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Étienne Rocbert de la Morandière

13 janvier 2016
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Garde-magasin du roi à Montréal pendant 39 ans, né en 1668 en France, Étienne Rocbert de la Morandière retourne vivre dans son pays d’origine, avec grand regret, à la fin de sa vie.

Étienne Rocbert de la Morandière

Portrait d’Étienne Rocbert de la Morandière
Étienne Rocbert de la Morandière. Archives de la Ville de Montréal. CA M001 BM001-05-P1832.
Dans le centre de ravitaillement militaire de l’Amérique française, la fonction de garde-magasin du roi est de première importance. Les magasins du roi sont des entrepôts dans lesquels sont emmagasinées les marchandises destinées aux garnisons des forts et au personnel des postes de traite. On y remise aussi les peaux de castor qui proviennent de l’Ouest, avant de les expédier. Dans le magasin du roi, on entrepose de plus les produits dont les frais de douanes n’ont pas été encore acquittés. Le premier à occuper le poste-clé de garde-magasin à Montréal est Étienne Rocbert de la Morandière. C’est sous sa gérance que transitent, pendant 39 ans, armements lourds et légers, munitions, outils, vêtements et denrées de toutes sortes.

Rocbert de la Morandière est né à Saint-Étienne d’Étréchy, dans le diocèse de Sens en France, en 1668. Sa carrière débute à titre de procureur du roi au Havre. À 22 ans, il part pour la Nouvelle-France. D’abord secrétaire du commissaire de la Marine au Canada, il est rapidement nommé garde-magasin du roi en 1692. Vers 1700, le magasin du roi se trouve dans l’ancien corps de garde, du côté ouest de la place Royale. On le relocalise au début des années 1720 près de la porte de Québec, dans le sud-est de la ville, à proximité de la maison familiale de Rocbert de la Morandière. Celle-ci était située sur la rue Saint-Paul, non loin de l’actuel marché Bonsecours. À la même époque, Étienne Rocbert reçoit la permission du roi d’exploiter son propre commerce près des magasins du roi, sur la rue Saint-Louis. Ses affaires sont alors prospères, d’autant plus que le système de comptabilité en vigueur à l’époque lui permet de ne pas différencier ses propres affaires de celles du roi.

Un homme d’influence

La famille Rocbert de la Morandière est une des plus illustres de Montréal. L’élection d’Étienne comme marguillier en 1711 témoigne de l’estime que la communauté lui porte. Il sera aussi nommé subdélégué de l’intendant, syndic des Récollets, capitaine d’infanterie et ingénieur du roi. En septembre 1695, il épouse Élisabeth Duvivier, fille d’un marchand de Montréal. Parmi ses six enfants, plusieurs se marieront avec des membres de grandes familles. Rappelons seulement le mariage de sa fille Marie-Élisabeth, épistolière bien connue, avec Claude-Michel Bégon, officier et frère de l’intendant Michel Bégon.

En 1705, un événement obscur aurait pu mettre un terme à ce brillant parcours. À la suite d’une querelle avec un valet de Claude de Ramezay, gouverneur de Montréal, Rocbert de la Morandière est impliqué dans la mort d’un soldat. Emprisonné, il est libéré en 1706, après que le gouverneur de la Nouvelle-France, Rigaud de Vaudreuil, a obtenu du roi une lettre de grâce.

En 1731, son fils Louis-Joseph Rocbert lui succède comme garde-magasin. Cédant aux pressions de sa fille Marie-Élisabeth, Étienne Rocbert regagne la France en 1749. Dans sa correspondance, sa fille rapportera qu’il accepte mal d’avoir quitté son pays d’adoption : « Je (...) cache à mon père tout ce qui pourrait le chagriner, par la crainte où je suis toujours qu’il ne se repente de la complaisance qu’il a eue de laisser un pays où il était sûrement mieux qu’ici. » Étienne Rocbert de la Morandière meurt à Rochefort en 1753 ou 1754.

Cet article est paru dans le numéro 35 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.