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Mémoires d’immigrantes : Darling Étienne Métayer

29 mai 2019
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Une bonne préparation à l’intégration à la société québécoise, une insertion rapide au marché du travail et un progrès constant, voilà ce qui caractérise le parcours de Darling Étienne Métayer.

Dans le cadre du projet Mémoires d’immigrantes, le Centre d’histoire de Montréal a rencontré des Montréalaises venues d’ailleurs qui ont généreusement raconté leur récit personnel. Une série d’articles « Témoignages » dresse les grandes lignes de parcours uniques qui s’enchâssent et contribuent à l’histoire de la ville.

Mémoires d'immigrantes : Darling Étienne Métayer

Mémoires d'immigrantes : Darling Étienne Métayer

Réalisation : 
Antonio Pierre de Almeida

L’apport de l’immigration haïtienne à la société québécoise est bien ancré dans le temps, puisqu’il remonte au milieu des années 1960. Durant cette période, de nombreux professionnels haïtiens ont immigré au Québec pour fuir le régime duvaliériste et répondre aux besoins du marché du travail québécois.

Une immigration bien préparée

Darling Étienne Métayer

Photo d'une femme souriante en gros plan
Centre d’histoire de Montréal
En 2013, pour « des raisons d’insécurité », Darling et sa famille décident d’immigrer au Québec. Elle obtient son certificat de sélection du Québec (CSQ) en 2016 et suit le service d’intégration en ligne (SIEL), offert par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Par ce programme, Darling a pris connaissance des valeurs de la société québécoise et du fonctionnement du marché du travail : « Mon formateur m’a aidée à connaître, depuis mon pays, le Québec. C’est-à-dire que je connais tous les parcours pour m’intégrer au Québec, à partir de cette formation-là. » Elle savait donc, à l’avance, que sa profession de comptable exigerait d’elle l’apprentissage de nouveaux logiciels. Elle était également informée de l’existence d’organismes en employabilité qui aident à l’insertion professionnelle des nouveaux arrivants, comme le Collectif des femmes immigrantes du Québec.

Alors que Darling participait à un programme en employabilité de cet organisme, en octobre 2017, sa conseillère en emploi a proposé à la direction sa candidature pour un poste d’intervenante. Un exemple bien significatif du fonctionnement du réseautage au Québec, et de son importance. Alors que seulement 20 % des offres d’emploi sont affichées, 80 % d’entre elles font partie du marché caché. Darling a eu son premier emploi en tant que couturière. « Je m’étais déjà adaptée au monde du travail, au fonctionnement, même si ce n’était pas dans mon domaine », dit-elle. Elle affirme, également, que cette première expérience de travail au Québec l’a aidée à obtenir le poste au Collectif : « Je travaille en soutien à l’équipe de régionalisation et au recrutement. » Elle a su saisir cette occasion, même si celle-ci n’était pas reliée à la comptabilité.

De Haïti chérie à « Darling chérie »

Darling Étienne Métayer 1997

Photo de classe de jeunes filles portant une chemise blanche à manches courtes et une jupe bleue.
Collection personnelle de Darling Étienne Métayer
Au Canada, 60,1 % des immigrantes récentes (âgées de 25 à 54 ans), détentrices d’un baccalauréat ou d’un diplôme de niveau supérieur, occupent un emploi qui ne correspond pas à leur niveau de scolarité (Statistique Canada, 2011). Darling apprécie la « mission sociale » de son travail, semblable à l’expérience qu’elle a connue pendant 10 années comme responsable de la comptabilité d’une coopérative d’épargne et de crédit, à Port-de-Paix et à Port-au-Prince, en Haïti. Depuis, elle est tout naturellement devenue « Darling chérie » pour la directrice générale du Collectif, Aoura Bizzarri, tel un clin d’œil à la chanson d’Othello Bayard, Haïti chérie.

Les femmes immigrantes rencontrent plus d’obstacles sur le marché du travail que les femmes nées au Canada, 72 % contre 82 % (Statistique Canada, 2017). Même si elles sont plus diplômées que les femmes nées au Canada, elles sont soumises à de nombreuses difficultés telles que la garderie, l’évaluation comparative des diplômes. À son arrivée, Darling a été chanceuse, elle a pu trouver facilement une garderie subventionnée pour son fils, âgé de quatre ans, et inscrire son aîné à l’école primaire. Malgré sa licence en sciences comptables, obtenue à l’Université de Port-au-Prince, Darling prépare un certificat appliqué en finances, le soir, à HEC Montréal, depuis août 2018.

Darling Étienne Métayer 2018

Photo d’une famille de quatre personnes : la mère, les deux garçons et le père.
Collection personnelle de Darling Étienne Métayer
Pour le mari de Darling, enseignant en histoire et géographie en Haïti, l’intégration a été, par contre, plus difficile. Il a trouvé du travail, six mois après son arrivée, dans différentes manufactures et un centre d’appels. À la suite d’une formation comme agent de sécurité, il a travaillé sur appel avant d’obtenir un emploi permanent. Entre ses cours du soir et son travail au Collectif des femmes immigrantes du Québec, Darling gère également sa vie d’épouse et de maman. De nouveaux défis s’imposent dans la société d’accueil. « Chez nous, ce sont les femmes qui restent à la maison, qui s’occupent de la maison, et cette même mentalité reste dans la tête de mon mari […] Il faut lier le travail, la famille, tout ça. C’est vraiment difficile », dit Darling, en riant. Son parcours d’immigration est donc bien marqué par une bonne préparation, de l’ouverture d’esprit et une vraie détermination.

Références bibliographiques

ICART, Lyonel. « Haïti-en-Québec, Notes pour une histoire », [En ligne], Ethnologies, vol. 28, no 1, 2006, p. 45-79.
https://www.erudit.org/en/journals/ethno/2006-v28-n1-ethno1446/014148ar/

MORIN, Françoise. « Entre visibilité et invisibilité : les aléas identitaires des Haïtiens de New York et Montréal », [En ligne], Revue européenne des Migrations Internationales, vol. 9, no 3, 1993, p. 147-176.
https://www.persee.fr/doc/remi_0765-0752_1993_num_9_3_1373

ISSAD, Lahouaria, et Andrew FIELDS. « Séries d’analyses de la population active immigrante. Les immigrants sur le marché du travail canadien : tendances récentes entre 2006 et 2017 », [En ligne], Statistique Canada.
https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/71-606-x/71-606-x2018001-fra.htm

HUDDON, Tamara. « Les femmes immigrantes », [En ligne], Statistique Canada.
https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-503-x/2015001/article/14217-fra.htm