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Aux courses dans la ville de Mont-Royal

13 juillet 2020
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L’hippodrome de la ville de Mont-Royal a longtemps attiré une foule de Montréalais enthousiastes. Le 15 juillet 1939, le photographe Conrad Poirier y a capté de précieuses images de ce monde disparu.

Hippodrome Mont-Royal

Photo noir et blanc montrant un groupe de femmes s'apprêtant à effectuer des paris sur le terrain de l'hippodrome Mont-Royal. Nous apercevons à l'arrière-plan une partie des installations du champ de course.
BAnQ Vieux-Montréal. Conrad Poirier, P48,S1,P4030.
Sur les vastes étendues verdoyantes de l’ouest de l’île ont été aménagés de nombreux hippodromes. Le Blue Bonnets a certainement été le plus populaire des hippodromes montréalais, et des pistes hippiques portant son nom se sont successivement situées à ville Saint-Pierre, Montréal-Ouest et Notre-Dame-des-Neiges. D’autres pistes de course ont aussi connu leurs heures de gloire, notamment à Saint-Laurent (hippodrome King) et à Dorval. Une autre un peu moins connue se situait du côté de la ville de Mont-Royal. Elle a été aménagée seulement quelques années après la création de la municipalité.

Incorporée en 1912, la cité-jardin de Mont-Royal doit sa création à la construction du tunnel ferroviaire sous le mont Royal. Facilement accessible par train ou automobile, la petite municipalité de banlieue est prise d’assaut les beaux jours d’été par les amateurs de turf, c’est-à-dire de courses de chevaux.

Située sur le flanc sud de la Côte-de-Liesse, non loin de l’actuel échangeur Décarie, la piste en forme de poire de la ville de Mont-Royal est considérée par les experts comme l’une des plus rapides à Montréal. Elle est inaugurée en septembre 1915 par le promoteur sportif Tom Duggan. Mais trois ans plus tard, à la fin de la Première Guerre mondiale, les pistes sont fermées. Considérant que l’alcool et les jeux de pari affaiblissent moralement l’effort de guerre, le gouvernement fédéral interdit les courses de chevaux en 1918 et 1919. Les affaires reprennent à l’hippodrome de la ville de Mont-Royal en 1920. En 1924, le nouveau propriétaire de l’hippodrome, Bill Dywer, fait construire une nouvelle estrade populaire destinée au grand public ainsi qu’un pavillon du club (le club-house) réservé à une clientèle choisie, le tout au coût de 200 000 dollars. Toutefois, un spectaculaire incendie électrique en 1929 et une expropriation partielle pour la construction du boulevard Décarie en 1933 fragilisent les finances et les installations. Malgré les difficultés, la fièvre des courses continue d’attirer les foules.

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Hippodrome Mont-Royal

Photo noir et blanc montrant des jockeys conduisant leurs chevaux à vive allure lors d'une course sur la piste de l'hippodrome Mont-Royal. À l’arrière-plan une tourelle à deux étages avec des observateurs jumelles en main et un tableau d'affichage.
BAnQ Vieux-Montréal. Fonds Conrad Poirier, P48,S1,P4034.

Le samedi 15 juillet 1939 s’annonce frais et nuageux alors que 6000 amateurs de turf se réunissent à l’hippodrome de la ville de Mont-Royal. Pour 50 cents, les messieurs et dames se bousculent pour être aux premiers rangs, livrets de pari et jumelles en main. Il faut débourser un dollar pour obtenir une loge dans le pavillon du club de la Back River, et bénéficier d’une place assise.

Le 15 juillet 1939 est la journée d’ouverture annuelle de l’hippodrome Mont-Royal. Des plus enlevantes, la quatrième course du jour, dont le cliché nous donne un aperçu, bouleverse les calculs des experts. Favori de la compétition, le cheval Rouge Catalan est largement dépassé par Monocle habillement mené par le jockey S. Varga. Selon le quotidien montréalais Le Canada, les parieurs désappointés estiment que la faute revient à E. Kennedy, le cavalier de Rouge Catalan, qui est beaucoup trop lourd : 158 livres!

Pour les amateurs de turf, les performances d’une monture dépendent d’abord du poids de son jockey. Après tout, le jockey R. Camp, vainqueur de la cinquième course, ne pèse que 98 livres! Menant des purs-sangs au tempérament vigoureux, il n’est pas rare que les jockeys soient blessés, comme l’expérimente le jeune Mexicain Gondalez (ou Gonzalez selon les sources) qui est désarçonné par Noisette lors de la deuxième course. Adeptes de vitesse et d’émotion fortes, les jockeys et leurs montures vivent dangereusement, ce qui exalte la foule aux abords de la piste de course.

Vendu à Lou Caruso en 1939, l’hippodrome Mont-Royal vit alors ses dernières années de gloire. À l’été 1946, il est démoli laissant place à des bâtiments commerciaux. Aujourd’hui, rien ne rappelle les captivantes courses de l’hippodrome Mont-Royal, si ce ne sont quelques rares photographies et articles de journaux épars.

L’article original est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 19 juin 2016. Il a été remanié pour sa publication dans Mémoires des Montréalais.

Références bibliographiques

BÉRUBÉ, Harold. Des sociétés distinctes. Gouverner les banlieues bourgeoises de Montréal, 1880-1939, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2014.

VILLE DE MONT-ROYAL. « L’histoire », Ville de Mont-Royal.
http://www.ville.mont-royal.qc.ca/fr/ville/vivre/histoire