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Conversations entre grands-parents et petits-enfants luso-montréalais

Un portrait authentique de la relation grands-parents–petits-enfants, révélateur pour tous, est dressé par une exposition mettant en relief des questions propres à la communauté luso-montréalaise.

L’exposition du Centre d’histoire de Montréal, Fil de tendresse, fio de ternura, tenue du 1er février au 14 mai 2017, pose un regard sensible sur la communauté portugaise montréalaise au travers de la relation grands-parents–petits-enfants.

La genèse

Vernissage Fil de tendresse

Deux hommes et une femme sont debout derrière un lutrin et un micro. Un écran montre les mots Avó, Vóvó, Grand-mère et Grand-maman sur un fond rouge.
Centre d’histoire de Montréal
Les témoignages ont été recueillis dans le cadre d’une démarche de collecte mise en place depuis 2003. À cette date, la communauté portugaise célèbre 50 ans de présence à Montréal. Les cliniques de mémoires sont alors mises en place par des membres de la communauté et le Centre d’histoire de Montréal pour compiler des informations sur cette histoire migratoire vivante.

Pendant l’hiver 2015-2016, la cueillette d’informations sur la communauté luso-montréalaise est poursuivie et complète le volet personnes âgées. En 2015, Joaquina Pires, une Luso-Montréalaise très impliquée dans sa communauté et auprès des immigrants en général, prend conscience de la solitude que peuvent ressentir les aînés de sa communauté. Elle décide de monter un grand projet avec deux amis, photographe et vidéaste, afin de capter des regards, des gestes, des mots entre les grands-parents et les petits-enfants. L’idée est de collecter des témoignages illustrant la relation grands-parents–petits-enfants au sein de la communauté portugaise montréalaise. Plusieurs familles sont contactées, beaucoup ouvrent leurs portes. Dans une première étape, le résultat de cette récolte d’informations et de fragments identitaires est donné à voir à la communauté portugaise. Rapidement, dans une volonté d’ouverture, il est évident que tous les Montréalais devraient en profiter, grâce à une exposition et au site Mémoires des Montréalais.

Le Centre d’histoire de Montréal accueille donc l’exposition de photos et de témoignages Fil de tendresse, fio de ternura dans laquelle grands-parents et petits-enfants sont unis à travers les regards personnels de trois Montréalais d’origine portugaise : Joaquina Pires, commissaire de l’exposition, Fernando dos Santos, photographe, et Francisco Peres, vidéaste. Tous trois retranscrivent les mots, les images et les voix qui dépeignent les liens entre les aînés et les jeunes de leur communauté. En résulte un regard sensible où l’histoire factuelle fait place à l’expression sensible. Ce portrait, aussi intime et spécifique soit-il, est ainsi révélateur pour nous tous.

Des questionnements dévoilés

Exposition Fil de tendresse

Salle d’exposition montrant deux murs avec des photos en noir et blanc, des panneaux de texte, un écran et deux personnes, debout, qui la visitent.
Centre d’histoire de Montréal
Ces témoignages sont des fenêtres sur les vies de personnes uniques. Chacun dévoile une personnalité. Cependant des questionnements communs se dégagent.

Certaines questions, telles que la difficulté de la transmission culturelle ou le maintien des liens malgré l’éloignement, sont directement liées au contexte migratoire. À l’occasion, des aïeux parlent avec un peu d’amertume de la disparition de leur langue maternelle, mais ils comprennent bien les raisons de cet abandon. La « langue de la tendresse et des câlins » se transmet parfois au-delà des mots. L’immigration dissémine souvent les membres d’une même famille; éloignés géographiquement, ils parviennent cependant à maintenir des liens, parfois par l’intermédiaire de ces grands-parents communs. Le « fil de tendresse » (fio de ternura en portugais) trame ainsi la matière d’un attachement profond.

Les jeunes, qui ont grandi au Canada, ont souvent un rapport difficile avec leur communauté culturelle. Participer à la récolte des témoignages, ou tout simplement en prendre connaissance, réconcilie certains d’entre eux avec elle. Ils en saisissent une facette plus positive. Les cadets découvrent ce que les aînés ont traversé lors des premières années d’immigration et se sentent privilégiés. Ils comprennent mieux le sentiment d’appartenance à la communauté, le besoin de se retrouver éprouvé par les vieux. Les paroles révèlent ainsi le passé et créent des liens entre les générations.

L’écoute et la lecture des témoignages bousculent positivement certaines idées reçues. La solitude des personnes âgées est une réalité et elle peut être dramatique, mais on découvre qu’un nouveau type de relation entre les générations existe. Quand le regard reste empreint de préjugés, on estime les petits-enfants détachés de leurs grands-parents. C’est une apparence. En fait, ils parlent plus de leurs avozinho et avozinha (grands-papas et grands-mamans) que le font leurs propres parents. La surprise est que les jeunes s’expriment avec facilité à propos de leurs aïeux qui existent réellement pour eux. Même s’ils ne sont pas proches physiquement, leur attachement reste très fort. Ainsi, on observe que les jeunes sont liés à leur famille, même s’ils développent des relations fortes en dehors du cadre familial. Malgré les problèmes de langue et de compréhension (parfois grands-parents et petits-enfants ne parlent pas la même langue), le lien se maintient. Les « graines de tendresse » sont semées et peuvent porter fruit.

Le rôle des grands-parents est universel, il existe dans un contexte migratoire, comme partout. On constate que ce lien est fort et intime, mais non contraignant. Compréhensifs, les aînés disent que leurs petits-enfants n’ont pas d’obligations envers eux. Ils ajoutent que, même s’ils ont de la peine, ils sont contents que leurs petits-enfants soient là. Les vieux sont seuls, pourtant ils admettent que la vie a changé. À leurs yeux, elle est peut-être plus difficile, et ils acceptent leur situation. Les grands-parents voient que les vies de leurs descendants sont fluctuantes, socialement et familialement. À leur époque, les histoires familiales et le milieu social des immigrants étaient plus homogènes. Malgré ces évolutions, ils sont à l’écoute de leurs petits-enfants. Comme toujours, comme ailleurs, ils sont leurs confidents. Certains remplacent même les parents absents ou disparus. D’autres compensent un manque : ils rattrapent le temps qu’ils n’ont pas pu donner à leurs propres enfants, car ils étaient pris par la construction d’une nouvelle vie. Dans tous les cas, être grands-parents est satisfaisant. Dans les textes, sur les photos et dans les entretiens, on constate cette complicité et cette admiration réciproque. On y lit la facilité d’être ensemble.

Des liens intergénérationnels universels

Extraits de témoignages de grands-parents et de petits-enfants luso-montréalais

Extraits de témoignages de grands-parents et de petits-enfants luso-montréalais

Conception et entrevue : Joaquina Pires. 2017. Durée : 9 min 50 s.

Réalisation : 
Francisco Peres

Les aînés ont compris que la « langue de la tendresse et des câlins » se transmet au-delà de la situation géographique. En effet, la migration de la communauté portugaise à Montréal aurait pu être un obstacle à la transmission culturelle ou au maintien des liens familiaux dû à l’éloignement et à la solitude. Pourtant, des liens sont ainsi tissés entre les grands-parents et les petits enfants : s’écouter, s’apprivoiser, s’aimer, les paroles révèlent ainsi le passé et créent des liens entre les générations. Ce lien est universel, fort et intime, il se maintient malgré les changements sociaux et familiaux de l’époque actuelle. En dépit des difficultés, certains remplacent les parents, d’autres deviennent des confidents ou transmettent un précieux savoir-faire. Les textes, les photos et les entretiens témoignent de cette confiance.

Sans être une œuvre scientifique, l’assemblage de ces témoignages constitue une représentation véridique de la relation grands-parents–petits-enfants dans la communauté portugaise montréalaise. De cette broderie tissée de fils multicolores, trois motifs ressortent : la difficulté de la transmission de la culture et de la langue portugaises préoccupe; la solitude des personnes âgées est poignante; le rôle des grands-parents et leur lien avec les petits-enfants perdurent malgré les épreuves. Si le premier point est propre à la communauté portugaise, et plus largement au contexte migratoire, les deux autres points sont universels. Ce portrait, aussi intime et spécifique soit-il, est ainsi révélateur pour nous tous.