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Une première en Amérique : les Floralies internationales de Montréal

05 avril 2017
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Les premières Floralies internationales en sol américain ouvrent à Montréal en 1980. Plus de deux millions de spectateurs profitent de ce formidable succès populaire, touristique et économique.

Floralies - île Notre-Dame

Vue aérienne de l'île Notre-Dame au moment des Floralies.
Archives de la Ville de Montréal, VM94-B253-009.

Avant 1980, les Floralies internationales avaient toujours eu lieu en Europe, où la tradition des grandes expositions florales existait depuis des décennies. C’est Jean Garon, ministre de l’Agriculture du Parti québécois, alors au pouvoir, qui a l’idée en 1977 d’organiser un tel événement au Québec, et plus précisément à Québec.

En y regardant de plus près, il se rend compte que la Ville n’a ni les compétences ni les infrastructures nécessaires pour réussir ce genre d’exploit. Appelant en renfort Pierre Bourque, horticulteur en chef du Jardin botanique de Montréal, il décide de tenter le coup dans la métropole. Le Jardin botanique est à l’époque le troisième plus grand au monde. Quant à Pierre Bourque, il a étudié l’horticulture en Belgique, où il a pu constater les impacts éducatifs et économiques d’un événement comme les floralies. Commence alors une série de tractations entre Bourque, Garon et le maire de Montréal, Jean Drapeau. Ce dernier déplore l’abandon des îles après Expo 67, et quoi de mieux que des floralies pour redonner vie au site? Une proposition prend forme : l’île Notre-Dame pourrait accueillir des floralies extérieures et le Vélodrome olympique, des floralies intérieures.

Floralies

Les floralies intérieures dans le vélodrome accueillent de nombreux visiteurs.
Fond Yolande Méthot, collection Centre d’histoire de Montréal, 1116.
En 1978, l’Association internationale des producteurs d’horticulture, à Tours, et le Bureau International des Expositions, à Paris, reçoivent la visite de Jean Garon et de Pierre Bourque. Les deux hommes reviennent au pays avec un accord : Montréal sera la ville hôte des prochaines floralies internationales. Bourque est nommé directeur technique de l’événement. Il a moins de 2 ans et seulement 4,2 millions de dollars pour réaliser le projet : il devra faire beaucoup avec peu, et rapidement! Il faut aussi convaincre plusieurs pays de participer à cette première en sol américain. Bourque et Drapeau s’attèlent à la tâche et l’opération est un succès. Même la Chine accepte de se joindre à l’aventure.

Un événement incontournable

Floralies

Site extérieur des Floralies internationales.
Archives de la ville de Montréal. VM94, 42, SY, SS7, F15, p005.
Les Floralies ouvrent enfin en mai 1980. L’admission se fait avec un passeport, comme durant Expo 67. Les visiteurs découvrent d’abord les Floralies intérieures, sous le toit ajouré du Vélodrome qui laisse filtrer la lumière naturelle. Du 17 au 29 mai, 325 000 personnes défilent dans une « vallée de fleurs » et admirent une incroyable variété de plantes succulentes, bonsaïs, fleurs séchées, potées fleuries et fleurs coupées, soigneusement mis en valeur par des horticulteurs venus d’une vingtaine de pays. Le temps de visite est estimé à deux heures et demie.

Il faut beaucoup plus qu’une demi-journée pour voir les Floralies extérieures, tenues du 31 mai au 1er septembre. Les jardins occupent 40 hectares sur l’île Notre-Dame, et les organisateurs estiment qu’au moins 5 visites sont nécessaires pour profiter des différentes périodes de floraison. L’art paysager contemporain est à l’honneur, et on y trouve, en plus des arbres et arbustes ornementaux, des plantes annuelles, vivaces, à bulbes et à tubercules. Des présentations éducatives ainsi que des concerts et divers spectacles y sont offerts. L’un des attraits majeurs de l’événement est une tourbière importée directement de la baie James! On peut également profiter des grandes expositions commerciales pour découvrir ce qui se fait de mieux dans le domaine de l’outillage et des matériaux liés à l’horticulture. Plus de deux millions de spectateurs profitent de l’événement, qui devient un succès remarquable tant par sa popularité que par ses retombées touristiques et économiques.

Floralies - affiche

Affiche des Floralies.
Bibliothèque et Archives Canada, Acc. No. 1994-434-69.
Depuis 1980, le souvenir de ce moment fort de l’horticulture au Québec perdure grâce aux jardins des Floralies, qui occupent une place de choix au parc Jean-Drapeau. La végétation a gagné en maturité, et chaque année les visiteurs y déambulent à travers des milliers de fleurs annuelles. On peut même se promener en pédalo dans les canaux des jardins durant l’été. En plus de donner un nouvel essor à l’horticulture au Québec, les Floralies internationales ont laissé de bien belles traces dans le paysage de Montréal.

Références bibliographiques

CYR, André, Gilles AMADO et Laurent LAPIERRE, Pierre Bourque. Le jardinier et l’ingénieur, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1995, 198 pages.

LABORATOIRE DE RECHERCHE SUR L’ARCHITECTURE MODERNE ET LE DESIGN, ÉCOLE DE DESIGN, UQAM. [En ligne], Étude patrimoniale sur les témoins matériels de l’Exposition universelle et internationale de Montréal de 1967 sur l’île Notre-Dame et la Cité du Havre. Rapport final, commandité par la Ville de Montréal. 27 avril 2007. [http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/CONS_PAT_MTL_FR/MEDIA/D....