du Mont-Royal.

Merci à Paul-André Linteau pour la relecture de cet article et au Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal pour son soutien à la recherche.

Références bibliographiques

BUSSEAU, Laurent. « Silas Huntington Carpenter : un détective moderne », Histoire Québec, vol. 20, no 3, 2015, p. 46-48.

BUSSEAU, Laurent. « Le Bureau des détectives de Montréal sous l’influence de Silas Carpenter », Histoires de familles, vol. 23, no 3, 2017, p. 29-31.

CORMIER, Yannick. « Les enquêtes criminelles. Première partie (1870-1922) », Les cahiers d’histoire de la Sûreté du Québec, vol. 5, no 1, 2015, 7 p.

GIROUX, Éric. Les policiers à Montréal : travail et portrait socio-culturel, 1865-1924, Mémoire (M.A.) (histoire), Université du Québec à Montréal, 1996, 149 p.

HORRAL, S. W. « Carpenter, Silas Huntington », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003. (Consulté le 3 mars 2020).
http://www.biographi.ca/fr/bio/carpenter_silas_huntington_14F.html