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Le Ladies’ Morning Musical Club, une tradition musicale depuis 1892

31 janvier 2017
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Fondé au XIXe siècle par huit musiciennes, ce club anglophone était réservé aux femmes. Toujours actif, il attire aujourd’hui les amateurs de musique classique sans distinction de langue ou de sexe.

Mary Bell

Jeune femme portant un chapeau noir
Musée McCord. II-92111.
En 1892, huit jeunes montréalaises de la bourgeoisie anglophone décident de créer un club musical. Elles souhaitent se réunir pour déchiffrer ensemble des partitions de musique de chambre et présenter ensuite ces pièces devant les autres membres du club. Les rencontres ont lieu le mardi matin; le club prend le nom de Ladies’ Morning Musical Club (LMMC). Sans le savoir, ces musiciennes dilettantes venaient de fonder ce qui est maintenant la plus ancienne société culturelle du Canada.

Le premier spectacle a lieu dans une salle du YMCA, au square Dominion, en novembre 1892. L’idée de ces concerts matinaux plaît tellement que le club recrute 200 membres dès la première année. Ce sont toutes des femmes, toutes anglophones. L’organisation du club est dynamique et efficace, et son rôle devient de plus en plus important dans la promotion de la musique classique à Montréal. Au début, les concerts sont donnés seulement par des membres du club, parfois accompagnés par des musiciens professionnels. En 1895, les organisatrices invitent le violoniste belge Eugène Ysaÿe. Le succès de son récital amène une restructuration et une diversification de la programmation.

Les membres du club restent exclusivement féminins jusqu’en 1969, mais l’organisme a toujours accueilli des hommes parmi ses artistes invités. Les musiciens canadiens sont toujours au programme, et de futures grandes vedettes comme Léopold Simoneau, Pierrette Alarie, Glenn Gould et Maureen Forrester s’y produisent en début de carrière. Plusieurs artistes internationaux y font leur première apparition en Amérique du Nord. Parmi les grands musiciens qui se sont fait entendre au LMMC, on compte Isaac Stern, Vladimir Horowitz, Gérard Souzay, Benjamin Britten, Jean-Pierre Rampal et Yo-Yo Ma.

Un organisme en évolution

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Jeune femme au piano
Musée McCord. II-170604
La popularité grandissante des concerts du LMMC force un changement de lieu. Après le YMCA, les spectacles sont présentés à la salle de bal du Ritz-Carlton. D’autres salles se succèdent : Comédie canadienne, hôtel Mont-Royal, salle Maisonneuve de la Place des Arts. De nos jours, les concerts ont lieu à la salle Pollack de l’Université McGill, dont la qualité de l’acoustique est reconnue et qui peut accueillir 600 personnes.

Le LMMC a bien changé depuis ses débuts il y a plus d’un siècle. Des femmes francophones ont siégé à sa présidence. Les concerts ont longtemps eu lieu le mardi matin, mais ils se déroulent maintenant le dimanche après-midi, préservant l’idée de la matinée. L’organisme, toujours à but non lucratif et géré par un comité de bénévoles, peut s’enorgueillir d’avoir à son actif plus de 120 saisons de concerts sans interruption, malgré deux grandes guerres!

Le club est fier de maintenir une tradition d’excellence tout en ne recevant aucune subvention. Depuis ses débuts, il fonctionne grâce au travail de ses bénévoles et est financé par son public et par des dons, ce qui lui permet de continuer d’offrir des billets à prix abordable. Même si le Ladies’ Morning Musical Club n’est plus ce qu’il était à sa création, l’esprit des fondatrices et leur volonté de promouvoir la musique sont toujours bien vivants.