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La beurrerie de l’île Bizard

13 octobre 2016
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Sur l’île Bizard, où se trouvaient les meilleures terres agricoles de la région montréalaise, la production laitière allait de soi. En 1851, les fermes y produisaient 13 020 livres de beurre!

Collaboration spéciale de la Société patrimoine et histoire de l’île Bizard et Sainte-Geneviève 

Beurrerie de l'île Bizard

Groupe d’employés posant devant la beurrerie de l’île Bizard vers1910.
Courtoisie de la Société patrimoine et histoire de l’île Bizard et Sainte-Geneviève.

La scène est aussi rare que superbe. Les employés de la beurrerie sont réunis pour la photo. Ce bâtiment occupe une place à part dans l’histoire de l’île Bizard. Situé à l’entrée ouest du village, il a d’abord abrité un magasin général à partir de 1845. Pour la petite population vivant principalement d’une agriculture de subsistance, aller dans ce commerce, c’était l’occasion de se procurer des produits manufacturés tels que le tissu, les rubans, les chaussures, etc. Pour les élèves de l’école de rang, c’était l’endroit où l’on achète les manuels scolaires et religieux.

De magasin général à beurrerie

Après la faillite d’Hormidas Cousineau, en 1890, Napoléon Boivin achète le lieu et le transforme en beurrerie. L’économie locale commence à bouger : la population de Montréal grandit, et certains agriculteurs de l’île Bizard s’orientent vers la production beurrière pour satisfaire la demande. L’aventure est de courte durée : la beurrerie disparaît dans un incendie le 14 novembre 1915.

De bon matin

La beurrerie était un lieu de rencontre quotidienne. Les hommes échangeaient les nouvelles… et probablement aussi de bonnes blagues, comme c’était aussi le cas des forges et des moulins. Sur la photographie, avez-vous remarqué les enfants dans deux des voitures à chevaux? En allant livrer leur lait chaque jour à la beurrerie, quelques cultivateurs profitent de ce voyage pour conduire leurs enfants à l’école du village. Parmi les hommes, on distingue même la présence d’un bébé, mais aucune femme n’apparaît. Les gros bidons de lait sont une affaire de gros bras. À l’arrière, deux employés de la beurrerie portent des tabliers. Le conducteur de la voiture à droite est Joseph-Avila Proulx (1889-1981). Il deviendra maire de l’île Bizard de 1937 à 1949.

L’agriculture laitière et maraîchère à l’île Bizard va de soi. Ce sont là les meilleures terres agricoles de la région montréalaise. La proximité de l’eau crée un micro climat qui rend les gelées plus tardives. Destinée à la consommation familiale, la fabrication du beurre est d’abord artisanale. Tout de même, en 1851, les fermes de l’île en produisent 13 020 livres! En 1893, la construction d’un pont relie cette économie traditionnelle à celle de la métropole. Au tournant du XXe siècle, certains agriculteurs en profitent, alors que d’autres partent en ville pour ne plus revenir, désertant les petites fermes de l’île Bizard.

Demiard de la ferme Wilson

Demiard portant l'inscription WILSON'S FARM, SPECIAL CREAM, ÎLE BIZARD
Courtoisie de M. Robert Benoît, collectionneur.

Certains en profitent, d’autres s’en vont

Des financiers tirent avantage de la situation, tels Joseph-Marcellin Wilson et Léon Simard, qui rachètent ces terres abandonnées. La présence de « gentlemen farmers » s’affirme alors sur l’île Bizard. Elle entraine la croissance des exploitations laitières, alors qu’on commence le ramassage du lait par camions. La photographie de ce demiard de crème de la ferme de M. Wilson est une preuve de la production laitière du lieu. Malgré les sols fertiles de l’île Bizard, sa vocation agricole laisse place, au XXe siècle, à la villégiature et aux constructions résidentielles.

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image » du 22 mars 2015, publiée dans le Journal de Montréal et dans le livre Promenades historiques à Montréal, sous la direction de Jean-François Leclerc, les Éditions du Journal, 2016, 240 pages.