Kiosque 7 — Par et pour : 30 ans de résistance des travailleuses du sexe
Une exposition réalisée par Stella, l’amie de Maimie, avec l’accompagnement du MEM, présentée dans le Kiosque du 21 octobre 2025 au 15 mars 2026.
« À Stella, nous sommes ainsi : immortelles, insatiables, assoiffées de justice sociale, “tenancières” de notre résistance, suffragettes de la Main, libertaires et anti-chimères. Nous sommes le “je” qui découvre les solidarités, le “nous” boule de neige. Nous sommes cette vague que rien ne peut arrêter. Nous sommes ici, là-bas, partout, au-delà des frontières. » ― Claire Thiboutot, eXXXpressions : Actes du Forum XXX, 2006
Reconnaître, transmettre et légitimer une histoire trop longtemps marginalisée
Par et pour visuel promo

Présentée dans le Kiosque et prolongée dans le Terrain de jeu, deux espaces publics du MEM, l’exposition a proposé un parcours à la fois historique, politique et profondément humain, traversant les enjeux de criminalisation, de stigmatisation, de santé, de droits de la personne et de solidarité entre mouvements sociaux.
Donner une visibilité publique à 30 ans d’engagement communautaire
Collage Stella

Lors de sa rencontre en juin 2024, le comité a retenu ce projet, car il s’agissait d’une occasion unique de rendre visible cette histoire dans un espace muséal public, au cœur même du quartier historiquement associé au Red Light, et de reconnaître la place des travailleuses du sexe dans l’histoire sociale et urbaine de Montréal. En août 2024, le MEM a décidé de consacrer aussi l’espace muséal désigné comme le Terrain de jeu à ce projet, en plus du Kiosque. Le Terrain de jeu est un espace destiné à des projets collaboratifs réalisés avec différents partenaires. L’exposition devenait un moyen de reconnaître que ces femmes ne sont pas uniquement définies par leur travail, qu’elles sont des citoyennes à part entière et qu’elles peuvent participer à la vie de la cité.
Créer un espace sécuritaire pour des récits délicats et puissants
Par et pour exposition

L’adaptation du projet a nécessité de porter une attention particulière aux questions éthiques, notamment en matière de représentation, de langage et de sécurité des personnes concernées, dans un contexte où les enjeux sociaux et politiques sont épineux. Des stratégies spécifiques ont été mises en place par le MEM en collaboration avec Stella afin d’assurer un environnement respectueux et sécuritaire, tant pour les publics que pour les personnes représentées. Stella a entre autres offert la formation « Stella 101 » à l’équipe du musée pour que celle-ci comprenne mieux les réalités du travail du sexe, qu’elle déconstruise certains préjugés et prépare adéquatement l’accueil des publics.
L’ensemble du processus a reposé sur une relation de confiance, d’écoute et de transparence, dans laquelle les expertises du MEM et celles de Stella se sont rencontrées pour créer une exposition à la fois rigoureuse, humaine et engagée.
Faire dialoguer archives, luttes et expériences vécues
La pièce rose

Ainsi débutait le texte d’introduction de l’exposition. Celle-ci invitait le public à parcourir 30 ans de résistance collective pour défendre les droits des travailleuses du sexe. Portée par un mouvement social géré par et pour les travailleuses du sexe, elle mettait en lumière la diversité des expériences, la résilience face à la criminalisation, à la stigmatisation, aux préjugés et à la violence, ainsi que les alliances tissées avec d’autres mouvements sociaux à Montréal. Depuis 1995, Stella, l’amie de Maimie documente et diffuse ces récits de résistance, en dialogue avec des organisations 2SLGBTQ+, des personnes utilisatrices de drogues, des communautés de personnes en situation d’itinérance, des communautés de personnes migrantes, des artistes, des féministes et d’autres groupes de la ville.
Le design graphique de l’exposition — conçu dans une relation de confiance avec un graphiste ayant déjà collaboré avec Stella — a renforcé la traduction de cette parole dans l’espace muséal. Il soutenait la force du propos tout en respectant une tension centrale pour l’organisme : rendre visibles des histoires collectives, tout en protégeant l’anonymat lorsque nécessaire.
Réalisés par des travailleuses du sexe ayant franchi le seuil de Stella, tous les objets et images de l’exposition provenaient de ses archives et de projets communautaires collectifs. Ils illustraient la manière dont les travailleuses du sexe ont occupé les espaces urbains montréalais, se sont organisées et ont résisté à l’oppression. Cette dimension était particulièrement présente dans la section Reprenons le Red Light, consacrée à la campagne Toujours vivantes lancée par Stella en 2023. Montrant des photographies de travailleuses du sexe dans des lieux où elles avaient travaillé, le projet témoignait des vies et des expériences qui ont façonné ce secteur historique de Montréal, aujourd’hui profondément transformé. Pour ces travailleuses du sexe, ces photographies étaient une façon de se réapproprier leur place dans la mémoire de ce quartier.
L’exposition replaçait également ces 30 années de militantisme dans une histoire beaucoup plus longue. Elle évoquait en effet le parcours de figures marquantes comme Maimie Pinzer et Stella Phillips, qui ont inspiré le nom de l’organisme, ainsi que les formes de résistance déployées par des travailleuses du sexe à différentes époques dans le Red Light montréalais depuis la seconde moitié du 19e siècle.
Le déploiement dans deux espaces complémentaires adjacents — le Kiosque et le Terrain de jeu — a permis d’articuler différentes expériences de visite : informative, immersive, affective et réflexive. Le Terrain de jeu accueillait par exemple l’œuvre La pièce rose, de l’artiste Chloé Surprenant, réalisée en collaboration avec des membres de Stella. Présentée à la Maison de la culture Frontenac (aujourd’hui Maison de la culture Janine-Sutto) en 2017 et 2018 dans le cadre de l’exposition Témoigner pour Agir, l’installation artistique montrait comment Stella utilise le récit collectif comme stratégie de changement social et culturel, en éclairant la belle complexité et la diversité des vies des travailleuses du sexe. L’art est un moyen privilégié par Stella pour partager les réalités des femmes.
Le Terrain de jeu présentait également le balado Nous sommes toujours là, réalisé par Alex Tigchelaar. À travers les souvenirs de travailleuses du sexe ayant exercé à différentes époques, des années 1970 aux années 2000, ce projet invitait le public à parcourir des lieux marquants pour elles. En faisant dialoguer mémoire, expérience vécue et espace urbain, il prolongeait l’une des idées centrales de l’exposition : les travailleuses du sexe ont toujours fait partie de l’histoire de Montréal et continuent d’y laisser leur empreinte.
Mieux comprendre les enjeux et ouvrir le dialogue
Cabaret La Perle

Grâce à la programmation, il a notamment été possible de revenir sur l’histoire des luttes menées par les travailleuses du sexe. Une table ronde consacrée à l’histoire de la résistance des travailleuses du sexe à Montréal a réuni historiennes, chercheuses et organisatrices communautaires afin de mieux comprendre les continuités entre les mobilisations passées et actuelles.
D’autres activités ont mis en lumière l’importance des mouvements sociaux et des approches conçues par les communautés concernées. Des rencontres sur la mobilisation communautaire durant la crise du VIH et sur les démarches « par et pour » ont permis de réfléchir aux stratégies de solidarité et de défense des droits élaborées par différents groupes marginalisés.
La programmation a également fait place à la célébration communautaire. Le cabaret La Perle, réalisé par Stella et présenté dans le cadre de son 30e anniversaire, a réuni des artistes de la communauté autour de la chanson, de la danse, de la comédie et du cinéma dans une soirée rendant hommage aux travailleuses du sexe du Red Light de Montréal et d’ailleurs.
Enfin, une activité consacrée à l’archivage communautaire a ouvert la réflexion sur la nécessité de préserver les histoires collectives et les mémoires des communautés marginalisées afin d’en assurer la transmission. Elle rappelait aussi que recueillir, conserver et diffuser ces récits constitue une façon de résister à leur effacement et de revendiquer une place dans l’histoire.
Des retombées durables
Par et pour exposition

« Comme beaucoup, on est souvent dans le jugement. Ravie de découvrir cette exposition qui permet de démystifier ce métier. » — Une visiteuse
« Très vivant et [intéressant] aspect humain. Cela fait plaisir de voir cette solidarité et l’importance du vivre-ensemble. On capte bien une certaine âme de Montréal. » — Une visiteuse
Présentée du 21 octobre 2025 au 15 mars 2026, l’exposition a permis à plus de 16 000 personnes d’entrer en contact avec l’histoire des luttes menées par et pour les travailleuses du sexe à Montréal. La programmation culturelle associée a joint plusieurs centaines de participantes et participants.
Pour Stella, l’amie de Maimie, le projet a constitué une occasion importante de faire connaître son histoire, sa mission et les réalités vécues par les travailleuses du sexe à un public élargi. La présentation de l’exposition au MEM a offert une reconnaissance publique considérable à des récits et à des expériences trop souvent invisibilisés. Stella le raconte en ces mots : « La possibilité de raconter les histoires des travailleuses du sexe dans un lieu construit sur l’espace physique qu’elles occupaient autrefois a permis de faire revivre les vies et les histoires de ces femmes, afin de les partager avec le monde entier. Ce fut un moment fort et significatif. »
L’exposition a également favorisé une meilleure compréhension des enjeux liés à la stigmatisation, aux droits de la personne et à l’organisation communautaire. Les témoignages recueillis montrent que plusieurs visiteurs et visiteuses ont été touchés par la richesse des archives présentées, la diversité des parcours mis en lumière et la dimension profondément humaine du projet.
Pour le MEM, le projet a confirmé la pertinence du Kiosque et du Terrain de jeu comme espaces permettant d’aborder des réalités complexes tout en favorisant le dialogue, l’écoute et la rencontre. Au-delà de sa présentation au musée, l’exposition Par et pour contribue à inscrire l’histoire des travailleuses du sexe dans la mémoire collective montréalaise. Présentée au cœur d’un secteur où elles ont longtemps vécu et travaillé avant d’en être progressivement exclues, Par et pour réinvestissait symboliquement ce territoire en y réintroduisant leurs histoires, leurs récits et leur patrimoine. En donnant une place à cette parole in situ, l’exposition participait à la réappropriation d’un patrimoine souvent oublié et à la reconnaissance de celles qui ont contribué à façonner l’histoire de ce quartier.
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Couverture médiatique
BACHRACH, Ella. « Strong, vibrant—and unjustly criminalized », The Tribune, novembre 2025.
BANTI, Lisa. « Sex Workers’ Rights and Resistance », The McGill Daily, 26 novembre 2025.
LOWRIE, Morgan, La Presse canadienne. « Une exposition montréalaise sur le militantisme des travailleuses du sexe », Le Reflet du Lac, 1er décembre 2025.
LOWRIE, Morgan, La Presse canadienne. « Montreal museum spotlights sex workers history of activism and resistance », CBC News, 1er décembre 2025.
MARIC, Boshko. « Stella l’amie de Maimie celebrates 30 years + exhibit », CBC Radio (Let’s Go), 28 octobre 2025.
SHERMAN, Breanna. « By and For: Exhibit Traces History of Sex Worker Resistance », The Rover, 19 novembre 2025.
Par et pour exposition

Son nom rend hommage tout d'abord à Maimie Pinzer, qui a exercé de nombreux métiers, dont la prostitution* à Montréal, et y a fondé en 1915 une maison communautaire pour les travailleuses du sexe. Puis à Stella Phillips, une des femmes qui ont souvent été accueillies dans cette maison. Dans ses lettres publiées en 1977, Maimie parlait d’elle avec une profonde affection.
*Stella utilise les termes travailleuse du sexe et travail du sexe, qui ont été élaborés dans les années 1970, pour souligner la notion de travail (c’est-à-dire que l’échange de services sexuels pour de l’argent est une activité génératrice de revenus). Avant cela, prostituée et prostitution étaient les termes courants socialement et légalement. Stella a décidé d’utiliser des mots différents pour refléter les époques et histoires présentées dans l’exposition.



