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Sports et Carnaval d’hiver à Montréal au XIXe siècle

19 janvier 2016
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À partir des années 1880, de nombreux clubs sportifs et les premiers Carnavals d’hiver offrent de nouveaux divertissements à l’élite bourgeoise montréalaise. Mais ces plaisirs lui sont réservés.

Club de raquetttes Le Trappeur

Une sortie du Club de raquettes Le Trappeur en 1886.
Une sortie du Club de raquettes Le Trappeur, par A. S. Brodeur, dans Le Monde illustré, vol. II, no 92, 6 février 1886.
Pour adoucir les rigueurs de l’hiver québécois, une des tactiques courantes est, aujourd’hui, de s’amuser dehors. Mais qu’en était-il des sports et des divertissements hivernaux à Montréal au XIXe siècle?

À partir des années 1880, divers clubs sportifs proliférèrent à Montréal. Ces clubs et associations étaient généralement réservés aux membres de l’élite bourgeoise anglophone qui, contrairement à leurs concitoyens de langue française, disposaient des moyens financiers et du temps nécessaires pour se divertir. Le patinage, le curling et le toboggan figurent parmi les sports les plus en vogue. Toutefois, c’est la pratique de la raquette qui rassemble davantage de participants au sein de ces clubs. À ce titre, le Montreal Snowshoe Club (1840) fait figure de pionnier. Il faut attendre la toute fin du siècle pour qu’émergent des clubs à majorité canadienne-française, tels le Canadien et le Trappeur. Au fil des ans, les clubs de raquetteurs prendront une place prépondérante lors des fêtes d’hiver.

Inauguration du premier palais de glace nord-américain

Carnaval d'hiver - palais de glace 1885

Palais de glace, carnaval d’hiver de Montréal en 1885.
Carte postale, Centre d’histoire de Montréal.
C’est d’ailleurs lors du banquet annuel de 1882 du Montreal Snowshoe Club, dit la Tuque Bleue, que l’avocat Robert D. McGibbon, lance l’idée de créer un carnaval montréalais. Dès l’année suivante, M. McGibbon est fier d’inaugurer, au carré Dominion, le premier palais de glace érigé depuis la construction de celui de l’impératrice Anne de Russie à Saint-Pétersbourg en 1754. Entre 1883 et 1889, au début du mois de février, Montréal fut l’hôte de cinq carnavals. Les pôles d’activité étaient d’abord situés au carré Dominion et au parc du Mont-Royal, en raison de la proximité des clubs sportifs anglophones. Avec l’arrivée de comités francophones en 1885, les festivités se sont étendues vers l’est, soit à la place d’Armes, au Champ-de-Mars et à l’île Sainte-Hélène.

Hockey - match à la patinoire Victoria en 1893

Un match de hockey à la patinoire Victoria de Montréal en 1893.
Un match de hockey à la patinoire Victoria, Montréal, QC, photographie composite, 1893, Musée McCord, II-101415.
Les rencontres de curling et de hockey, les promenades en traîneaux, les randonnées de raquettes à l’île Sainte-Hélène et au parc du Mont-Royal, les courses en traîne sauvage ainsi que les mascarades en patins ponctuaient le programme des activités carnavalesques pendant près d’une semaine. L’apothéose de la fête survenait avec la simulation de l’attaque du palais de glace par des clubs de raquetteurs, sous une pluie grandiose de feux d’artifice. Le Carnaval d’hiver de Montréal fit également sa renommée d’événements à nature élitiste avec, par exemple, les grands galas à l’hôtel Windsor et les mascarades au Victoria Skating Rink, où étaient conviés le gouverneur général du Canada et des notables américains, canadiens et montréalais. La clôture du Carnaval se faisait enfin au carré Dominion avec un feu d’artifice.

Des festivités réservées à l’élite

Carnaval d'hiver - programme des festivités 1884

Le programme des festivités du Carnaval d’hiver de Montréal, du 4 au 9 février 1884.
Centre d'histoire de Montréal.
Bien que la corporation municipale allouât aux Montréalais une demi-journée de congé le jour du gala et de la promenade des citoyens, les festivités ne touchaient pas toutes les couches de la population. En effet, le Carnaval passait presque inaperçu dans les quartiers ouvriers de la ville. Le clergé catholique était par ailleurs choqué par l’allure ludique de la fête, décourageant ainsi la participation des fidèles. Ces festivités ont disparu à la fin du XIXe siècle, en raison des coûts croissants, des difficultés de financement et de la concurrence de villes comme Saint-Paul au Minnesota, Saragota et Albany dans l’État de New York qui avaient aussi un carnaval d’hiver.

Cet article est paru dans le numéro 16 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Les clubs de sports d’hiver du mont Royal

Très tôt, le parc du Mont-Royal devient un lieu de rendez-vous pour les amateurs de sport. Au XIXe siècle, les membres de nombreux clubs de raquettes, dont le Montreal Snowshoe Club, bravaient ainsi l’hiver en organisant des expéditions sur les flancs du mont Royal, souvent soldées par un arrêt fort arrosé dans une auberge de la Côte-Sainte-Catherine. Lors des Carnavals d’hiver, dans les boisés du mont, ces mêmes clubistes participaient au populaire défilé nocturne, flambeau à la main. Les descentes en toboggan, ou traîne sauvage, étaient également très appréciées des citadins. Pendant près de 60 ans, le Toboggan and Ski Club a installé ses quartiers et ses équipements sur les flancs de la montagne, non loin de l’actuel lac des Castors. Ce club fut d’ailleurs un des lieux sociaux et de loisirs familiaux les plus actifs de Montréal à l’époque. À ce titre, le chalet de la montagne le remplace bien aujourd’hui.