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Le Centre de loisirs Monseigneur Pigeon

06 novembre 2017
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Une grande fête de quartier est lancée en 1958 à Côte-Saint-Paul : on vient d’annoncer la construction d’un nouveau centre de loisirs, qui animera ce quartier du Sud-Ouest de Montréal.

Lieu : 5550, rue Angers

1959 : Ouverture du centre

Centre de loisirs Monseigneur Pigeon

Bâtiment du Centre de loisirs Monseigneur Pigeon
Photo de Denis-Carl Robidoux. Centre d'histoire de Montréal.
« Tous les paroissiens de Saint-Paul étaient chaleureusement invités à participer à cet important événement qui fera époque dans l’histoire de la paroisse. » C’est ainsi que le journal Le Devoir décrit les célébrations du lancement d’une vaste campagne de souscription dans Côte-Saint-Paul, visant à amasser des fonds pour construire le premier centre de loisirs du quartier. L’évènement, qui a lieu le 26 octobre 1958, est célébré en grand. Une parade d’une centaine d’automobiles, précédée par un char allégorique montrant une maquette du futur centre, parcourt les rues du secteur. À 16 heures, on bénit le terrain sur lequel sera construit l’édifice. La troupe folklorique Saint-Paul donne un spectacle et les paroissiens sont invités à danser dans la rue Angers.

Environ un an plus tard, en octobre 1959, le nouveau centre de loisirs, qui porte le nom du curé de la paroisse, monseigneur Cléophas Pigeon, est inauguré au coin des rues Galt et Angers. Olier Asselin, président des Loisirs St-Paul, décrit la nouvelle institution comme « un rêve depuis longtemps caressé ». À l’ouverture, paroissiens, organisateurs, conseillers municipaux et députés se réunissent dans le gymnase du centre.

Diriger la jeunesse vers des divertissements sains

Centre de loisirs Monseigneur Pigeon

Une foule d'enfants suit les mouvements d'un moniteur dans un gymnase.
Archives de la Ville de Montréal. VM094-Y-1-15-D3812-025.
« Une âme saine dans un corps sain. » C’est ainsi qu’un article du journal La Presse daté du 26 octobre 1959 évoque les objectifs religieux qui sous-tendent le projet de centre de loisirs dans le quartier. À l’inauguration du nouvel établissement, le curé Pigeon fait une allocution et explique que le centre de loisirs permettra de diriger la jeunesse du quartier vers des divertissements sains et supervisés, mentionnant du même coup que « les heures libres de plus en plus nombreuses ne sont pas sans dangers, physiques et surtout moraux ». Cette déclaration rappelle le discours des réformateurs religieux qui, depuis le XIXe siècle, partagent un idéal similaire : éloigner la jeunesse montréalaise des divertissements pernicieux. Pensons notamment aux YMCA qui, du côté protestant, ont sensiblement la même mission que le nouveau centre de loisirs de Côte-Saint-Paul.

Les temps libres sont vus par les autorités religieuses (protestantes et catholiques) comme une source potentielle de vice et de péché. On cible particulièrement les quartiers ouvriers et industriels, qui offriraient à la jeunesse une panoplie de lieux de tentation : tavernes, cinémas, salles de danse, etc. La création d’un nouveau centre de loisirs n’est donc pas anodine. L’évêque de Montréal, monseigneur Bélanger, confère par exemple une importance capitale à ce projet lorsqu’il s’adresse à la foule lors de l’inauguration du centre de Côte-Saint-Paul. Il indique : « Il importe d’organiser des loisirs chrétiens, car ils tiennent compte du corps et de l’Âme. On doit les trouver dans tous nos centres de loisirs, qui sont en fait la continuation de l’école et du foyer. C’est ainsi que nos centres de loisirs peuvent abondamment aider à la formation de vrais citoyens et de vrais enfants de Dieu. »

Un projet ambitieux

Centre de loisirs Monseigneur Pigeon

Édifice du Centre de loisirs Monseigneur Pigeon
Photo de Denis-Carl Robidoux. Centre d'histoire de Montréal.
Le bâtiment, dessiné par l’architecte Louis J. Lapierre, comprend une salle de quilles au sous-sol, un club de jeux de cartes et de dames, une salle de billard, une salle de réception ou de réunion et un petit restaurant. Un gymnase y est aussi aménagé pour les joueurs de badminton, basketball, volleyball et tennis intérieur, et peut être transformé en salle de spectacle. Le premier étage loge des salles pour diverses activités éducatives, dont des cours de cuisine. Une bibliothèque, des salles de cours et une cabine de projection pour les films se trouvent également à cet étage. Enfin, le toit est aménagé en terrasse pouvant être utilisée comme théâtre extérieur, notamment à l’usage de troupes de danses folkloriques.

Au courant de son histoire, le centre de loisirs a accueilli plusieurs fêtes de quartier, compétitions sportives et événements divers. En 2017, le centre Monseigneur Pigeon est toujours en activité et continue d’offrir de nombreux services et activités aux jeunes du quartier. Si son rôle est désormais moins lié aux préoccupations de nature religieuse, le centre de loisirs demeure un lieu d’éducation et d’intégration sociale.

Contribution à la recherche : Société d’histoire Saint-Paul-Émard.