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Montréal, ville d’expositions

26 avril 2017

Grand dossier

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Au XIXe siècle, Montréal est une des principales villes d’expositions du Canada. Pourtant, après 1891 débute une série de tentatives infructueuses pour organiser à nouveau de tels événements.

Exposition agricole et industrielle

Affiche de la grande exposition agricole et industrielle qui a lieu en 1884 à Montréal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
1850. C’est l’année où, pour la première fois, Montréal accueille l’Exposition agricole et industrielle du Bas-Canada, qui se changera, en 1860, en l’Exposition agricole et industrielle de l’Amérique du Nord britannique. C’est aussi la première grande exposition au sein de ce qui deviendra, en 1867, la Confédération canadienne. On en profitera d’ailleurs pour y présenter en grande première le matériel d’exposition qui sera acheminé par le gouvernement à Londres pour la première exposition universelle de l’histoire, en 1851. Tout au long du XIXe siècle, Montréal est une des principales villes d’expositions dans le pays, suivie par Toronto qui, en 1878, organise l’Exposition nationale canadienne. Celle-ci se tient toujours, en 2016, sur les bords du lac Ontario.

Pendant plus d’un siècle, Montréal est une des plus importantes portes d’entrée nord-américaines pour les Européens. On y vient en paquebot pour faire des affaires, pour visiter la famille, pour s’installer, mais aussi pour se rendre ailleurs, car l’immigration européenne vers le Canada est toujours aussi active. Les réseaux de chemin de fer partant de Montréal permettent alors des liaisons avec la majorité des grands centres nord-américains. En hiver, lorsque le fleuve Saint-Laurent est pris dans la glace, ce sont les villes d’Halifax et de Saint-Jean qui prennent la relève pour les passagers venant d’Europe, mais, malgré cela, c’est surtout vers Montréal que ces voyageurs se dirigent par la suite. Cette position centrale de la ville favorise d’importants échanges commerciaux, mais aussi culturels, particulièrement grâce au statut bilingue de la ville.

Participation du Canada aux expositions

Palais de Cristal - inauguration

Page de journal avec texte et illustrations racontant la venue du prince de Galles à Montréal.
Illustrated London News, 22 sept 1860. 
Très sensibles au prestige accordé aux nations qui ont participé à l’Exposition de Londres, en 1851, ainsi qu’à celles de New York (1853), de Paris (1855), à nouveau de Londres (1862), puis surtout de Paris (1867), les hommes d’affaires, les industriels et les intellectuels montréalais rêvent d’une exposition universelle à Montréal. Après tout, bien que présentes à ces expositions uniquement dans la section des colonies britanniques, les provinces du Bas et du Haut-Canada ont connu un réel succès. Mais, il faudra attendre l’Exposition de Vienne, en 1873, et surtout celle de Philadelphie, en 1876, pour que la présence du Canada en tant que pays soit officialisée. Et cette présence ne passera pas inaperçue.

Bien que les expositions provinciales soient avant tout des événements strictement commerciaux, Montréal y contribue financièrement régulièrement. En 1860, la Ville décide de construire, avec l’aide de Québec, un lieu dédié spécifiquement aux expositions : le Palais de Cristal, situé dans la rue Sainte-Catherine, près de l’actuelle rue McGill College. La ville est en liesse à cette période, car le prince de Galles (le futur roi Edward VII) viendra inaugurer le pont Victoria, une merveille d’ingénierie pour l’époque. On lui fera aussi inaugurer le Palais de Cristal de Montréal et, par le fait même, la première Exposition agricole et industrielle de l’Amérique du Nord britannique. Le pont, ainsi que le Palais, seront officiellement ouverts le 25 août 1860. Il s’agit de la première visite au Canada d’un membre de la couronne britannique.

Il faut dire que depuis le succès du Palais de Cristal de Londres, construit spécialement pour l’Exposition de 1851, un engouement tout particulier s’est développé pour ce genre d’édifice. Pour l’exposition de New York de 1853, influencé par le Palais de Cristal de Londres, on en construira un, plus modeste, mais tout aussi spectaculaire. Les Expositions internationales de Dublin (1853), Munich (1854) et Philadelphie (1876) seront aussi dotées de Palais de Cristal.

La mode des Palais de Cristal

Palais de Cristal

Photo montrant le Palais de Cristal sur la rue Sainte-Catherine.
Par William Notman. Don de Mr. George Dudkoff. Musée McCord. I-20722.2.
Les villes aussi, particulièrement au Canada, construiront durant le XIXe siècle plusieurs bâtiments du même style (bien que beaucoup plus petits) pour loger leurs propres expositions : Victoria, Toronto, Kingston (le premier construit au Canada, en 1856), Hamilton (le palais, construit en 1860, est inauguré lui aussi par le Prince de Galles) ainsi que plusieurs autres. En fait, le Canada compte plus d’une douzaine de ces édifices en 1891; malheureusement, aucun n’a survécu. En 1893, dans le cadre du développement de la « Cité blanche », les architectes de l’Exposition de Chicago se sont définitivement éloignés de ce genre de bâtiment, signalant ainsi la fin des palais de cristal comme structure centrale des expositions.

Celui de Montréal, œuvre de l’architecte John William Hopkins, est unique dans son style. Alors que les autres palais sont généralement construits avec une structure en bois et ont une utilisation saisonnière seulement, celui de Montréal a été assemblé grâce à une armature de fer avec des murs en briques blanches et roses. Il a été décidé dès le départ que cet édifice devait être utilisé à longueur d’année, non seulement pour des expositions, mais aussi comme une sorte de Palais des congrès avant l’heure. L’équipe de hockey de l’Université McGill s’y entraine occasionnellement. Le Palais est aussi hôte de grandes réceptions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on l’a construit en plein centre de la future voie commerciale de Montréal. Malheureusement, à part pour les expositions, il demeure sous-utilisé, et on décide, en 1878, de le déplacer au tout nouveau Centre des expositions du Dominion du Fletcher’s Field (l’actuel parc Jeanne-Mance), situé au pied du mont Royal. En juillet 1896, il est détruit par un incendie, et on décide de ne pas le reconstruire. Cela signale aussi le déclin des grandes expositions industrielles montréalaises.

Crépuscule des grandes expositions montréalaises

Exposition provinciale à Montréal, 1881

Vue à vol d'oiseau des terrains de l'exposition provinciale à Montréal en 1881.
L'Opinion publique, 29 septembre 1881. Gravure d'Eugène Haberer.
En 1881, un comité permanent des expositions est constitué et obtient de la Ville de Montréal un bail sur le Fletcher’s Field. En 1891, une compagnie privée, la Montreal Exposition Co., remporte le terrain et y organise plusieurs expositions jusqu’en 1898, date à laquelle la Ville résilie le bail afin de prendre possession du terrain. Cette dernière détruit les édifices restants l’année suivante. C’en est fini des grandes expositions à Montréal pour plusieurs décennies.

Alors que les expositions industrielles se succèdent à Montréal et à Toronto, des industriels montréalais rêvent, eux, à une exposition universelle, du même calibre que celles de Paris, Londres, Dublin, Vienne, Philadelphie ou Chicago. Et pourquoi pas?

Montréal, ville d'expositions

Dessin montrant une proposition pour une exposition sur l’île Ste-Hélène
Le Monde illustré, vol. 12, no 574, p. 8 (4 mai 1895).
La première proposition, plus officieuse qu’officielle, est faite par des hommes d’affaires montréalais pour souligner le 250e anniversaire de la ville, en 1892. Proposition essentiellement privée qui ne soulève pas beaucoup d’enthousiasme à l’époque. Cette tentative rapidement oubliée, une autre est faite en 1896 par Joseph H. Styles. Ce Montréalais était un des commissaires aux Expositions de Chicago (1893) et de San Francisco (1894); il en était revenu ébloui et convaincu que Montréal serait une ville idéale pour recevoir ce genre d’évènement. La proposition de Styles est prise très au sérieux et un comité est constitué. D’ailleurs, des industriels britanniques se montrent très intéressés par ce projet. Malheureusement, malgré l’enthousiasme, les investisseurs ne seront pas au rendez-vous et le rêve s’arrête là. Il faut dire que le refus du premier ministre Mackenzie Bowel de s’impliquer dans ce projet n’avait pas envoyé un signal très positif.

Répétition des tentatives

Entre temps, un groupe d’hommes d’affaires fonde, en 1904, l’Association d’exposition industrielle de Montréal, dans l’espoir de relancer les grandes expositions dans cette ville; mais elle connait peu de succès. On se demande alors si le parc La Fontaine ou encore l’île Sainte-Hélène ne pourraient pas être des sites convenables pour une grande exposition internationale… En 1908, la Ville de Montréal achète au gouvernement fédéral l’île Sainte-Hélène justement pour en faire un parc et, possiblement, un lieu d’exposition.

En 1914, on propose de tenir une exposition universelle à Montréal en 1917 — de préférence sur les îles Sainte-Hélène et Ronde, réunies entre elles par un pont — pour souligner le 50e anniversaire de la Confédération ainsi que le 275e de la fondation de Montréal. Le journal La Presse s’en fait officiellement le porte-parole et Rodolphe Lemieux, ministre fédéral des Postes, un Montréalais, en fait la proposition officielle aux membres du Parlement. Le premier ministre Robert Borden aime beaucoup ce projet et promet non seulement un soutien financier, mais aussi d’en faire une exposition canadienne. La réalisation de ce projet est pratiquement assurée… mais quelques mois plus tard, le 28 juillet 1914, l’Europe s’enflamme; l’exposition est vite oubliée, les priorités d’un pays en guerre étant tout autres. En 1917, on soulignera à peine les 50 ans de la Confédération et les 275 ans de Montréal.

1937, nouvel espoir

Il faudra attendre 1937 avant qu’un projet similaire ne refasse surface. C’est le maire de Montréal, Adhémar Raynault, qui sort des archives le projet d’exposition pour célébrer en grand le 300e anniversaire de la fondation de sa ville ainsi que le 75e anniversaire de la Confédération. Mis de l’avant, alors que l’Exposition universelle de Paris bat son plein et que l’enthousiasme créé par l’événement gagne le Québec, le projet semble avoir eu une bonne réception à Ottawa, mais pas à Montréal, où les milieux financiers sont toujours embourbés dans la dépression de 1929. D’ailleurs, Louis Dupire, éditorialiste au Devoir, lance, le 18 août 1937, cet avertissement : « Ne risquons pas que l’exposition universelle nous expose au ridicule universel. » De plus, l’accouchement de l’Exposition de 1937 de Paris a été particulièrement difficile et s’est effectué dans une atmosphère de confrontations majeures entre les idéologies fascistes et celles d’extrême gauche en France; ce qui a réduit l’enthousiasme de plusieurs.

Quelques mois plus tard, le maire Raynault est battu aux élections et remplacé par Camillien Houde. Celui-ci maintient la flamme de l’exposition du mieux qu’il peut, du moins jusqu’à ce qu’il arrive à la conclusion que l’enthousiasme n’est pas là et surtout que le soutien financier semble inexistant. De plus, la Ville de New York vient d’annoncer qu’elle tiendra une exposition universelle en 1939-1940. Le projet de Montréal est renvoyé aux archives, du moins jusqu’en 1958, date à laquelle la flamme est rallumée par le président du Sénat canadien, en visite officielle à l’Exposition de Bruxelles…