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La prison Au-Pied-du-Courant et le monument aux Patriotes

15 mai 2020
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La prison Au-Pied-du-Courant a de nombreuses fois changé d’affectation. Cependant, porteuse d’histoire, elle demeure le témoin de la répression des rébellions de 1837 et 1838.

Prison Au-Pied-du-Courant

Photo noir et blanc à l’angle des voies Notre-Dame et De Lorimier. On voit la prison en arrière-plan.
Archives de la Ville de Montréal. VM98-Y_1P027.
Lieu chargé de mémoire, témoin de la répression brutale qui s’est abattue sur les partisans des rébellions de 1837 et 1838, la prison Au-Pied-du-Courant a pourtant été menacée de destruction dans les années 1970. La remise en valeur du site a depuis permis de sauvegarder le souvenir de ces patriotes auxquels une journée est désormais dédiée.

Le lundi précédant le 25 mai de chaque année, le Québec célèbre la journée nationale des patriotes, dont plusieurs ont été emprisonnés à la prison Au-Pied-du-Courant. En 1837 et 1838, plus d’un millier de patriotes sont enfermés dans ce pénitencier inachevé et possédant 225 cellules; ils s’y entassent à quatre dans des cellules conçues pour une personne. Les mois d’hiver se passent dans le froid et la faim, un prisonnier n’ayant droit qu’à une livre et demie de pain noir et deux litres d’eau par jour. Émilie Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Providence, surnommée « l’ange des prisonniers politiques », apporte aux détenus de la soupe et des nouvelles de leurs proches pendant leur emprisonnement.

Destinée à remplacer celle de la place Vauquelin, la prison Au-Pied-du-Courant a été construite entre 1831 et 1840 par les architectes George Blaiklock et John Wells dans un style novateur pour l’époque. Elle est à son tour remplacée par la prison de Bordeaux en 1912. Lorsque la photographie a été prise dans les années 1920, la Commission des liqueurs (la future SAQ) venait d’y aménager son siège social. Bien qu’elle garde l’usage exclusif des celliers situés aux sous-sols, la SAQ a aujourd’hui quitté la prison Au-Pied-du-Courant. C’est pourquoi Télé-Québec et la SODEC prennent possession des lieux en 2019.

À la mémoire des patriotes

Monument aux Patriotes

Photo du monument aux Patriotes avec le pont et la prison en arrière-plan.
Archives de la Ville de Montréal. VM6-D3020-40-017.
Le 24 juin 1926, on inaugure à l’angle des voies Notre-Dame et De Lorimier un monument du sculpteur Alfred Laliberté à la mémoire des 12 patriotes pendus au-dessus de la porte principale de la prison Au-Pied-du-Courant en 1839. Sur un piédestal en pierre grise, on y voit la statue d’un ange à genoux levant sa main vers le ciel. Fers aux poignets, l’ange symbolise la Liberté aux ailes brisées. « Je meurs sans remords. Je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance », écrivait François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier dans son testament politique quelques heures avant son exécution. Ses lettres, gardées précieusement aux Archives de la Ville de Montréal, ont inspiré le film bien connu du cinéaste Pierre Falardeau, 15 Février 1839.

La prison Au-Pied-du-Courant demeure un lieu mémoriel important pour tous les Québécois. En 1970, la Ville envisage de la détruire pour aménager le tronçon est de l’autoroute Ville-Marie sur la rue Notre-Dame. À la suite des pressions des Montréalais, le projet ne verra jamais le jour. Le bâtiment est classé « site historique » en 1978. Dans les années 1990, le monument est lui déplacé afin de correspondre à l’emplacement approximatif où ont été pendus les patriotes. Depuis 2003, on trouve à l’ancienne prison un centre d’interprétation à la mémoire des patriotes.

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 17 mai 2015 et dans le livre Promenades historiques à Montréal, sous la direction de Jean-François Leclerc, les Éditions du Journal, 2016, p. 30-31.