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Les maisons ouvrières de la rue Saint-Germain

08 novembre 2017

À partir des années 1870, le village d’Hochelaga s’industrialise rapidement et le manque de logements est criant. La filature Hudon construit donc des habitations, principalement pour sa main-d’œuvre.

Maisons ouvrières de la rue Saint-Germain - Atlas 1890

Plan colorié à la main du quartier Hochelaga en 1890.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. G/1144/M65G475/G6/1890 DCA.
Situées entre les rues Rouville et Adam et portant actuellement les numéros 1451 à 1544, les maisons ouvrières de la rue Saint-Germain sont, à notre connaissance, le seul exemple encore existant d’habitations érigées au XIXe siècle par une compagnie à Montréal. Cet ensemble correspond fort probablement aux résidences construites par la filature Hudon dont on parle dans Le Moniteur du Commerce au début du mois de décembre 1881. Quelques semaines plus tard, une autre compagnie cotonnière, la Montreal Cottons Co., annonce également la construction de résidences ouvrières semblables à celle d’Hochelaga.

On sait que les propriétaires de la filature Hudon ont confié aux entrepreneurs Boismenu & Rhéaume l’édification d’un nouveau bâtiment pour agrandir l’usine et la construction d’un ensemble de résidences privées, sans toutefois que leur nombre soit mentionné. L’analyse de l’Atlas de la ville de Montréal de Goad de 1890 étaye cette hypothèse, qui est renforcée par le témoignage d’Andrew F. Gault, président de la Hochelaga Cotton Mills (compagnie qui résulte de la fusion de la Compagnie des moulins à coton de V. Hudon et de la St. Ann Spinning Co.). Dans le cadre de la Commission royale d’enquête sur les relations entre le capital et le travail en 1888-1889, M. Gault parle de 50 à 60 maisons ouvrières.

Les locataires des maisons ouvrières

Maisons ouvrières de la rue Saint-Germain

Vue sur une rangée de maisons ouvrières
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve
Les « feuilles de route » portant sur les locataires en 1885 indiquent que les 60 locataires de la rue Saint-Germain sont majoritairement des journaliers travaillant sûrement à la filature, tandis que d’autres sont rentiers, cultivateurs ou exercent d’autres métiers. La moyenne annuelle des loyers est de 60 $. Nous pouvons donner l’exemple du fileur George Phips du 1482 Saint-Germain qui payait 80 $ par année et celui du tisserand Dollard Larivière du 1530 dont le loyer annuel s’élevait à 40 $.

Dans le témoignage mentionné plus haut, le président de la compagnie avoue candidement que l’intérêt de la construction de ces logements réside dans la présence de jeunes filles habitant avec leurs parents, jeunes filles à qui on peut verser de maigres salaires. Rappelons qu’à cette époque, à la filature Hudon, le salaire des jeunes filles et jeunes garçons est le quart de celui des hommes et que celui des femmes équivaut à la moitié. À cette époque, le salaire est considéré comme familial. Il est donc primordial que les jeunes filles et jeunes garçons puissent travailler puisque le salaire d’un père est rarement suffisant pour faire vivre tous les membres de la famille. La majorité des employés de la filature sont des femmes, particulièrement dans la salle de tissage. C’est pour honorer ces femmes et ces filles que la nouvelle place située en face de l’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge-d’Hochelaga a été nommée « place des Tisserandes » en septembre 2017.

L’architecture des maisons ouvrières

Maisons ouvrières rue Dézéry

Façade d'une maison sur la rue Dézéry avec une voiture en avant-plan
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve
Les maisons de la filature Hudon sont caractéristiques de l’architecture des logements ouvriers de la fin du XIXe siècle à Montréal. Cubes de bois revêtus de briques, elles sont disposées en enfilade et en bordure du trottoir. La façade est simple et sans balcon, seules les lucarnes et les corniches apportent un élément décoratif. Les murs latéraux ont été prolongés pour former des pare-feux. Les maisons ouvrières de la rue Saint-Germain comportent un logement au rez-de-chaussée et un à l’étage. L’escalier est à l’intérieur et donne accès au logement de l’étage qui possède un petit étage supplémentaire aménagé sous les combles.

Il était fréquent de prévoir une porte cochère donnant accès à la cour arrière. Ces portes étaient utilisées pour faire entrer les chevaux ou, dans d’autres cas, pour permettre d’entrer dans un logement d’arrière-cour. Elles ont pour effet de diminuer l’espace destiné au logement du rez-de-chaussée. D’autres exemples de portes cochères se trouvent dans la rue Rouville.

Maisons ouvrières

Scène de ruelle avec deux enfants et une rangée de maisons sur la droite
Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.
L’aménagement formé par le secteur des rues Rouville, Darling, Adam et Dézéry est vraiment particulier. On y a l’impression d’être dans le cœur du village ouvrier d’Hochelaga à ses débuts. Il semble isolé du reste du quartier par la rue Rouville qui forme une frontière en bloquant le prolongement de la rue Saint-Germain et par les trottoirs qui n’étaient pas au même niveau des deux côtés de la rue Adam. Il y avait autrefois des marches au coin de la rue Adam. Une série de maisons dans la rue voisine (la rue Dézéry), toujours entre Rouville et Adam, pourrait, elle aussi, avoir été construite à la même époque.

Les maisons de la rue Saint-Germain ont été rénovées en 1981, exactement 100 ans après leur construction.

Références bibliographiques

CHARBONNEAU, Réjean et al. De fil en aiguille, Chronique ouvrière d’une filature de coton en 1880, Montréal, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1985.

PAYETTE, Diane. Passeport pour Hochelaga-Maisonneuve, Montréal, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1981.

COUSINEAU, André. Passeport pour Hochelaga-Maisonneuve, 2e édition, Montréal, Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, 1988.