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John Easton Mills, le valeureux

18 janvier 2016
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Élu en 1846, John Easton Mills ne s’illustra guère durant sa courte carrière de maire de Montréal, jusqu’au jour où il perdit la vie dans des circonstances héroïques.

John Easton Mills

Portrait buste dessiné de John Easton Mills
John Easton Mills, Archives de la Ville de Montréal, VM6, S10, D026.5.
L’élection à la mairie en mars 1846 ne fut pas sans rebondissements. John Easton Mills, candidat et représentant des réformistes, obtint au conseil 10 voix contre 9 pour James Ferrier, le maire sortant. Mills devait donc accéder à la mairie.

Or, Ferrier refusait de quitter son siège. À cause du double vote de Ferrier pour lui-même, avantage auquel il avait droit lorsque le partage des voix était égal, on dut procéder à de nouvelles élections. En attendant, Montréal se retrouva, avec deux maires, dans un état de désordre total. Les travaux de la ville furent arrêtés, les rues ne furent plus nettoyées, les autorités policières ne surent plus à qui obéir. Il fallut attendre le 14 décembre 1846 pour que Mills, cette fois, l’emporte haut la main et devienne le cinquième maire de Montréal. Tout rentrait dans l’ordre.

N’ayant favorisé aucune réalisation majeure, Mills ne s’illustra guère durant sa courte carrière de maire, jusqu’au jour où il perdit la vie dans des circonstances héroïques. Originaire de Tolland dans le Massachusetts, où il voit le jour en octobre 1796, Mills immigre à Montréal d’abord pour pratiquer le commerce des fourrures avec son frère. Marié en 1826 à Hannah Lyman, qui lui donnera de nombreux enfants, il multiplie ses succès commerciaux, notamment en fondant la banque Mills et en devenant, plus tard, directeur de la Banque d’épargne, fondée en 1846. Mills acquiert alors une réputation d’homme d’affaires respectable et est reconnu pour ses bonnes œuvres : sa banque finance de nombreux projets dont la construction de l’église Saint-Patrick et la construction du premier chemin de fer. Comme directeur de la Banque d’Épargne, il encourage l’économie chez les plus démunis.

Lutter contre une terrible épidémie

Épidémie - Typhus

Peinture religieuse illustrant des victimes du typhus
Le typhus, par Théophile Hamel, 1848, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours / Musée Marguerite-Bourgeoys.
Au moment où il était à la fois maire et commissaire de l’Immigration, Mills dut faire face à la terrible épidémie de typhus qui sévit à Montréal en 1847. Les Irlandais fuyaient alors la famine et la fièvre qui s’acharnaient sur leur pays. Après avoir traversé l’Atlantique, affamés et entassés avec les malades dans des navires-épaves, ils arrivaient par dizaines de milliers à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent. Accostant à Grosse-Île, près de Québec, les malades étaient mis en quarantaine, alors que ceux qui semblaient sains continuaient jusqu’à Montréal. Très vite, la maladie se déclara chez ces Montréalais fraîchement débarqués. Mills fut alerté par un médecin du haut risque de contagion dans la ville. Il fit alors construire des abris et mit sur pied des secours pour ces malheureux Irlandais qu’on fuyait comme des pestiférés. Bien plus, pendant ce terrible été, il brava lui-même le typhus, s’improvisant infirmier auprès de nombreuses victimes.

Cet acte de bravoure le conduisit à la tombe à l’âge de 51 ans, le 12 novembre 1847, après avoir contracté le terrible mal, et ce, ironiquement après que l’épidémie eut commencé à se résorber. Son corps repose au fond du fleuve Saint-Laurent où il fut, paraît-il, inhumé. Ainsi, Montréal aura eu son maire martyr en la personne de John Easton Mills.

Cet article est paru dans le numéro 37 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Références bibliographiques

MARSOLAIS, Claude-V., Luc DESROCHERS et Robert COMEAU. Histoire des maires de Montréal, Montréal, VLB éditeurs, 1993, p. 44-49.

ARCHIVES DE MONTRÉAL. « John Easton Mills », [En ligne], La démocratie à Montréal, de 1830 à nos jours. [http://www2.ville.montreal.qc.ca/archives/democratie/democratie_fr/expo/maires/easton-mills/index.shtm] (Consulté le 8 décembre 2015).