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Lettre ouverte à mes petits-enfants

08 février 2021

Dans le cadre d’un projet sur les liens familiaux et la place des aïeuls au sein de la communauté portugaise de Montréal, des grands-parents témoignent de ce qui les unit à leurs petits-enfants. Ici, le témoignage d’Odete Claudio.

Odete Claudio

Photo en noir et blanc montrant une femme en plan rapproché avec des bibliothèques en arrière-plan.
Photo : Fernando dos Santos. Collection privée.
Dans le cadre de l’exposition Fil de tendresse, fio de ternura, Joaquina Pires est allée à la rencontre de grands-parents et de petits-enfants luso-montréalais, accompagnée de Fernando dos Santos, photographe, et de Francisco Peres, vidéaste. Plusieurs ont généreusement témoigné. Vous trouverez ici les mots de Odete Claudio, qui s’adresse à ses 10 petits-enfants.

En 2016, madame Odete Claudio a écrit plus de 400 pages dans lesquelles elle relate tous ses souvenirs de vie afin de les transmettre à ses petits-enfants. Elle a composé ce document pendant son traitement contre le cancer dans le but de l’offrir à ses petits-enfants. Rédigé en portugais, il a été tiré en une vingtaine d’exemplaires. Lorsqu’il a été terminé, toute la famille s’est réunie, au mois de septembre 2016, pour partager ses souvenirs. La lettre présentée ici se trouve au début du document de madame Claudio.

Odete Claudio

Photo en noir et blanc montrant une femme en plan rapproché tournant les pages d’un cahier.
Photo : Fernando dos Santos. Collection privée.
Mes chers petits-enfants.

C’est une lettre spéciale que je vous écris. Comme vous êtes nombreux (pas moins de 10) et d’âges variés, je m’adresse à tous, comme lorsque vous ouvriez les cadeaux à Noël en commençant par les plus jeunes. Les plus vieux ont plus de patience pour attendre.

Je ne sais pas si un jour vous pourrez lire ce document que j’ai préparé pour vous laisser un souvenir du bon vieux temps. Je vous le dédie avec toute mon affection.

Si le document était rédigé en anglais, il serait facile pour vous de le lire. Je sais que les plus vieux aiment m’entendre leur raconter mes histoires de vie. Et les autres? Bref, peut-être qu’un jour ils pourront les apprécier. Si je n’avais pas besoin de plusieurs stylos rouges pour les corrections, sans doute que j’aurais pris le risque de le traduire!

Nos univers sont très différents aujourd’hui. Mais le sont-ils vraiment? Seul le temps pourra nous le dire. Même en sachant que de nos jours les intérêts des petits-enfants et des grands-parents diffèrent, il existe toujours quelque chose qui nous lie; l’amour entre les membres de la famille, la reconnaissance et le respect des valeurs de chacun.

Si un jour vous avez l’occasion de lire les vraies histoires et les narrations des événements de ma vie ou de celles des autres membres de la famille, vous pourrez sans doute découvrir tout cela.

Comme je l’ai mentionné, c’est en pensant à vous que je me suis aventurée dans ce projet et que j’ai essayé le plus possible de me rappeler le long cheminement de ma vie (et de celle de vos mamans respectives). Au cas où un jour vous vous interrogeriez sur vos origines maternelles, vous aurez une source sûre et vous saurez qui je suis, d’où est-ce que je viens et ce que j’ai fait.

J’aimerais terminer en vous rappelant un ou deux souvenirs de ce que chacun de vous a vécu avec moi, quand vous étiez enfants, lorsque j’allais vous garder, vous chercher à l’école, vous emmener au parc et pousser la balançoire. Et quand, un peu plus tard, je vous conduisais à vos entraînements de sport, vous emmenais aux spectacles et aux concerts. Ou encore, lorsque vous veniez chez moi pour des cours de portugais pendant lesquels vous faisiez du découpage et du collage. Bien d’autres événements sont déjà mentionnés dans le document.

Je commencerai par l’aîné puisque c’est lui que j’ai connu en premier.

David faisait des montages de films avec son frère et ses amis;

Justin s’efforçait d’apprendre le piano;

Philippe voulait balayer la cuisine même s’il n’était même pas encore capable de tenir le balai;

Adam m’apportait un bouquet de fleurs;

Kayla me demandait la permission d’apporter des biscuits et du thé à son grand-père;

Arianne m’a invitée à son école pour parler du Portugal;

Simon me montrait le chemin pour aller à son entraînement de soccer à Laval;

Julia me prêtait son lit lorsque j’allais chez elle;

Jackson m’accompagnait avec son frère lorsque nous allions promener Zoe, la petite chienne, dans les rues de Pointe-Claire;

Curtis me recevait toujours en me donnant un gros xi coraçao [embrassade] et en me serrant fort.

Et lorsque vous jouiez tous dans la cour derrière chez moi ou encore dans la chambre sur le petit lit, ou quand vous me demandiez de vous faire des filhós (beignets portugais) pour le petit-déjeuner lorsque vous couchiez chez moi.

J’espère qu’un jour vous vous rappellerez ces courts épisodes de votre enfance et bien d’autres encore et que vous serez heureux en le faisant…

Je vous embrasse fort avec mille bisous…

Avózinha

Odete (témoignage écrit en 2016)