Un site du Centre d'histoire de Montréal

Le sculpteur Émile Brunet

18 janvier 2016
Temps de lecture

L’ampleur de la production du sculpteur québécois Émile Brunet est étonnamment méconnue. L’artiste talentueux, formé au Québec, aux États-Unis et en France, a en effet signé quelque 200 monuments.

Émile Brunet vers 1913

Portrait taille d'Émile Brunet souriant vers 1913
Vers 1913. Émile Brunet. Écomusée de l’Au-Delà.
C’est au cours de la rédaction du Guide préliminaire de surveillance pour le cimetière Notre-Dame-des-Neiges que les responsables de l’Écomusée de l’Au-Delà ont pris conscience de l’ampleur de la production artistique du sculpteur québécois Émile Brunet, aussi bien au cimetière qu’ailleurs dans le domaine public, à Montréal, au Québec et au Canada. L’artiste a en effet signé pas moins de 200 monuments.

Émile Brunet est né en 1893 dans une famille de fabricants de monuments funéraires qui a influé non seulement sur l’histoire du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, par l’importance du patrimoine qu’elle y a laissé, mais aussi sur celle du village de la Côte-des -Neiges. En effet, l’entreprise de granit des Brunet, dirigée par l’oncle d’Émile, Joseph, et dans laquelle son père, Rémi, travaillait, constituait une importante industrie dans le milieu : elle était située près de l’entrée du cimetière.

Un artiste précoce

Émile Brunet - Monument aux Patriotes

Photographie du monument aux Patriotes.
1913. Monument aux Patriotes de Saint-Denis-sur-Richelieu. Écomusée de l’Au-Delà.
À 14 ans, Émile Brunet étudie à l’École des arts du Monument-National. Cinq ans plus tard, il obtient sa première commande : le monument aux Patriotes de Saint-Denis-sur-Richelieu. Avant d’aller, en 1920, se perfectionner au Chicago Art Institute, il devient, en 1917, l’assistant de l’artiste anglais Bonnor, décorateur du nouveau parlement d’Ottawa. 

Il réside à Chicago quand il soumet une maquette pour un monument aux morts de la Grande Guerre, commandé par la Ville de Longueuil. Classé premier au concours, il se rend en France pour réaliser l’œuvre. Il s’inscrit alors à un atelier de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Nous sommes en 1923.

L’année suivante, il se présente au concours d’admission de la même école. Il y surpasse plus de 200 concurrents et est nommé « premier élève ». En juillet de la même année, le gouvernement du Québec lui accorde une bourse d’études de trois ans. C’est de Paris, toujours en 1924, qu’il participe avec 60 artistes, dont 10 détenteurs du Prix de Rome, au concours pour l’érection d’un monument en l’honneur de Laurier dans la capitale fédérale. Il rafle à la fois les premier et deuxième prix. L’une des deux maquettes servira à sculpter la statue de Laurier du square Dorchester, à Montréal, inaugurée en 1953.

Émile Brunet - Pavillon du Canada 1937

Photographie du bâtiment ayant abrité le pavillon du Canada, devant lequel il y a une statue de bison. On peut lire les inscriptions «  Forêts fourrures pêcheries » (à gauche) et « Mines agriculture » (à droite).
1937. Pavillon du Canada à l’Exposition universelle des arts et techniques de Paris. Écomusée de l’Au-Delà.

Un sculpteur reconnu

De 1928 à 1933, il sculpte le tympan, les portes centrales et les bas-reliefs du Musée du Québec, aujourd’hui le Musée national des beaux-arts du Québec. Plusieurs de ces œuvres seront d’ailleurs reprises au pavillon du Canada, dont il est également le concepteur, à l’Exposition universelle des arts et techniques de Paris, en 1937. Son travail est alors doublement primé : il reçoit le Grand Prix pour les bas-reliefs et un diplôme d’honneur pour la conception du pavillon.

Frère André - Monument d'Émile Brunet

Photographie couleur de la statue du frère André avec des éléments naturels. autour.
1955. Monument au frère André, oratoire Saint-Joseph. Écomusée de l’Au-Delà.
Le sculpteur, qui avait l’habitude de passer la moitié de l’année au Québec et l’autre en France, s’installe à Montréal à la suite du déclenchement de la guerre. Il exerce son art dans l’atelier de son oncle de 1939 à 1948. C’est à ce moment qu’il commence à signer une trentaine de monuments funéraires parmi les plus significatifs du cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal. 

Émile Brunet crée également nombre d’œuvres historiques ou religieuses, notamment à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Il est décédé en 1977.

Cet article est paru dans le numéro 46 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il avait été écrit avec la collaboration de l’Écomusée de l’Au-Delà.

Émile Brunet - Monument Timmins

Photographie d'une statue de madone encadrée d'une arche ouvragée.
La Madone du Mont Royal, monument Timmins, photographié par Alain Tremblay en 2008.

Références bibliographiques

COULOMBE, Serge. Émile Brunet : un bâtisseur de patrimoine, [En ligne], Écomusée de l’Au-Delà, 2006, 142 p. [http://www.ecomuseedelau-dela.net/documents-texte/texte-emilebrunet/Publ... (Consulté le 8 décembre 2015)