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La valise italienne

07 juillet 2016
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Cette émouvante valise contient le trousseau de mariage d’une Italienne venue à Montréal avec ses trois enfants pour y rejoindre son mari et y immigrer.

Valise italienne - photo de passeport

Photo de passeport d’Ida Stinziani et de ses enfants, Thérèse, Antoinette et Joseph.
Collection de Joseph Stinziani.
Adolfo Stinziani quitte l’Italie en bateau, en 1955, pour se rendre à Halifax puis rejoindre à Montréal son frère et sa sœur – ainsi que quelques cousins et neveux – qui y avaient immigré dans les années 1920. Il vient à Montréal pour y trouver du travail, mais il a l’intention de retourner à Larino en Italie pour retrouver sa famille, après quelques années. En attendant, il a un travail de journalier au port de Montréal et il envoie de l’argent à sa parenté afin de compléter les revenus générés par leurs terres sur lesquelles sont cultivés des oliviers.

Finalement, Adolfo décide de s’établir définitivement à Montréal et, en 1961, il fait venir sa famille : sa femme, Ida, et leurs trois enfants, Joseph (6 ans), Antoinette et Thérèse (9 et 13 ans). Il les accueille dans leur nouvel appartement qui est situé sur la rue Papineau, entre les rues Bélanger et Saint-Zotique.

Cette valise a été apportée par Ida lors de son voyage. Elle contient son trousseau de mariage, un ensemble de quatre couvre-oreillers et trois draps en lin qu’elle avait fait broder en 1939.

Valise italienne avec couvre-oreillers et draps

Valise ouverte d’une immigrante italienne contenant quatre couvre-oreillers et trois draps en lin.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Joseph Stinziani. 2012.94.1-8.

Les objets

Voici une bien humble valise en cuir portant encore une étiquette écrite en italien et contenant ce qui devait être considéré comme un trésor de famille, le trousseau de mariage qui avait été constitué par Ida, en 1939.

Dans la tradition, chaque jeune fille, souvent dès l’adolescence, se devait de constituer son trousseau de mariage, c’est-à-dire un ensemble de linge de maison (literie, serviettes, linges de table, etc.) et de linge de corps (camisoles, jupons, mouchoirs, etc.). Comme il allait constituer sa contribution personnelle au patrimoine familial, ce trousseau devait être de la plus grande qualité possible, le plus beau, le plus fin, le plus complet. Souvent il était présenté avec fierté à l’admiration des visiteurs de la maison, puis on l’exposait au moment des noces, au même titre que les cadeaux de mariage.

Valise italienne - détail

Détail de la valise d’une immigrante italienne
Centre d’histoire de Montréal. Don de Joseph Stinziani. 2012.94.1-8.
Constituer un tel trousseau demandait de l’argent, pour acheter les diverses composantes ou le tissu qui allait les constituer, puis il fallait y consacrer beaucoup de temps pour coudre, broder et décorer, on commençait donc à le rassembler avant même l’arrivée d’un fiancé potentiel.

Souvent, afin de regrouper tous les éléments du trousseau et de le conserver en parfait état jusqu’au moment du mariage, on plaçait le tout dans un coffre, acheté ou fabriqué par l’homme de la maison. On avait coutume de nommer ce coffre « coffre d’espérance » étant donné qu’il allait rester là, intouché, jusqu’à ce qu’un bon mari soit trouvé. Et c’est ainsi que certaines « vieilles filles », ces femmes qui n’ont pas trouvé mari, ont conservé leur coffre d’espérance toute leur vie…

Nous ne savons pas si Ida avait eu un coffre d’espérance mais, dans un contexte d’émigration en famille, il a dû être remplacé par une simple valise qui a quand même bien fait son travail, c’est-à-dire protéger le trousseau pendant plus d’un demi-siècle.

Valise italienne - couvre-oreiller

Couvre-oreiller en lin brodé à la main.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Joseph Stinziani. 2012.94.1-8.

Ce trousseau est constitué de literie, des couvre-oreillers et des draps en lin finement brodés. La broderie qu’ils présentent est dite de type Richelieu ou Renaissance car, bien qu’elle soit originaire de Venise, c’est le cardinal de Richelieu qui l’a introduite en France et l’a rendue très populaire. C’est un type de broderie facile à reconnaitre, car les motifs sont entourés de points de broderie reliés par des brides, puis le tissu est découpé à l’intérieur des motifs, ce qui laisse des vides caractéristiques.

L’objet

Nom : Valise contenant quatre couvre-oreillers et trois draps en lin, brodés à la main
Numéro d’inventaire : 2012.94.1-8
Matériau(x) : Peau, cuir; textile, lin; métal; papier; bois; caoutchouc
Dimensions : Valise : 75 cm x 41,5 cm x 50,5 cm; couvre-oreillers : 86 cm x 76,8 cm; 111,8 cm x 85,5 cm; draps : 242,5 cm x 274 cm; 223,5 cm x 292 cm; 280 cm x 521 cm
Année ou période : 1939
Inscription :
Étiquette sur la valise : Compagnia « CRISTOFORO COLOMBO » Cooperativa Di La Voro A.R.L. SERVIZI AUSILIARI EMIGRAZIONE Sotto il diretto controllo DELL' ISPETTORATO EMIGRAZIONE Sede : Smistamento Ferrovia Centrale Lato Arrivi : NAPOLI - Telef. 54036 COGNOME NOME Piroscafo A 02089 Sur deux couvre-oreillers : SOCNI D'ORO
Sur un drap : Pace Amore
Donateur/donatrice : Joseph Stinziani

Le donateur

Joseph Stinziani est le plus jeune des trois enfants d’Adolfo et Ida. Il a immigré au Canada avec sa mère et ses sœurs, en 1961.