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1, 2, 3... retiré! Le baseball professionnel à Montréal

29 janvier 2016
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L’histoire d’amour entre les Montréalais et le baseball a débuté au XIXe siècle. Depuis, elle a toujours été passionnée, houleuse et pleine de rebondissements.

Prise 1

Baseball, 1871

Photo d’une équipe de baseball de Montréal de 1871.
1871, The Montreal Baseball Club of 1871, Archives de la Ville de Montréal, VM6-D1980-32-7.
Les premières formes de baseball à Montréal remontent aux années 1860. À cette époque, plusieurs jeux de balles étaient pratiqués. Déjà fort répandu aux États-Unis et en Ontario, le baseball sera le jeu de balle qui se démarquera des autres pour devenir, au début du XXe siècle, le jeu d’été le plus populaire auprès des Montréalais. Implanté dans la ville par les collèges, les clubs sportifs et les syndicats, le baseball se développe rapidement dans ses formes amateur et semi-professionnelle. Il faut toutefois attendre 1890 pour qu’un premier club professionnel soit fondé à Montréal. Cette année-là, le propriétaire du club de Buffalo de la Ligue internationale (ligue mineure), Charles D. White, décide d’amener son équipe à Montréal pour terminer sa saison locale. La première partie se joue sur le terrain de crosse du club Shamrock, situé à l’angle des rues Sainte-Catherine et Atwater, devant une foule de plus de 2000 personnes. Les joutes suivantes n’ayant attiré qu’une poignée de spectateurs, White transfère son club à Grand Rapids, au Michigan.

À la suite de la faillite du club d’Hamilton en Ontario, la Ligue internationale accorde la franchise à Montréal. Malheureusement, au printemps 1891, la Ligue cesse ses activités. L’équipe de Montréal n’aura joué que neuf parties. Peu de gens s’étaient déplacés au terrain des Shamrock pour assister aux deux matchs présentés à Montréal.

Il faut attendre cinq ans pour avoir une autre équipe de baseball professionnel à Montréal. En 1896, le club de Montréal y dispute sa première saison complète et, deux ans plus tard, remporte son premier championnat. L’année 1898 est très importante pour deux raisons. Elle marque d’abord le début de l’engouement des Montréalais pour le baseball professionnel. En effet, à partir de 1898, le club de Montréal, qu’on a baptisé Royals (ou Royaux pour les Canadiens français), attire régulièrement près de 2000 spectateurs par partie. Ensuite, le baseball professionnel s’est assuré une certaine forme de stabilité avec le retour, année après année, d’un noyau de joueurs auxquels les partisans peuvent s’identifier.

Si l’année 1898 a constitué l’apogée de la récente histoire du baseball professionnel à Montréal, 1903 peut, à juste titre, être l’année d’une grande déception. En effet, cette année-là, les Royaux sont transférés à Baltimore aux États-Unis, considérée comme un marché plus lucratif que Montréal. L’ironie de l’histoire est que la même année le club new-yorkais de Worchester déménage… à Montréal. Grande déception chez les amateurs de baseball qui doivent une fois de plus se familiariser avec des joueurs inconnus. Entre 1903 et 1917, le club n’aura pas moins de six propriétaires, quatorze gérants et un rendement de fin de peloton. En 1917, le club est transféré de nouveau.

Prise 2

Baseball, 1935

L’équipe de 1935 des Royaux de Montréal.
1935, Club de Baseball Montréal, Archives de la Ville de Montréal, VM6-D1980-32-7.
Bien que le baseball demeure l’un des sports les plus populaires à Montréal entre 1917 et 1928, aucune équipe professionnelle ne représente la ville. Le baseball amateur et semi-professionnel est suivi par des milliers de gens qui se rendent le dimanche dans les parcs aux quatre coins de la ville, pour profiter de l’été montréalais tout en regardant leur sport favori. Les Royaux reviennent en ville en 1928, grâce à un groupe formé d’Ernest Savard, courtier prospère en valeurs mobilières, et de Louis Athanase David, député libéral à l’Assemblée nationale du Québec, qui achète la concession de Jersey City pour la somme de 225 000 dollars. Les partisans montréalais jubilent. De 1928 à 1960, les amateurs de baseball vivent au rythme des Royaux et des joueurs qui se succèdent au sein de l’équipe. Malgré une absence de plus de 10 ans, le baseball demeure, à l’époque, un sport chéri par les Montréalais. Les différents journaux montréalais jouent un grand rôle dans la diffusion du baseball. Dans la section des sports, on trouve une couverture quotidienne des matchs joués tant à Montréal que dans la province et aussi des matchs du baseball majeur.

Des joueurs qui ont marqué l’histoire du baseball, ici comme aux États-Unis, viennent jouer à Montréal. Cependant, au milieu des années 1950, le propriétaire de l’équipe, Walter O’Malley, qui est aussi propriétaire des Dodgers de Los Angeles, délaisse de plus en plus les Royaux au profit de ses autres clubs-écoles basés aux États-Unis. Le club montréalais dispose alors de moins en moins de ressources pour rivaliser avec les autres équipes de la Ligue internationale. Finalement, pour des raisons de rentabilité, O’Malley vend les Royaux aux autorités de la Ligue internationale qui transfère l’équipe à Syracuse, New York. Une fois de plus le baseball professionnel déserte Montréal.

3e prise sur décision… retiré!

Baseball - Bill Stoneman, lanceur des Expos, 1970

Le lanceur des Expos Bill Stoneman du haut de son monticule lors d’une partie contre les Cardinals de Saint-Louis le 8 avril 1970.
1970, Le lancer de Stoneman, 8 avril 1970, Archives de la Ville de Montréal, VM94-E2581-092.
Dans l’effervescence des années 1960 au Québec, Gerry Snyder, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, projette d’y amener une équipe des Ligues majeures. À l’époque, peu de gens ont foi en ce projet inusité. En 1962, il essuie un refus du commissaire du baseball majeur, Ford Frick, parce que Montréal ne dispose pas à l’époque d’un parc ou d’un stade pouvant accueillir une équipe de ce calibre. Snyder revient à la charge en 1967 et c’est le 27 mai 1968 qu’il gagne son pari en permettant à Montréal d’obtenir la première concession du baseball majeur à l’extérieur des États-Unis. Les Expos voient ainsi le jour et débutent la première saison de leur histoire en avril 1969. C’est au parc Jarry que l’aventure du baseball majeur commence à Montréal. Le club montréalais y joue ses matchs locaux jusqu’en 1976. Il déménage ensuite au Stade olympique pour la saison 1977.

Au début des années 1970, certains joueurs des Expos, dont le lanceur Bill Stoneman, étaient payés en devise canadienne qui, à l’époque, avait une valeur supérieure au dollar américain. Vingt ans plus tard, la situation s’est inversée : la précarité du dollar canadien jumelée à la flambée des salaires dans le baseball majeur ont fragilisé le statut du baseball professionnel à Montréal. Incapables de conserver leurs vedettes dans les années 1990 et tourmentés de l’intérieur par des projets de nouveau stade, les Expos voient leur étoile considérablement pâlir, jusqu’à leur dernier match à Montréal en 2004.

Cet article est paru dans le numéro 42 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Un jeu aux origines multiples

La codification du baseball telle qu’on la connaît aujourd’hui a été rédigée par l’Américain Alexander Cartwright à New York en 1845. Cependant, comme nous l’apprend le journal Le Soleil du 21 janvier 1899, l’une des origines de ce sport se trouve dans « un vieux jeu qui s’est joué de tout temps en Normandie et en Bretagne », la grande thèque. Ce jeu se jouait à 2 équipes ayant 10 joueurs au plus chacune sur un terrain de 300 à 400 m2. La surface du jeu de la grande thèque était de forme pentagonale; à chaque angle, on plaçait une cheville de bois ou un sac de sable marquant les buts. Le lanceur et le frappeur étaient de la même équipe. Le frappeur recevait un lancer qu’il devait être en mesure de frapper. Généralement, ce jeu se jouait en 2 manches de 40 points. Pour mettre un frappeur hors-jeu, on devait l’atteindre (le caler) entre deux buts. Cette forme primitive de baseball était jouée en France alors qu’en Angleterre on jouait à des jeux semblables : le Bat and Ball et le Rounders. Assistant à une partie de Bat and Ball au Champ-de-Mars de Montréal en 1860, E. Z. Massicotte définit ce jeu d’origine anglaise : « Chaque camp se composait alors de sept joueurs et il y avait trois bisques (ou buts). Celui qui avait frappé la balle courait de bisque en bisque et n’était arrêté dans sa tournée que si l’adversaire en possession de la balle parvenait à le toucher (généralement en lui lançant dessus) ». Bien que ces jeux soient distincts du baseball à plusieurs égards, on s’entend pour affirmer qu’ils en sont les ancêtres.

Références bibliographiques

HUDON, François. Le parc Jarry de Montréal, Outremont, Éditions Logiques, 2001, 197 p.

BROWN, William. Les fabuleux Royaux-Royals, les débuts glorieux du baseball professionnel à Montréal, Montréal, Éditions Robert-Davies, 1996, 192 p.

JANSON, Gilles. Emparons-nous du sport, les Canadiens français et le sport au 19e siècle, Montréal, Éditions Guérin, 1995, 239 p.

GUAY, Donald. La conquête du sport : le sport et la société québécoise au 19e siècle, Outremont, Lanctôt Éditeur, 1997, 244 p.

COUPAL, Eric. Baseball, américanité et culture populaire : histoire du baseball à Montréal 1860-1914, [Mémoire de maîtrise], UQAM, 2001, M7034, 109 p.