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Robert Gravel : faire du théâtre autrement

23 février 2017
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Disparu trop tôt, Robert Gravel, comédien hors du commun, a contribué à l’évolution de la pratique théâtrale au Québec et a cocréé la Ligue Nationale d’Improvisation.

Robert Gravel

Robert Gravel sur la scène d'improvisation de la LNI devant un public dont Gaston Lepage et Pierre Martineau
Robert Gravel est né à Montréal en 1944, dans un milieu modeste. Il passe une bonne partie de son enfance dans le quartier Sainte-Marie, le fameux Faubourg à m’lasse. Intelligent et créatif, il apprend vite à faire des imitations, à raconter des blagues, à inventer des jeux et des histoires. Il s’amuse dans son quartier, découvrant des lieux qui laisseront des traces dans son œuvre, comme la caserne de pompiers de la rue Fullum où il fera plus tard du théâtre.

Le jeune homme développe son intérêt pour les arts et pour le métier de comédien tout en faisant son cours classique. Une fois ces études terminées, il entre au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, dont il sort diplôme en poche en 1969. Le metteur en scène Paul Buissonneau l’embauche alors pour sa production estivale du Théâtre de la Roulotte. Comme plusieurs jeunes artistes talentueux de l’époque, Robert Gravel fait ses débuts devant un public d’enfants, en tournée dans les parcs de Montréal.

Théâtre, télévision et cinéma

Après la Roulotte, les contrats et les rencontres marquantes s’enchaînent : il joue au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), où Jean-Pierre Ronfard le remarque et l’invite à se joindre aux Jeunes comédiens du TNM. Il fait partie de la distribution de la pièce de Claude Gauvreau, Les oranges sont vertes, et collabore avec Ronfard à la création d’autres productions, en plus de continuer à jouer sous sa direction. En parallèle avec sa vie au théâtre, Robert Gravel écrit, participe à des émissions jeunesse à la télévision et fait ses débuts au cinéma. On le voit en 1974 dans le film de Gilles Carle, La tête de Normande St-Onge.

Vers un théâtre expérimental

Robert Gravel

4 joueur de la LNI en ligne devant un cinquième joueur
Avec Jean-Pierre Ronfard et la comédienne Pol Pelletier, Gravel fonde en 1974 le Théâtre expérimental de Montréal. À la Maison de Beaujeu, dans le Vieux-Montréal, le trio organise un événement inusité, sans public : 24 heures d’improvisation entre Robert Gravel et Lorraine Pintal. La rencontre est filmée par Yvon Leduc, un ami de Gravel. Après une version plus courte, de 12 heures, produite l’année suivante, et un spectacle où Robert Gravel joue le gardien d’un zoo (avec des animaux vivants!) dans lequel les spectateurs circulent librement, la réflexion sur la structure des spectacles d’improvisation se poursuit.

Gravel et Leduc explorent l’idée d’aller vers quelque chose de plus ludique. C’est ainsi que naît la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI), sorte de jeu théâtral calqué sur une partie de hockey. Le premier match a lieu en 1977. C’est un succès instantané, et la Ligue prend rapidement de l’expansion. Une équipe de Québec se joint à celles de Montréal, des matchs sont diffusés à la télévision, le concept se répand dans la province, puis jusqu’en Europe.
Si la LNI fonctionne bien, il n’en est pas de même pour le Théâtre expérimental de Montréal. En 1979, Gravel, Ronfard et quelques complices quittent le navire pour créer le Nouveau Théâtre expérimental. La caserne de pompiers de la rue Fullum devient leur quartier général et prend le nom d’Espace libre.

Une carrière éclatée

Robert Gravel

Groupe de la LNI se réjouissant d'avoir remporté la coupe mondiale d'improvisation
Tout en s’impliquant activement dans la LNI et en enseignant l’improvisation, Gravel poursuit sa carrière au cinéma avec, entre autres, Pouvoir intime d’Yves Simoneau, de même qu’à la télévision, dans des téléromans populaires comme L’héritage, Marylin et Jamais deux sans toi. En 1982, au théâtre, il incarne Richard Premier, le personnage principal de Vie et mort du Roi Boiteux. Cette fresque colossale signée Ronfard compte 250 personnages, dure plus de 13 heures et se déroule en plein air!

Robert Gravel joue aussi dans ses propres créations. En 1991, il amorce la présentation d’une trilogie de son cru, à l’Espace libre, avec Durocher le milliardaire, suivi de L’homme qui n’avait plus d’amis et enfin Il n’y a plus rien. Sa dernière pièce aura pour titre Thérèse, Tom et Simon.

Souffrant depuis plusieurs années de surmenage et de difficultés respiratoires, Robert Gravel décide de prendre une pause à la campagne en 1996. Il a trop attendu : un infarctus le terrasse le 12 août, à l’âge de 51 ans.

Sa mort subite laisse dans le deuil une grande famille de comédiens, dont plusieurs sont des amis proches ou le considèrent comme un mentor. Les hommages pleuvent. Sa mémoire survit grâce aux œuvres marquantes qu’il nous laisse en héritage, à des documentaires touchants et à une biographie qui rend hommage à cet homme profondément humain et intensément créatif. Robert Gravel était un rassembleur, un explorateur provocant, un touche-à-tout qui savait même dessiner! Une école secondaire de la CSDM a été baptisée en son honneur; les élèves y participent à un programme art-études en art dramatique. Une rue du Plateau-Mont-Royal porte aussi son nom. Gravel y est en bonne compagnie, sa rue faisant l’angle avec celle de Pauline Julien et étant suivie de près par celle de Gerry Boulet.