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Crochet mural d’une maison disparue

11 décembre 2015
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Ce crochet mural est tout ce qui reste d’un immeuble qui était situé sur le boulevard Dorchester Ouest et qui a été démoli vers la fin de 1968, dans le cadre de l’élargissement du boulevard.

Objets Crochet mural

Photo d'un crochet mural
Centre d’histoire de Montréal. Don de Marie Audette. 2004.75.

Le contexte

Ce crochet mural en fer est le seul élément de son logement que madame Audette a conservé, ainsi que les lettres officielles et les coupures de journaux concernant l’expropriation. Elle a tout donné au Centre d’histoire de Montréal en 2004. Ces objets font maintenant partie de la collection du musée.

Objets Crochet - Avis d'expropriation, 1966

Lettre de la Ville de Montréal pour l’expropriation d’une maison rue Dorchester en 1966.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Marie Audette. 2004.82.
Le 25 mars 1966, Marie Audette, qui réside alors au 2306, boul. Dorchester Ouest (aujourd’hui René-Lévesque), appartement 4, un peu à l’est de la rue Atwater, reçoit une lettre recommandée de la Ville de Montréal. On lui annonce qu’elle sera expropriée, de même que ses voisins, « pour un meilleur aménagement des abords du boul. Dorchester élargi ». Pour l’instant, ce n’est qu’un avis et elle n’a pas besoin de déménager immédiatement.

En novembre 1967, un article du Montreal Star annonce la création d’un service municipal de l’habitation. Ce service sera en charge de l’achat et de la gestion des anciens pavillons d’Expo 67 qui sont restés sur les îles Notre-Dame et Sainte-Hélène, mais aussi d’étudier, planifier et gérer les bâtiments qui se retrouvent dans des zones de rénovation urbaine. Il devrait aussi venir en aide aux gens qui se font exproprier par les grands travaux de modernisation, afin qu’ils puissent se reloger.

Objets Crochet - Article Montréal-Matin, 23 mai 1968

Coupure de journal du Montréal-Matin du 23 mai 1968 sur la démolition de maisons rue Dorchester.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Marie Audette. 2004.84.

Le 23 mai 1968, un article du Montréal-Matin annonce, en parlant du boulevard Dorchester : « On rasera de Guy jusqu’à Atwater ». On y annonce déjà que les résidents devront avoir quitté leur logement pour le 1er octobre 1968.

C’est ainsi que, le 8 juillet 1968, soit plus de deux ans après le premier avis, la lettre recommandée — redoutée, mais attendue — arrive, soit l’avis d’expropriation. La Ville est devenue propriétaire des immeubles trois jours plus tôt et signifie aux occupants qu’ils doivent avoir libéré les lieux pour le 30 septembre au plus tard. S’ils ne le font pas, la Ville va se prévaloir de la loi qui autorise à les expulser. Un dédommagement de 800 $ est accordé à madame Audette.

Objets Crochet - Avis d'expropriation, 1968

Lettre de la Ville de Montréal pour l’expropriation d’une maison rue Dorchester en 1968.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Marie Audette. 2004.83.

Le lieu

Après la rue Sherbrooke, la rue Dorchester était la plus prestigieuse à Montréal. À partir du 19e siècle, on y retrouve de belles grandes demeures bourgeoises et différentes institutions, comme la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur (aujourd’hui Marie-Reine-du-Monde) et l’édifice de la Sun Life. Plus à l’ouest, on construira des maisons unifamiliales en rangée qui seront converties, plus tard, en immeubles à logements. 

Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans le but de faciliter la circulation des automobiles de plus en plus nombreuses, on commence à démolir les bâtiments afin d’élargir la rue qui deviendra boulevard en 1955. À partir de cette époque, les promoteurs ont le droit d’y construire des immeubles de plus de 10 étages. C’est ainsi que la gare Centrale, l’hôtel Reine-Elizabeth, la Place Ville-Marie et d’autres immeubles prestigieux viennent s’y installer. 

Objets Crochet - The Montreal Star, 1967

de journal, The Montreal Star, 28 novembre 1967 sur la création d’un service municipal d’habitation.
Centre d’histoire de Montréal. Don de Marie Audette. 2004.85.
Le dernier tronçon à être rasé et élargi sera la partie ouest du boulevard, de la rue Guy à la rue Atwater, soit à la limite de la Ville de Montréal avec celle de Westmount.

En 1987, en l’honneur de l’ancien premier ministre du Québec qui vient de décéder, on renomme le boulevard René-Lévesque.

L’objet

Nom : crochet mural
Numéro d’inventaire : 2004.75
Matériau(x) : Fer
Dimensions : 11 x 3,5 x 9 cm
Année ou période : XXe siècle
Inscription : Aucune inscription
Donateur ou donatrice : Marie Audette

La donatrice

Marie Audette, la donatrice, n’a pas été chanceuse. L’expropriation de son logement du boulevard Dorchester ne sera pas la seule expérience du genre. En effet, la maison familiale, au 4791, rue Notre-Dame Est (près de la rue Théodore, dans Hochelaga-Maisonneuve), a été démolie à son tour pour laisser place à l’élargissement de la rue Notre-Dame.

En 2004, en plus du crochet et des documents reliés à son expropriation, madame Audette a donné au Centre d’histoire plusieurs objets de la vie quotidienne à Montréal : emballages de produits de grandes compagnies montréalaises (Belding-Corticelli, J.&P. Coats, Condor, Stelco, etc.), brochures de recettes (Five Roses, Velveeta, Provigo, etc.), des sacs de magasins (Steinberg, Greenberg, Pascal, etc.), un carnet et un catalogue Gold Star, plus de 200 factures et coupons de caisses provenant des grands magasins de Montréal (Eaton’s, Simpson’s, Dupuis, Morgan’s) et de chaînes bien connues (Rossy, Woolworth), et bien d’autres choses. De plus, elle notait souvent des détails sur ce qu’elle venait d’acheter sur ses coupons de caisse. Des artefacts humbles en apparence, mais ces coupons de caisses des années 1950 à 1980 sont une trace de plusieurs magasins montréalais connus de tous et aujourd’hui disparus. Ils sont aussi une source d’information sur les coûts de la vie à cette époque.