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Edith Maud Eaton, défenseure de la communauté chinoise

11 novembre 2019

Auteure de renom d’origine anglo-chinoise, Edith Maud Eaton a longtemps vécu à Hochelaga. Très appréciée par la communauté sino-montréalaise, elle mérite d’être mieux connue du public francophone.

Edith Maud Eaton

Photo noir et blanc d'une jeune femme à la fin du XIXe siècle tenant un livre
Collection privée de Diana Birchall. CC BY-NC-SA 4.0.
Edith Maud Eaton, dont le pseudonyme est Sui Sin Far (Shui Xian Hua, selon la transcription pinyin, ce qui signifie « narcisse »), est née en Angleterre le 15 mars 1865 d’un père anglais et d’une mère chinoise. Elle est la deuxième d’une famille de 14 enfants. Famille très à l’aise, les Eaton subissent de graves revers financiers avant de quitter l’Angleterre. On les retrouve brièvement aux États-Unis, puis à Montréal dans le quartier Hochelaga de 1878 à 1882.

Selon ce qu’Edith Maud Eaton affirmera plus tard, sa famille était très pauvre. Ses parents la retirèrent de l’école à l’âge de 10 ans et elle dut vendre de porte à porte les tableaux de son père et ses propres ouvrages de dentelle. Ses parents ont plusieurs fois déménagé durant cette courte période à Hochelaga : ils habitent d’abord rue Marlborough (aujourd’hui Alphonse-D.-Roy), puis rue Seaver (aujourd’hui Omer-Ravary) et rue Moreau. Ne pouvant vivre seulement de son art de peintre avant 1889, le père est commis-comptable. En 1882 ou 1883, la famille déménage dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Au moins trois enfants naissent à Hochelaga durant leur séjour.

La santé d’Edith Maud Eaton est fragile : elle souffre d’une dilatation cardiaque due à une fièvre rhumatismale. Sa vie sera souvent déterminée par son état et ses implications. En 1898, après un autre épisode de fièvre rhumatismale, son médecin lui recommande de partir pour la côte ouest américaine. Elle fera continuellement des allers-retours entre Los Angeles, San Francisco, Seattle et Montréal où résident toujours ses parents.

Enquêter pour mieux défendre

Edith Maud Eaton - pierre tombale

Pierre tombale d’Edith Maud Eaton, cimetière Mont-Royal
Collection personnelle d’André Cousineau
Victime de préjugés dans sa jeunesse, Edith Maud Eaton défendra toute sa vie les intérêts de la communauté chinoise, non seulement de Montréal, mais de toute l’Amérique du Nord. L’occasion se présente lorsque des journaux de Montréal, comme le Montreal Star et le Daily Witness, lui demandent d’écrire des chroniques sur la vie de la communauté chinoise. Elle n’est pas sans savoir l’absence quasi totale de droits des Canadiens d’origine chinoise, dont l’activité est limitée aux seuls domaines de la restauration et de la buanderie et qui sont victimes de lois restrictives. Le travail d’observation et d’enquête de l’écrivaine lui permet de dresser un portrait réaliste de cette communauté, enrichi par ses fréquents allers-retours entre San Francisco, Los Angeles, Seattle et Montréal.

Sous le pseudonyme Sui Sin Far, Edith Maud Eaton brosse un portrait réaliste de cette communauté. Elle peut ainsi, de l’intérieur, combattre tous les préjugés qui affligeaient les Chinois d’origine et les Eurasiens. Un recueil de nouvelles paraît en 1912 sous le titre Mrs Spring Fragrance, Leaves from the Mental Portfolio of an Eurasian (Mme Fragrance du printemps, Feuilles du portfolio mental d’une Eurasienne). Une sœur de madame Eaton, Winnifred (1875-1954), a aussi connu une longue carrière d’autrice et de scénariste. Elle utilisait le pseudonyme japonais Onoto Watanna.

En 1909, Edith Maud Eaton s’installe à Boston pour ensuite revenir définitivement à Montréal parce que sa santé se détériore. C’est là qu’elle meurt le 7 avril 1914. Elle est inhumée au cimetière Mont-Royal. En reconnaissance de son travail pour la communauté chinoise, celle-ci érige un monument sur sa tombe. Fait intéressant, du printemps à l’automne, sa tombe est continuellement fleurie, signe que les Sino-Canadiens de Montréal ne l’oublient pas. Heureusement, son œuvre commence à être plus connue, dans la communauté chinoise, mais également dans les milieux qui s’intéressent aux différentes communautés ethniques.

Référence bibliographique

WHITE-PARKS, Annette. Sui Sin Far/Edith Maude Eaton: A Literary Biography, University of Illinois Press, Champaign, 1995.