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L’Expo 67 d’Andrée Champagne

27 octobre 2017

En tant que « voix féminine de l’Expo 67 », la comédienne Andrée Champagne est notamment narratrice de l’émission Visite à l’Expo. Mais sa notoriété ne facilite pas sa découverte du site.

Il y a deux Expo 67.

Tout d’abord celle inscrite dans le grand livre d’histoire, qui se décline en statistiques et fait partie du passé.

Puis l’autre, plus intime qui, malgré son 50e anniversaire, n’a pas pris une seule ride. Cette Expo-là vit toujours dans le cœur de ceux et celles qui l’ont visitée. Dès que la porte de la mémoire s’entrouvre, les visages s’animent, les yeux s’enflamment.

Chacun a son histoire. Chacun a son souvenir. Chacun a son Expo.

Andrée Champagne

Portrait d’Andrée Champagne
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Vieux-Montréal). P697,S1,SS1,SSS4,D44.
Prenez Andrée Champagne par exemple. En 1967, elle est l’une des comédiennes les plus populaires au Québec, grâce à son rôle de Donalda dans le téléroman Les belles histoires des pays d’en haut. Douce et soumise, Donalda vit entre les griffes de son mari Séraphin, un personnage radin qui l’oblige à mille sacrifices. Sa vie de misère touche à ce point les Québécois que certains, traçant mal la ligne entre la fiction et le réel, lui font parvenir nourriture et couvertures à Radio-Canada!

Personnalité très en vue à la voix chaude et posée, Andrée Champagne est choisie comme « voix féminine de l’Expo 67 ». Cet honneur l’oblige toutefois à passer l’été en studio plutôt que sur les îles. Elle est la prisonnière consentante de son micro et ne visite pas l’Expo autant qu’elle le souhaiterait, cependant l’événement n’aura aucun secret pour elle.

Le 27 avril 1967, Radio-Canada diffuse les cérémonies officielles de l’ouverture de l’Exposition. L’émission s’ouvre avec Andrée Champagne qui, dans une introduction d’une dizaine de minutes enregistrée la semaine précédente, souhaite la bienvenue à ceux qui visiteront l’Expo au cours des prochains mois, leur rappelant l’importance de l’événement.

Au cours des mois suivants, Andrée Champagne est la narratrice de Visite à l’Expo, une émission hebdomadaire d’une heure diffusée aussi par la télévision d’État. « Le but de cette émission était de faire visiter l’Expo à ceux qui ne le pouvaient pas, ou encore de donner un supplément d’informations à ceux qui s’y rendaient, se souvient-elle. De la construction de l’Expo à la visite de nombreux pavillons, en passant par La Ronde et autres attractions, nous emmenions l’Expo dans le salon des téléspectateurs. »

Une vedette à l’Expo

Andrée Champagne

Femme marchant sur un trottoir du centre-ville
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Vieux-Montréal). P697,S1,SS1,SSS4,D44.
Malgré un horaire chargé, Andrée Champagne souligne la fin de l’année scolaire en se rendant à l’Expo avec ses deux enfants, Patrick, qui a alors huit ans, et Liliane, sept ans. « Nous avions rarement l’occasion de faire ce genre d’escapade familiale, car je travaillais énormément. Dans le métro qui nous emmenait sur les îles, mes enfants se réjouissaient déjà de cette visite. Mais dès que nous avons franchi les tourniquets du site, les gens se sont littéralement rués sur moi pour avoir un autographe, les selfies de l’époque... Je me souviens, douloureusement, de la voix de ma petite fille qui se tourne vers moi et me dit : “Mamie, ils recommencent”, allusion au fait que sa maman était reconnue partout où elle passait! Ce geste d’amour du public a rendu notre visite un peu triste. »

La petite famille entreprend tout de même le trajet qu’elle s’était fixé en vue de sa visite. Le pavillon du Téléphone enchante tout le monde et la journée se poursuit à La Ronde, où Liliane et Patrick s’en donnent à cœur joie dans les manèges et les jeux. La journée se termine avec le spectacle Laterna Magika.

Andrée Champagne a quelques occasions de retourner à l’Expo. Et elle ne s’en prive pas. Quel plaisir de voir « en vrai » ce qu’elle visionne sur film dans l’ombre des studios. La ferveur du public à son endroit est moins dérangeante lorsqu’elle est seule.

Mais ce public a dû être estomaqué de croiser un soir d’été, ô surprise, sa Donalda au pavillon de Cuba, dégustant un steak de tortue!