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Les Montréalais du sous-continent indien

02 juin 2017
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Au début du XXIe siècle, Montréal est encore une destination secondaire pour les immigrants du sous-continent indien. Pourtant ce flux migratoire s’est accentué à partir des années 1980.

Selon le recensement de 2011, près de 87 000 habitants de la région métropolitaine de Montréal viennent du sous-continent indien : Sri-Lankais, Bangladais, Pakistanais et bien sûr Indiens. Si la grande majorité de ceux-ci sont arrivés au Québec à partir des années 1980, c’est en réalité 100 ans plus tôt que débute leur installation au pays.

Une immigration récente à Montréal, mais plus ancienne ailleurs au Canada

Nurun Nahar - Bangladaise

Femme assise dans sa boutique de tissus
Photo de Antonio Pierre de Almeida, Centre d’histoire de Montréal.
Dans la mémoire nationale canadienne, la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique durant les années 1880 pour relier la Colombie-Britannique au reste du pays a été l’œuvre de dizaines de milliers d’ouvriers, dont approximativement 15 000 Chinois. Peu de gens savent qu’on compte aussi parmi ces travailleurs courageux 5000 Sikhs venant de la région du Panjab, en Inde. Ces premiers immigrants indiens connaîtront un sort similaire à celui des ouvriers chinois après la fin du projet : confrontés à un racisme venant autant de la population blanche que des autorités publiques, ils doivent s’accrocher à leur terre d’accueil pour y rester. Le gouvernement fédéral tente d’abord, sans succès, de les expulser du pays à la fin de leur contrat.

Au début du XXe siècle, une autre approche est adoptée par le moyen de lois visant à limiter au maximum l’immigration asiatique. Les douaniers font payer un droit d’entrée de 250 $ aux gens venant de ce continent (principalement les Chinois et les Indiens), un montant que les arrivants européens n’ont pas à débourser. En 1907, 2600 Indiens réussissent malgré tout à s’établir au Canada. L’année suivante, le gouvernement fédéral ajoute un obstacle presque infranchissable : tous les immigrants d’outre-mer devront arriver au Canada par un aller simple, sans escale, un voyage pratiquement impossible depuis l’Asie à cette époque. Résultat : six immigrants indiens seulement débarquent dans les ports canadiens en 1908.

La nouvelle vague

Rupinder Miani - Indienne sikh

Famille indienne avec deux jeunes enfants
2011. Photo de Antonio Pierre de Almeida, Centre d’histoire de Montréal.
Il faut attendre les années 1950-1960 avant qu’Ottawa abolisse ses critères discriminatoires sur l’immigration. Un premier accord signé en 1951 entre le Canada et les pays du sous-continent indien permet l’entrée de 300 immigrants par année seulement. Selon le recensement de 1986, 315 Indiens au total seraient arrivés au Québec entre 1951 et 1961, puis environ 2000 de 1961 à 1970. Au départ, cette communauté peu nombreuse est constituée principalement par des étudiants, des professionnels et des hommes d’affaires. On peut supposer qu’elle se concentre essentiellement à Montréal, car le recensement de 1986 indique ce lieu de résidence pour 95 % des Indiens établis au Québec.

Le profil de ces immigrants change durant les années 1980, et de plus en plus de réfugiés cherchent un asile au Canada au moment où leur région d’origine est secouée par les crises. L’Inde est frappée par de violentes émeutes antisikhes en 1984, la guerre civile se prolonge de 1983 à 2009 au Sri Lanka, le Pakistan s’enlise dans l’instabilité politique, tandis que la pauvreté extrême afflige le Bangladesh.

Alors qu’au Canada anglais, le sous-continent indien est la principale source d’immigration au début du XXIe siècle, Montréal et le Québec sont encore des destinations secondaires pour les gens de cette communauté. Elle a malgré tout commencé à façonner le paysage de la métropole avec une « Petite Inde » bien vivante dans la rue Jean-Talon entre l’avenue du Parc et le boulevard de l’Acadie. Elle se concentre également dans Côte-des-Neiges tout comme dans l’ouest de l’île (à Dollard-des-Ormeaux par exemple).

Une diversité à l’image de la métropole

Amjad Ghafar - Pakistanais

Un homme debout dans son épicerie pakistanaise
Photo de Antonio Pierre de Almeida, Centre d’histoire de Montréal.
Les Bangladais, Indiens, Pakistanais et Sri-Lankais de Montréal viennent d’une des plus riches régions du monde sur le plan de l’héritage religieux. Trois grandes religions y ont pris naissance : l’hindouisme, le bouddhisme et le sikhisme. L’islam et le christianisme y sont également solidement établis, les musulmans étant ainsi largement majoritaires au Pakistan et au Bangladesh. Cette diversité religieuse se traduit concrètement par la présence de nombreux lieux de culte servant ces confessions à Montréal.

Dans le domaine linguistique, la variété reste la règle. On peut ainsi désormais entendre parler une dizaine de langues provenant du sous-continent indien dans les rues de la métropole! Au recensement de 2011, on comptait par exemple 14 355 locuteurs pour le pendjabi, 12 810 pour l’hindi, 14 040 pour l’ourdou et 19 210 pour le tamoul.