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Le square Dézéry, cœur du vieux Hochelaga

25 septembre 2019

Dans ce lieu, dont la vocation sera tour à tour religieuse, administrative et récréative, commence l’histoire d’Hochelaga dans la première moitié du XIXe siècle.

Square Dézéry - chapelle

Croquis d’une chapelle
Archives de l’Univers culturel de Saint-Sulpice
Le 24 décembre 1828, le menuisier Jean-Baptiste Dézéry fait don d’un terrain aux Sulpiciens pour la construction d’une chapelle. Ce terrain est situé à la côte Sainte-Marie, secteur aujourd’hui appelé « Hochelaga », en plein milieu de l’actuelle rue Dézéry, au sud de la rue Sainte-Catherine. La construction débute en 1829.

Les travaux de maçonnerie sont confiés à Joseph Dagenais et ceux de menuiserie, à Amable Janot dit Lachapelle. C’est une chapelle de style néo-gothique, de 30 pieds sur 40 pieds (7,1 m sur 12,2 m), construite en pierre grise locale. D’après un dessin sommaire, la façade compte un pignon à gradins et des fenêtres en arc brisé. Le clocher est surmonté d’une croix. On sait également que le plafond intérieur est vouté. La façade de la chapelle donne sur le fleuve comme toutes les églises le long du Saint-Laurent. D’abord nommée « Chapelle du Courant-Sainte-Marie », elle est placée sous l’invocation de la Nativité de la Très-Sainte-Vierge le 15 septembre 1838 lors de sa bénédiction.

Le 1er juillet 1840, Jean-Baptiste Dézéry procède à un échange avec les Sulpiciens : le terrain de l’église contre une partie du futur square. Sur un croquis annexé au contrat, on indique la présence d’une école à l’angle des voies Dézéry et Saint-Jean-Baptiste. Ce sera plus tard la première école catholique appartenant à la nouvelle Commission scolaire d’Hochelaga, créée en 1846. Elle prendra par la suite le nom de Saint-Joseph. Le 7 juin 1851, Dézéry cède une seconde portion de terrain aux Sulpiciens. Son objectif est de prolonger la rue Dézéry. Mais pour cela, on doit déplacer la chapelle sur le terrain des Sulpiciens, ce qui ne sera jamais accompli. Le terrain des Sulpiciens est délimité par la rue Sainte-Catherine au nord, la rue Dézéry à l’ouest, la rue Saint-Jean-Baptiste (plus tard Hudon) au sud et l’actuel poste de pompiers à l’est.

Nouveau propriétaire, nouvelle fonction

Square Dézéry - terrains Sulpiciens

Plan en couleur montrant des terrains appartenant au Sulpiciens.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. CA601,S53,SS1,P90.
La chapelle est desservie par les Sulpiciens puis, dans les années 1860, par l’abbé Avila Valois, également chapelain du couvent Hochelaga, situé tout près. La grand-messe n’est célébrée que les dimanches d’été. La chapelle est incendiée le 17 décembre 1875. Elle ne sera pas rebâtie puisque l’on procède à la construction de l’église de la nouvelle paroisse de La-Nativité-de-la-Sainte-Vierge-d’Hochelaga, rue Ontario. Plus tôt cette année-là, les Sulpiciens avaient cédé leur terrain au diocèse de Montréal qui, à son tour, en avait fait don à la paroisse de La-Nativité. En septembre 1876, pour payer une partie des coûts de construction de la nouvelle église, la fabrique vend le terrain à la municipalité d’Hochelaga pour la somme de 12 000 dollars. Celle-ci décide d’y ériger la maison municipale qui abrite les bureaux municipaux, la salle du conseil en plus d’un poste combiné de police et de pompiers. La maison municipale est inaugurée le 27 octobre 1877. En octobre 1883, peu avant l’annexion à Montréal, on décide d’ériger un marché public sur le côté nord de l’édifice. Ce sont essentiellement des bouchers qui occupent les étals de ce marché. Il n’existera que pendant une dizaine d’années. À cette époque, la rue du Marché-Hochelaga témoigne de cette activité.

En mars 1903, les citoyens du quartier envoient une pétition au conseil de la Ville de Montréal pour transformer l’emplacement de l’ancien marché en parc public. L’ancien hôtel de ville ne sert plus de poste de pompiers depuis 1900, car une nouvelle caserne a été construite sur le terrain adjacent, rue Sainte-Catherine. En mai 1903, la Commission des parcs accède aux doléances des citoyens et décide de convertir le bâtiment en parc public. Le contrat d’aménagement est confié à l’architecte-paysagiste Aristide Beaugrand-Champagne, qui dessine le parc en forme de croix de Saint-André à laquelle il ajoute des lignes ovales divisant le parc en quatre segments. Les travaux sont parachevés en l’espace de six mois. Un autre contrat est accordé pour terminer le nivellement, déposer du gravier dans les allées et planter arbres et arbustes. Sur l’ancienne rue Hudon, derrière le poste de pompiers, se trouvait un bain public en bois qui n’ouvrait que l’été. Construit en 1890, il est démoli en 1906 puisqu’un nouveau bain permanent est érigé sur la rue Marlborough (aujourd’hui rue Alphonse-D.-Roy). La surface du square est donc agrandie.

Square Dézéry

Photo en noir et blanc d’un parc urbain avec plusieurs arbres matures et des édifices en arrière-plan.
Archives de l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. BPUB-QMH-C-0040.
L’inauguration du square a lieu le 9 novembre 1903. D’abord nommé « parc Bumbray » selon La Patrie, puis « square Hochelaga », l’endroit est finalement désigné comme le « square Dézéry ». Cependant, les vocables square Dézéry ou parc Dézéry ne se trouvent pas dans les atlas des compagnies d’assurances entre 1907 et 1959. On le désigne tout simplement par parc public. On voit apparaître le nom de « parc Dézéry » dans les années 1970 sur les cartes d’utilisation du sol de la Ville de Montréal et sur le panneau indicateur du parc. La Ville de Montréal décide de revenir à l’appellation originale de « square Dézéry » le 21 mars 2005, notamment pour éviter la confusion avec le parc Dézéry-Lafontaine situé quelques rues au nord.

Références bibliographiques

DELONGCHAMPS, Henri. « La Nativité de la Sainte-Vierge d’Hochelaga », [En ligne], L’œuvre des tracts, no 275, mai 1942.
http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2241119

EPSTEIN, Clarence. Montreal, City of Spires, Church Architecture During the British Colonial Period 1760-1860, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2012.

CHA, Jonathan. Formes et sens des squares victoriens montréalais dans le contexte de développement de la métropole (1801-1914), Thèse (Ph. D.), Université du Québec à Montréal, 2013, 187 p. [En ligne].
https://archipel.uqam.ca/6079/

GAUTHIER, Paul. « Le Parc Dézéry », Revue Moderne, no 9 , vol. 17, juillet 1936. [En ligne].
http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2269863