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Souvenirs du village disparu de Longue-Pointe

15 avril 2020

En 2016, Maurice Day témoigne de l’histoire et du quotidien de Longue-Pointe avant la démolition du cœur villageois en 1964 due à la construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Longue-Pointe - inondation

Une place inondée, entourée de maisons et d’une église.
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Collection Maurice Day.
Lors d’une collaboration pour la chronique « Montréal retour sur l’image » publiée dans Le Journal de Montréal en 2016, Maude Bouchard Dupont a recueilli le touchant témoignage de Maurice Day, ancien résidant de Longue-Pointe. Grâce à des photographies et des souvenirs de famille, il a été possible de reconstituer quelques-uns des moments marquants de cette localité de l’est de Montréal, mais aussi la vie quotidienne d’un jeune garçon à Longue-Pointe au tournant des années 1950.

L’inondation de 1928 à Longue-Pointe

Longue-Pointe - inondation

Une douzaine d’hommes sont debout devant un commerce. La rue est inondée. Certains ont les pieds dans l’eau, d’autres sont sur une planche ou dans l’entrée d’un commerce.
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Collection Maurice Day.
Le 12 avril 1928, Longue-Pointe est sous un mètre cinquante d’eau! Lors de l’embâcle, les glaces se sont accumulées sur les rives du fleuve en aval de la localité, causant cette inondation sans précédent. Après avoir monté les meubles à l’étage de leur maison, les rez-de-chaussée étant inondés, les résidants embarquent dans leur chaloupe pour aller chercher des vivres, secourir d’autres malheureux et constater les dégâts sur les rues Notre-Dame, De Saint-Just, Lepailleur, Currateau, Saint-Malo et de Boucherville. Au coin des rues Notre-Dame et Saint-Malo, des hommes discutent devant le salon de crème glacée Beaurivage. L’eau baisse tranquillement et, dès le lendemain, il ne reste que 30 centimètres d’eau devant l’église.

Inondation à Longue-Pointe, Montréal, 1928

Inondation à Longue-Pointe, Montréal, 1928

PELLETIER, Louis (transfert de la vidéo). « Inondation à Longue-Pointe, Montréal, 1928 », film 9,5 mm, [En ligne], YouTube, 15 mars 2016.

La famille St-Jean : de la chaussure à la médecine

Longue-Pointe - inondation famille St-Jean

Cinq femmes et deux hommes sont dans une chaloupe dans une rue inondée devant un édifice de brique.
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Collection Maurice Day.
Né en 1936 à Longue-Pointe, Maurice Day a entendu à maintes reprises ces histoires d’inondation qui ont marqué la vie de ses parents et grands-parents. Ce sont quelques membres de sa famille du côté maternelle, les St-Jean, que l’on voit d’ailleurs sur cette photo, dont sa mère Lucienne St-Jean avec sa sœur jumelle et quelques-uns de ses frères et sœurs, et probablement un ou deux inconnus. Ils ont bien fière allure sur cette photographie prise devant le garage Lenoir, au coin des rues Notre-Dame et De Saint-Just, ce qui est un peu étonnant vu l’état des rues! Se dirigent-ils vers la manufacture de chaussures familiale au 135 (aujourd’hui 541) De Saint-Just pour constater les dégâts? C’est bien probable.

Longue-Pointe - médecins St-Jean

Encadré d’une revue avec la photo des trois générations de St-Jean qui ont été médecins.
Archives familiales de Maurice Day.

Les ouvrières de la S. St-Jean Shoes sont vraisemblablement en congé forcé en ces jours d’inondation. En temps normal, elles fabriquent des chaussures de cuir pour les enfants. Leur travail est dirigé par Samuel St-Jean et son épouse Éliza Paré. L’entreprise est prospère.

Les St-Jean envoient leurs enfants dans les meilleures écoles. Leur fils Édouard fait des études de médecine et revient exercer dans son village natal. Connu pour son humour piquant, le médecin Édouard St-Jean se déplace de jour comme de nuit pour ses patients. Son fils Marc et son petit-fils Pierre suivent son exemple et deviennent à leur tour des médecins appréciés des résidants de Longue-Pointe.

Des livraisons à bicyclette

Maurice Day (Longue-Pointe)

Photo en noir et blanc montrant les garçons d’une classe de 5e année posant devant les portes de l’école à l’extérieur.
Archives familiales de Maurice Day.
Dans sa jeunesse dans les années 1940-1950, Maurice Day effectuait des livraisons à bicyclette pour les épiciers Brodeur et Chasles. Il se souvient de ses tournées pendant lesquelles il roulait avec sa bicyclette de livraison sur la rue Notre-Dame, saluant au passage monsieur Saint-Marseille, affairé à décharger ses lourds blocs de glace, le laitier Émilien Martineau et les frères Martineau qui livraient le bois, l’huile et le charbon. Il voyait défiler la maison de l’assureur Vinet, l’église, le salon funéraire Godin, la quincaillerie Ménard et le magasin nommé 5-10-15 des sœurs Rivet, aujourd’hui disparus. Puis, en tournant sur la rue de Boucherville, il longeait l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu où il apercevait régulièrement des pensionnaires dans la cour ombragée. Empruntant la rue Lavaltrie, Maurice roulait jusqu’à la rue Lepailleur où s’élevaient s’élevaient les écoles Boucher-De La Bruère pour les filles et Saint-François-d’Assise pour les garçons. Après avoir livré une commande à l’une des maisons carrées de la Ligue ouvrière catholique (LOC), il rentrait à la maison, ne manquant jamais de saluer au passage ses tantes Madeleine, Aline et Mariette Day assises sur la galerie.

Au début des années 1960, alors que Maurice est dans la jeune vingtaine, le cœur villageois de Longue-Pointe où il a passé son enfance disparaît. La magnifique église Saint-François-d’Assise est détruite en même temps que les commerces avoisinants. Une dizaine de familles sont déplacées, l’ancien village de Longue-Pointe s’éteint pour laisser place à la modernité : celle du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Longue-Pointe - maison famille Day

Photo en noir et blanc montrant une rue inondée avec une maison à deux étages en plein centre. Trois hommes sont dans une chaloupe et quelques personnes sont sur le balcon du haut.
Archives familiales de Maurice Day.

L’article original est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 27 novembre 2016. Il a été remanié pour sa publication dans Mémoires des Montréalais. Merci à Maurice Day et à l’Atelier d’histoire de la Pointe-aux-Trembles pour leur collaboration.

Références bibliographiques

Longue-Pointe - famille St-Jean

Sept femmes, dont trois assises et quatre debout derrière elles, dans l’entrée d’un édifice.
Archives familiales de Maurice Day.

« Cinq pieds d’eau », Sarasota Herald-Tribune, 12 avril 1928.

« Water goes down in Longue-Pointe », Montreal Gazette, 13 avril 1928, p. 6.

COLLIN, Jean-Pierre. « Crise du logement et action catholique à Montréal, 1940-1960 », RHAF, vol. 41, no 2, 1987, p. 179-203.

ROBERT, Mario. « Un vieux village disparaît : Longue-Pointe (1724-1964) », [En ligne], Vie Montréalaise, Archives Montréal, 9 décembre 2004.  (Consulté le 27 août 2019).
http://archivesdemontreal.com/2004/12/09/un-vieux-village-disparait-longue-pointe-1724-1964/