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L’incendie du Blue Bird

28 août 2018
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Avec un bilan de 37 victimes et des dizaines de blessés, l’incendie criminel qui a ravagé le bar le Blue Bird, une institution en 1972, est l’une des pires tragédies survenues à Montréal.

Incendie Blue Bird

Pompiers au travail devant le Blue Bird
Collection du Musée des pompiers de Montréal
En cette soirée de fin d’été du 1er septembre 1972, des dizaines de jeunes gens se sont donné rendez-vous au Wagon Wheel, un bar country très populaire. Ils profitent de l’ambiance festive en se défoulant sur la piste de danse ou en bavardant autour des tables couvertes de nappes à carreaux. Le Wagon Wheel occupe l’étage du Blue Bird Club. Au rez-de-chaussée se trouve le cocktail lounge qui donne son nom à l’établissement du 1172, rue Union, au centre-ville de Montréal.

La soirée se déroule sans encombre jusqu’à ce que trois hommes en état d’ébriété, venus rejoindre des amis, se voient refuser l’accès au bar déjà bondé. En colère, ils décident de se venger. Ils reviennent avec un bidon d’essence qu’ils vident dans la cage d’escalier avant d’y lancer une allumette. Le feu se répand instantanément, bloquant l’entrée principale de l’édifice. À l’étage, les musiciens cessent de jouer dès qu’ils aperçoivent des flammes. Il suffit de quelques secondes pour que les 200 personnes qui se trouvent dans la salle prennent conscience du danger.

Sortir à tout prix

Incendie Blue Bird

Pompiers au travail lors de l'incendie du Blue Bird
Collection du Musée des pompiers de Montréal
La panique s’empare de la foule, chacun cherchant à fuir les lieux et à retrouver ses proches. La situation prend une tournure encore plus dramatique lorsqu’on s’aperçoit que la sortie de secours est verrouillée. Piégés par les flammes et la fumée, les gens tentent désespérément de trouver une autre issue. Une petite fenêtre dans la toilette des femmes permet de sortir; il faut alors faire la file, se glisser dans l’ouverture, puis sauter dans la rue. D’autres clients réussissent à gagner la deuxième sortie d’urgence, située dans la cuisine. Ils doivent ensuite emprunter un escalier d’évacuation en métal, mais celui-ci s’écroule sous leur poids…

Pendant ce temps, quelques hommes continuent à frapper à coups de pied sur la sortie de secours verrouillée. Au bout d’un long moment, le cadre de la porte finit par céder. Une fois sortis, des clients se transforment en sauveteurs. Ils retournent à l’intérieur pour sortir des corps inanimés, sans savoir si ces personnes sont encore vivantes ou non.

Environ 50 pompiers répondent à l’appel pour combattre l’incendie et évacuer les corps. Beaucoup resteront marqués par la tragédie, touchés par le jeune âge des victimes.

Un bilan tragique

Incendie Blue Bird

Pompiers, policiers et foule devant le Blue Bird incendié
Collection du Musée des pompiers de Montréal
Après le drame, on fait le décompte : 37 morts et 51 blessés. Ce triste bilan fait de l’incendie du Blue Bird l’un des plus meurtriers que la métropole ait connu, après celui du cinéma Laurier Palace, où 78 enfants ont péri en 1927. La plupart des personnes décédées sont dans la vingtaine. On compte quand même parmi elles sept mineurs, dont une jeune fille de 13 ans. Sur les 37 victimes, 36 sont mortes suffoquées par la fumée. L’autre a péri des suites de ses blessures.

Le propriétaire du Blue Bird, Léopold Paré, est atterré au lendemain de la catastrophe. Il connaissait plusieurs des victimes. Certaines familles le tiennent pour responsable du drame, puisque c’est lui qui exige de verrouiller la porte, les soirs d’affluence, pour empêcher les clients d’entrer par l’arrière du bâtiment. Ce truc qui permettait d’éviter de payer était connu, et les plus jeunes victimes se sont peut-être faufilées par cette entrée, plus tôt en soirée, pour échapper au regard du portier.

Le Wagon Wheel comptait trois issues : l’entrée principale, bloquée par les flammes le soir du drame, la sortie d’urgence de la cuisine et celle qui était verrouillée. Le rapport d’enquête du coroner met en lumière la discordance des différents règlements quant au nombre d’issues requises dans les lieux publics.

Incendie Blue Bird

Intérieur incendié du Blue Bird
Collection du Musée des pompiers de Montréal
Des poursuites pour plusieurs millions de dollars sont intentées contre le propriétaire du Blue Bird et la Ville de Montréal. Léopold Paré échappe à toute responsabilité criminelle, alors que le Service de sécurité incendie de Montréal et la Ville sont blâmés. Le maire de l’époque, Jean Drapeau, règle l’affaire à l’amiable en versant aux familles des sommes de 1000 $ à 3000 $ par victime.

Quant aux incendiaires, ils sont retrouvés par la police à Vancouver. Gilles Eccles, Jean-Marc Boutin et James O’Brien, tous trois dans la vingtaine, sont condamnés à la prison à vie. Ils passent 10 ans derrière les barreaux avant de bénéficier d’une libération conditionnelle.

Quarante ans après la tragédie, en août 2012, la Ville de Montréal marque pour la première fois le triste anniversaire de ce qui a été le pire incendie criminel sur son territoire. Un hommage posthume aux victimes a lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde et une exposition temporaire est installée à l’hôtel de ville. Une plaque commémorative portant le nom des 37 personnes décédées est dévoilée au square Phillips, près du lieu du drame.