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Pointe-Claire à la Belle Époque

04 juillet 2018
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Dès la fin du XIXe siècle, le charme de Pointe-Claire attire bien des vacanciers montréalais. Là, ils profitent de clubs de navigation, de terrains de sport, mais aussi, admirent les premiers avions.

Le vent ne se contente pas de faire tourner les moulins à Pointe-Claire; il fait aussi voguer les voiliers sur le lac Saint-Louis. Au tournant des XIXe et XXe siècles, le village tranquille devient un lieu de villégiature recherché par les Montréalais nantis, amateurs de sports nautiques et admirateurs des premiers exploits de l’aviation naissante.

Une vie de villégiature

Blériot Monoplane

Cette carte postale colorisée montre deux femmes dans une chaloupe, non loin d’un hangar à bateaux aménagé sur les berges du lac Saint-Louis à Lakeside, un secteur de Pointe-Claire.
Société pour la sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire, Fonds Claude Arsenault

À la Belle Époque, Pointe-Claire est la destination estivale de choix pour les Montréalais, de classe moyenne à aisée. Dès la fin mai, les habitants de ce petit village agricole voient débarquer des trains les familles d’avocats, de médecins et de banquiers, de marchands et de commis de bureau montréalais : tous fuient la canicule et la pollution de la ville industrielle. Les célibataires s’installent à l’hôtel et les familles dans des villas, chalets et bungalows aux abords du splendide lac Saint-Louis. L’engouement est tel que, déjà en 1895, le journal The Week indique que les terrains sur le rivage sont hors de prix! Malgré la spéculation immobilière, la villégiature ouvre le secteur à l’aménagement du territoire, et apparaissent au début du siècle des routes macadamisées, des aqueducs, des égouts et de l’éclairage électrique. Malgré le développement rapide, la nature reste au cœur de l’aménagement des lotissements, comme dans celui de Bowling Green (1907) qui suit les plans d’une cité jardin de l’architecte paysagiste Frederick Todd.

Les clubs nautiques

Pointe-Claire Belle Époque

Nous voyons plusieurs voiliers participant à des régates à Pointe-Claire. Nous apercevons le voilier KC 201 de R. H. Stevenson.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. P48, S1, P04189.
Les rives idylliques du lac Saint-Louis charment bien des vacanciers anglophones et francophones. La baignade et la voile étant particulièrement populaires pour cette communauté de villégiature, des clubs de navigation de plaisance apparaissent à Valois (1882), à Pointe-Claire (1889) et à Lakeside (vers 1900). Ces clubs sont bien plus que de simples hangars à bateaux et des quais. Sous l’impulsion de leurs membres dynamiques sont aménagés des parcs et des terrains de tennis et de golf et s’organisent des clubs de lecture, des soirées dansantes, des séances de cinéma et de théâtre. La Première Guerre mondiale et la crise mettent fin à leur histoire, exception faite du Yacht Club de Pointe-Claire, toujours actif de nos jours. Les splendides photographies prises par Conrad Poirier le 6 août 1939 des régates sur le lac Saint-Louis ont de quoi faire rêver les adeptes de la voile.

La semaine de l’aviation

Pointe-Claire Belle Époque

Vue éloignée en plongée, prise des estrades derrière l’équipe de la presse, lors de l’atterrissage du « Scarabée », avec à son bord le comte Jacques de Lesseps, à Pointe-Claire (Lakeside).
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. P600,S6,D4,P5.
Sur la carte postale, l’arrivée d’un avion de type monoplan Blériot XI ne semble pas troubler les vacancières! En fait, l’aéroplane finement dessiné sur l’image évoque l’inauguration prochaine de la très attendue semaine de l’aviation à la fin juin 1910 à Lakeside, un secteur de Pointe-Claire. Qualifié de « plus grand meeting d’aviation au monde », l’événement accueille deux aviateurs de grande renommée. L’Américain Walter Brooking sera le premier à effectuer une envolée au Québec à bord d’un biplan Wright Transitional Model A, propulsé au décollage par… une catapulte! Quant au Français Jacques de Lesseps, il survole Montréal à deux reprises en juillet 1910 avec son Blériot XI surnommé « le Scarabée ». Impressionnés, les Mohawks de Kahnawake le surnomment Tehanerahontsowaner, « le chef aux grandes ailes ».

Après avoir été le premier à photographier le territoire québécois du haut des airs en 1926, il s’abîme en mer le 18 octobre 1927 en survolant la côte gaspésienne. Une statue en son honneur est élevée à Gaspé en 1932.

Cet article a été écrit avec la collaboration de la Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire. Il est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans le Journal de Montréal du 21 juin 2015.

Références bibliographiques

DAGENAIS, Michèle. Faire et fuir la ville. Espaces publics de culture et de loisirs à Montréal et Toronto aux XIXe et XXe siècles, Québec, Presse de l’Université Laval, 2006, 264 p.

THIFFAULT, Pierre. « Survol historique de l’aviation québécoise avant la Seconde Guerre mondiale », [En ligne], L’odyssée des transports au Québec, vol. 16, no 1, 2010. (Consulté le 16 mars 2016). 
https://www.erudit.org/fr/revues/hq/2010-v16-n1-hq033/66110ac.pdf