Un site du Centre d'histoire de Montréal

L’Expo 67 de Janette Bertrand

11 août 2017

À l’Expo, Janette Bertrand est fascinée par les pays d’Afrique et le Japon, mais elle fait aussi une belle découverte locale, celle d’un jeune artiste québécois qui va la marquer.

Il y a deux Expo 67.

Tout d’abord celle inscrite dans le grand livre d’histoire, qui se décline en statistiques et fait partie du passé.

Puis l’autre, plus intime qui, malgré son 50e anniversaire, n’a pas pris une seule ride. Cette Expo-là vit toujours dans le cœur de ceux et celles qui l’ont visitée. Dès que la porte de la mémoire s’entrouvre, les visages s’animent, les yeux s’enflamment.

Chacun a son histoire. Chacun a son souvenir. Chacun a son Expo.

Janette Bertrand

Janette Bertrand et une femme de la compagnie Air Canada devant un avion de la compagnie
Collection personnelle Janette Bertrand

Prenez Janette Bertrand par exemple. Dans les années 1960, elle est l’une des icônes du Québec. À l’époque, elle anime L’école du bonheur, une émission où des comédiens chevronnés improvisent de petits sketches inspirés de lettres-confidences provenant du public. Déjà, tout ce qu’elle touche se transforme en or... pardon, en cote d’écoute!

Sa popularité fait qu’elle se trouve parmi les privilégiés invités à visiter l’Expo la veille de son ouverture officielle. « Je n’ai pas dormi de la nuit tellement j’étais excitée », se souvient Janette.

« Quand je suis arrivée sur le site, je me sentais comme Dorothy dans The Wizard of Oz. Était-ce possible? Dans ma propre ville, à quelques minutes de chez moi, j’étais propulsée comme par magie dans un lieu moderne, avant-gardiste et multiculturel. Devant l’immensité de cette exposition, je me suis sentie toute petite. »

Curieuse et avide de tout connaître, Janette sait dès ce jour-là que l’Expo 67 sera pour elle un grand livre d’histoire. Bien qu’elle ait déjà visité plusieurs pays, dont l’Angleterre et la France, elle découvre sur les îles qu’il existe tout un monde au-delà du Québec. « À l’Expo, les pays se présentaient à nous à travers leur culture, leurs innovations, leur théâtre, leur gastronomie. L’immersion était totale. »

Pour Janette Bertrand, l’Expo 67 est l’antichambre de plusieurs voyages. « Je n’étais jamais allée en Allemagne ni en Tchécoslovaquie, par exemple, mais quand j’ai visité leur pavillon, j’ai décidé de me rendre dans ces pays. Je voulais en savoir plus sur leur histoire, leurs habitants. J’ai aussi été fascinée par les pays d’Afrique, le Japon et le pavillon de la Tunisie, où je raffolais de leurs “bricks à l’œuf”. Tout était nouveau, inusité. »

Un climat d’amour et de paix

« Sans croire que nous, les Québécois, étions plus intelligents que les autres, nous avons découvert à l’Expo que nous n’étions pas seuls, qu’il y avait ailleurs des gens qui étaient aussi fins que nous sinon plus! Même les longues files d’attente pour entrer dans les pavillons étaient une occasion d’échanger, de mieux se connaître. Partout sur la Terre des Hommes, il flottait un climat d’amour et de paix. Quelle fête merveilleuse, sans l’ombre de terrorisme, sans la crainte de prédateurs sexuels, en fait, on n’y pensait même pas. »

Terre des Bums - pochette de disque

Pochette du disque vinyle Terre des bums
Collection du Centre d’histoire de Montréal. 2007.177.1-2.

Grâce à ses filles Dominique et Isabelle, qui comme plusieurs jeunes de leur âge vivent un été magique sur le site de l’Expo, Janette découvre un jeune artiste québécois qui va la marquer : Robert Charlebois. « Mes filles m’ont emmenée voir son spectacle au pavillon de la Jeunesse. J’ai été immédiatement séduite. Personne n’écrivait ni ne chantait comme lui au Québec; il était différent, il changeait la donne. »

En l’applaudissant à tout rompre ce soir-là, Janette ne pouvait se douter que deux ans plus tard, s’inspirant du courrier du cœur qu’elle rédigeait alors dans les journaux, Robert Charlebois chanterait Cœur en chômage, aussi connue sous le titre de Madame Bertrand!