Une résidante de Milton Parc témoigne de sa vie entièrement vécue au cœur de ce quartier, de sa naissance à sa retraite, en passant par la lutte contre les expropriations.
« I was born in the Jeanne-d’Arc Hospital and my family brought me here, to 3585, rue Jeanne-Mance, and I am still here! »
Le 27 août 1940 naît Anastasia Adamakis, à la maternité de l’ancien hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc situé sur la rue Saint-Urbain. Les parents ramènent la nouvelle-née au 3585, rue Jeanne-Mance où ils habitent déjà depuis plusieurs années. La petite Anastasia ne quittera finalement jamais la rue Jeanne-Mance et, en 2023, à 83 ans, elle y habite toujours.
Une enfance dans Milton Parc
Anastasia Adamakis bébé
Mais les Grecs ne sont pas les seuls immigrants à avoir choisi Milton Parc pour s’établir. Madame Adamakis décrit le quartier de son enfance comme déjà multiethnique. Ses camarades de jeu sont tantôt irlandais, italiens ou canadiens-français. Selon elle, beaucoup de familles choisissaient ce quartier parce qu’il était sécuritaire pour les enfants. C’est pourquoi, après sa naissance, ses parents décident d’y rester et emménagent dans l’appartement en face, au 3582, rue Jeanne-Mance.
Comme beaucoup d’enfants dont les parents ne sont pas catholiques ou francophones, Anastasia est scolarisée dans la commission scolaire protestante et fréquente deux écoles anglophones du quartier, l’école primaire Strathearn, puis le High School of Montreal. Ses agréables souvenirs de l’école, ses bons résultats scolaires et surtout l’importance de l’indépendance financière prônée par sa mère poussent madame Adamakis à poursuivre ses études. Elle obtient un diplôme d’enseignante et travaille toute sa vie pour la Protestant School Board (devenue English Montreal School Board après 1998).
Quitter son quartier?
Anastasia Adamakis
Puis, ce que sa famille craignait arriva : elle a également été expulsée de son appartement, et la maison a été démolie durant la première phase de construction de La Cité. Heureusement, ils déménagent au 3585, juste en face. Dès lors, madame Adamakis soutient le Comité citoyen Milton Parc, une association qui milite pour la sauvegarde des logements de Milton Parc et leur transformation en un regroupement de coopératives d’habitation, un modèle résidentiel inédit au Canada. Ainsi, bien qu’elle ne se considère pas comme une grande activiste, Anastasia participe aux manifestations pour empêcher la réalisation des deuxième et troisième phases du projet.
À la coopérative d’habitation Les Tourelles
Les Tourelles

Toujours au 3585, rue Jeanne-Mance, Anastasia et son mari résident en 2021 dans ce qui est devenu l’un des logements de la coopérative d’habitation Les Tourelles. Elle est certainement l’une des plus anciennes habitantes du quartier. Après une vie entière passée dans Milton Parc, très attachée à son quartier, elle affirme : « I don’t know if I could have left the area. I feel like it would have been like taking a fish out of the water! »



