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Les maisons de vétérans des quartiers Émard et Côte-Saint-Paul

30 août 2017
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Répondant à un besoin criant de logements, le gouvernement canadien favorise, dès 1941, la construction de petites maisons préfabriquées, qui vont transformer certains quartiers du Sud-Ouest.

Lieu : rues Beaulieu, Angers et Monk

Vers 1947 : Construction des maisons de vérétans dans Ville-Émard et Côte-Saint-Paul

Maisons de vétérans

Rangée de maisons de vétérans au coin des rues Angers et Holy Cross
Photo de Denis-Carl Robidoux. Centre d'histoire de Montréal.
Dans les rues des quartiers Émard et Côte-Saint-Paul, on remarque aisément la présence de ces petites maisons à un étage, souvent carrées. Bâtiments isolés et modestes, ils offrent un contraste avec les autres logements jumelés à plusieurs étages qui se trouvent dans le secteur. Ces maisons, qu’on note également dans d’autres villes québécoises et canadiennes, sont apparues dans un contexte historique directement lié à la Seconde Guerre mondiale.

La Wartime Housing Limited et le contexte canadien

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D'anciens militaires défilent dans une rue de Montréal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Vieux-Montréal). Fonds Conrad Poirier. P48,S1,P4126.
Au courant de la Grande Dépression, peu de nouvelles habitations sont construites au Canada, ce qui résulte au début des années 1940 à un sérieux manque de logements. Dans les grandes villes comme Montréal, plusieurs habitations sont surpeuplées et certains bâtiments, peu entretenus pendant la crise économique des années 1930, se sont détériorés. Le gouvernement canadien décide en 1941 d’intervenir en créant la Wartime Housing Limited (WHL), une compagnie qui a pour mission de construire des milliers de maisons abordables et produites en série. On souhaite d’abord héberger les ouvriers qui travaillent à l’effort de guerre en installant ces maisons près des usines, qui par exemple produisent des munitions. Dès 1944, cependant, la WHL se tourne vers la construction de logements pour les familles des vétérans qui reviendront au pays après la guerre, d’où le nom de ce type d’habitation. Le besoin est en effet criant : des centaines de personnes manifestent en septembre 1946 à Ottawa pour demander la construction de maisons pour les anciens combattants. Les marchands de matériaux de construction de Montréal publient aussi dans Le Devoir une déclaration selon laquelle « on ne peut ignorer que la nation affronte [alors] un grave problème : fournir des maisons aux vétérans à qui [on doit] tant ».

À Émard, Côte-Saint-Paul… et ailleurs à Montréal

Maisons de vétérans (vue aérienne)

Vue aérienne de Côte-Saint-Paul et Ville-Émard
Archives de la Ville de Montréal. VM97-3-7P6-12.
Le 27 avril 1945, le conseil municipal de Montréal établit un nouveau règlement autorisant la WHL à construire des maisons de vétérans à Côte-Saint-Paul. Dès 1946, c’est la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) qui prend le relais de la WHL. Plus tard, des entreprises privées feront construire des maisons dans le quartier en s’inspirant des modèles précédemment développés par la WHL et la SCHL. Le bungalow, modèle d’habitation typique des banlieues, aurait ainsi évolué à partir des plans initiaux des maisons de vétérans.

Dès la fin des années 1940, on voit donc apparaître dans les rues du Sud-Ouest les premières maisons de ce type. La majorité de ces logements est toutefois érigée dans le secteur dans les années 1950 et 1960. Les petites maisons, construites d’abord par la SCHL, puis par diverses compagnies privées, vont être modifiées par leurs futurs propriétaires, donnant au secteur une certaine diversité architecturale.

Maisons de vétérans - Sud-Ouest

Maisons de vétérans dans le Sud-Ouest
Photo de Denis-Carl Robidoux. Centre d'histoire de Montréal.
Pas moins de 252 maisons de vétérans ont été répertoriées dans le quartier Côte-Saint-Paul. De plus, on en recense dans plusieurs autres quartiers de la ville, notamment dans Rosemont, Hochelaga, Lachine, Lasalle, Villeray et Ville-Saint-Laurent. Dans ce dernier secteur, près de 400 maisons ont été établies pour loger les travailleurs de la compagnie Canadair, qui construisait des avions de guerre pour les forces alliées. La Seconde Guerre mondiale a donc laissé à Montréal un patrimoine architectural important.

Contribution à la recherche : Société d’histoire Saint-Paul-Émard