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Un toast à l’histoire!

20 janvier 2016
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En raison du commerce d’importation, puis de l’implantation de brasseries et de distilleries, l’industrie de l’alcool constitue depuis longtemps une importante activité économique à Montréal.

L’industrie de l’alcool constitue dès la fondation de Montréal, en 1642, une activité économique des plus importantes. L’import-export des boissons alcooliques représente une énorme source de revenus dans la région. Malgré certaines tentatives, la production de bière, de cidre, de vin ou de spiritueux en sol montréalais demeure marginale pendant plus de 100 ans et ne constitue pas une concurrence sérieuse pour le commerce d’importation.

L’alcool, objet de commerce

John Molson - Brasserie Molson, 1936

La brasserie Molson au 1590, rue Notre-Dame Est. On aperçoit la rue Notre-Dame vers l'est et la structure du pont Jacques-Cartier.
1936, Brasserie Molson: Rue Notre-Dame. - 1er avril 1936, Archives de la Ville de Montréal, VM094-Y-1-17-D0110.
Avec l’arrivée de John Molson, on peut parler d’une véritable industrie. Installée au Pied-du-Courant (rue Notre-Dame Est) depuis 1786, sa brasserie poursuit encore aujourd’hui ses activités sur le même emplacement.

L’implantation de brasseries, et plus tard de distilleries, conjuguée aux nombreux cabarets, auberges, hôtels et tavernes, génère plusieurs emplois et marque le paysage urbain de la région. C’est autour du marché de la place Royale que les cabarets et auberges s’installent d’abord. On peut aller y boire, mais aussi acheter des boissons au détail. Au XIXe siècle, ils se déplacent graduellement en périphérie du Vieux-Montréal.

Alcool - Taverne (Star Tavern)

La Star Tavern, autrefois la taverne Joe Beef au XIXe siècle, sur la rue de la Commune en 1964.
1964, Star Tavern, Archives de la Ville de Montréal, VM94-A0156-024.
Au point de vue social, un tel commerce suscite bien des débats. Les autorités tentent de contrôler le commerce, la fréquentation des débits de boissons, les heures d’ouverture et les jeux de hasard. Le XXe siècle s’amorce avec peu de changements dans les lois.

Au nom de la loi!

En 1919, la prohibition totale des boissons alcooliques est de rigueur dans toutes les provinces du Canada, à l’exception du Québec où l’on permet le commerce du vin, de la bière et du cidre seulement.

Alcool - prohibition Ontario

Barils d’alcool vidés de leur contenu lors de la prohibition en Ontario.
Vers 1925, Blind pigs raided, 160 kegs destroyed, Elk Lake, Ontario, Archives of Ontario, C.H.J. Snider fonds, Reference Code F 1194 S 15000, I0015265.
Dès 1920, le premier ministre Taschereau parle d’un projet de loi favorisant la consommation de boissons à faible teneur en alcool, au détriment des spiritueux : « Il faut donner à notre peuple des bières et des vins qui soient potables et d’un titre suffisant pour assurer leur conservation et pour satisfaire les consommateurs, au lieu de les inviter à rechercher quelque chose de plus en plus fort. »

Le gouvernement du Québec choisit une solution originale : la tempérance plutôt que l’abstinence, contrairement au reste de l’Amérique du Nord. L’adoption de la Loi sur les boissons alcooliques et la création de la Commission des liqueurs de Québec en 1921 abolit la prohibition, tout en maintenant plusieurs restrictions quant aux spiritueux.

Alcool - Annonce Commission des liqueurs 1921

Annonce publiée par la Commission des Liqueurs du Québec concernant les règles à suivre par les taverniers à l’égard de la vente d’alcool.
Commission des Liqueurs. Tavernes, annonce tirée du journal Le Canada, vol. 19, no 108, 8 août 1921, p. 7.
Aujourd’hui, la Société des alcools du Québec constitue la plaque tournante du commerce des vins et spiritueux. Quant à la bière canadienne, notre longue tradition de brassage est maintenant reconnue aux quatre coins du monde.

Cet article est paru dans le numéro 11 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Alcool - Intérieur d'une taverne vers 1925

Intérieur d’une taverne de Montréal vers 1925.
Vers 1925, Intérieur d'une taverne, Montréal (?), QC, vers 1925, Musée McCord, MP-0000.587.125.

Le référendum oublié

Le 29 septembre 1898, le Canada tient un référendum sur la prohibition au Canada. Le rôle du Québec sera déterminant dans les résultats. En effet, la province vote en majorité contre la prohibition. Les autres provinces et les Territoires du Nord-Ouest se prononcent en faveur de la prohibition, remportant la victoire avec une faible majorité.

Pourtant, le premier ministre Wilfrid Laurier choisit de ne pas tenir compte des résultats du référendum, évoquant la faible participation de la population au vote, soit 44 % des électeurs inscrits.

On dit que la véritable raison tient surtout de ses intérêts électoraux... le Québec étant le bastion de son pouvoir politique. De plus, la prohibition aurait été néfaste pour l’économie du pays.