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L’incendie de 1721

28 juin 2016
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En juin 1721, 171 maisons ainsi que le plus grand hôpital de Montréal, petite ville coloniale de 2000 personnes, sont réduits en cendres. Ce drame conduira à de grandes améliorations urbaines.

Ordonnance 10 mai 1721

Ordonnance de François Marie Bouat, conseiller du roi et lieutenant général de la juridiction royale de Montréal, du 10 mai 1721
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Direction du Centre de Montréal, TL4,S35
Au début du XVIIIe siècle, le feu est à la fois un des éléments les plus utiles dans le quotidien des Montréalais et une lourde menace pour l’existence même de la ville. Pour le comprendre, il suffit d’imaginer une maison typique de cette époque. Depuis la fondation de la ville un siècle plus tôt, la vaste majorité des maisons sont édifiées en bois, de la charpente aux murs en passant par le toit, très souvent couvert de bardeaux de cèdre. Ce matériau est abordable mais il a aussi le fâcheux défaut d’être particulièrement inflammable!

Entrons maintenant dans cette maison en plein hiver : alors que la température descend à -30 °C à l’extérieur, des bûches brûlent dans le foyer pour réchauffer les habitants du logis et cuire la soupe qui bouillonne dans sa marmite. Pour ajouter un peu de lumière, on allumera peut-être une lampe à l’huile ou quelques bougies. Durant la journée et la nuit, il y a donc constamment des centaines de petits feux allumés dans les maisons montréalaises, presque toutes en bois et entassées les unes contre les autres à l’intérieur des murs de la cité.

Illustration de Jean-Paul Eid

Illustration de l'intérieur d'une maison à l'époque de la Nouvelle-France avec le foyer
Illustration de Jean-Paul Eid. Centre d'histoire de Montréal.

L’incendie qui frappe cette petite ville coloniale de 2000 personnes l’été 1721 ne vient pourtant pas d’un de ces innombrables feux domestiques. En ce 19 juin, les Montréalais sont réunis pour célébrer la Fête-Dieu. La foule termine la procession religieuse devant la chapelle de l’Hôtel-Dieu et, pour faire résonner leur joie, des hommes tirent quelques coups de fusil en l’air. Subitement, la fête se transforme en catastrophe… Une étincelle de poudre à canon sortie d’un des fusils atterrit sur le toit – de bois – du plus grand hôpital de la ville.

La fête tourne au cauchemar

L’incendie ne prend que quelques minutes pour se répandre, porté par le vent qui lui permet de sauter d’une maison à l’autre, traversant sans difficulté les rues pour s’attaquer à la rangée suivante d’édifices. La chaleur dégagée par le brasier est tellement intense qu’elle fait fondre une cloche de 300 livres à l’hôtel-Dieu. De l’hôpital, ainsi que de 171 maisons, il ne reste plus que des ruines et des cendres au soir du 19 juin 1721.

Illustration de Karl Dupéré-Richer

Illustration représentant la rue Saint-Paul vers 1734, avec l'Hôtel-Dieu d'un côté et des maisons de l'autre
Illustration de Karl Dupéré-Richer. Une école montréalaise pour tous.

Si plusieurs années seront nécessaires pour reconstruire la cité et que d’autres feux viendront encore la visiter, l’incendie de 1721 encouragera néanmoins la vigilance des autorités. Peu après la catastrophe, l’Intendant émet de nouvelles ordonnances : en cas de feu, on avertira les habitants de la ville en faisant sonner les cloches des églises sans arrêt (le tocsin). Tous devront se rendre sur les lieux du sinistre avec des sceaux et des haches et faire office de pompiers volontaires.

Chaque maison devra désormais avoir une échelle en bon état et sa cheminée, être ramonée une fois par mois. Les nouvelles maisons ne pourront plus empiéter sur la rue. Enfin, « il ne sera plus baty à l’avenir que des maisons de pierres, que celles qui seront baties de nouveau ou celles dont on rétablira la couverture ne seront point couvertes de bardeau ». Cette obligation de construire de coûteuses maisons de pierre à l’intérieur des murs de Montréal incitera d’ailleurs beaucoup de propriétaires moins fortunés à s’installer à l’extérieur des fortifications, dans des faubourgs de bois sur lesquels pèsera également la menace de « l’élément destructeur ».