Kiosque 8 — Lueur d’espoir? L’Institut du radium de Montréal contre le cancer
Une exposition réalisée par l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve avec l’accompagnement du MEM, présentée dans le Kiosque du 31 mars au 26 juillet 2026.
Lueur d'espoir - inauguration

Quand l’histoire médicale devient une tragédie grecque
Présentée dans le Kiosque du MEM du 31 mars au 26 juillet 2026, l’exposition Lueur d’espoir? L’Institut du radium de Montréal contre le cancer a permis de faire découvrir au grand public un pan essentiel du patrimoine médical montréalais. L’exposition visait à aller au-delà du récit traditionnel en dévoilant la complexité de cette institution et la diversité des acteurs et actrices qui ont contribué à son évolution.Afin de rendre cette histoire institutionnelle et scientifique plus accessible, l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et le MEM ont choisi de s’éloigner d’une approche muséale strictement chronologique. Le défi était de trouver comment transformer une histoire médicale, scientifique et institutionnelle en une exposition capable de surprendre et d’émouvoir le public. Inspirée des codes de la tragédie grecque, l’exposition était structurée en trois actes et ponctuée de prises de parole du « chœur », incarné par le radium lui-même, ainsi que de dialogues librement reconstitués à partir des archives. Cette approche narrative originale a permis d’ouvrir un dialogue sur l’évolution des soins de santé et des pratiques médicales tout en offrant une expérience de visite plus immersive et vivante.
Du virtuel au concret
L’exposition Lueur d’espoir? est une nouvelle mouture de l’exposition virtuelle Aux origines de l’oncologie canadienne : l’Institut du radium de Montréal, réalisée par l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et mise en ligne en 2024 dans le cadre des « Histoires de chez nous » de Musées numériques Canada.L’exposition numérique propose une exploration de l’histoire de l’Institut du radium à travers une riche collection de documents d’archives, de photographies inédites, d’archives lues par des comédiens et comédiennes et d’un témoignage de patient. Elle met en lumière des récits souvent oubliés, notamment le rôle des femmes dans les soins et la recherche, ainsi que les défis sociaux et scientifiques entourant la lutte contre le cancer.
C’est ce projet virtuel que l’Atelier d’histoire a soumis au comité de programmation citoyenne et communautaire du MEM, qui l’a retenu lors de sa rencontre du 12 juin 2025 pour s’insérer dans la programmation 2026 du Kiosque. Selon le comité, choisir ce projet était une belle façon de laisser la parole et la place à une société d’histoire pour la première fois depuis l’ouverture du MEM. De plus, 2026 marquait le 100e anniversaire de l’installation de l’Institut du radium dans l’édifice qui abrite aujourd’hui la bibliothèque Maisonneuve.
Une collaboration sous le signe de l’humour et de la créativité
Lueur d'espoir - maquette

Dans son bilan, Olivier Dufresne, directeur de l’Atelier, souligne que la collaboration a rendu possible l’exploration de pistes qui n’auraient peut-être pas été envisagées autrement : « Nos échanges avec l’équipe nous ont amenés à retourner dans nos recherches, à faire de nouveaux choix et à réfléchir collectivement à la meilleure façon de raconter cette histoire. »
La firme de graphisme maubau a su traduire cette idée en un concept graphique cohérent et évocateur, dans un parcours plus formel que ce que l’on trouve habituellement dans les expositions du Kiosque. Elle a entre autres proposé l’astucieuse idée d’utiliser les côtés des modules pour indiquer, grâce à des bandes aimantées, dans quelle partie de l’histoire le visiteur ou la visiteuse se trouve : prologue, acte 1, acte 2, entracte, acte 3, exodos et morale.
Alors que l’exposition virtuelle reposait essentiellement sur des archives et des documents historiques, l’exposition dans le Kiosque a aussi été l’occasion pour l’Atelier d’histoire d’utiliser des artéfacts venus du Canadian Museum of Health Care, de Kingston en Ontario. Ce Musée a accepté avec générosité de prêter plusieurs objets liés à l’histoire du traitement du cancer au radium. Pour l’Atelier, « voir ces objets réunis avec nos recherches dans l’espace du Kiosque donnait soudainement une dimension très concrète à une histoire sur laquelle nous travaillions depuis plusieurs années ». Le Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal a aussi prêté un ouvrage qui a pu être présenté en vitrine.
Une tragédie grecque au cœur du Kiosque
Lueur d'espoir - exposition

« En 1922, l’annonce de la création de l’Institut du radium de Montréal suscite un vif enthousiasme. Premier centre de recherche universitaire de l’histoire du Québec, il symbolise l’entrée de la province dans la grande marche du progrès scientifique occidental. Le radium est alors perçu comme l’une de ces découvertes appelées à révolutionner le monde de demain. En médecine, on rêve qu’il permette enfin de mettre au point un traitement efficace contre la terrible maladie qu’est le cancer. Malheureusement, le destin de l’Institut ne sera pas à la hauteur de ces promesses initiales et, en 1967, il disparaîtra sans attirer l’attention.
Afin de rendre cette histoire vivante, nous avons choisi de la raconter en empruntant les codes de la tragédie. L’exposition est ainsi structurée en trois actes. Un chœur commente le récit et guide le visiteur vers la suite. Des dialogues, imaginés, mais composés à partir d’archives, viennent ponctuer l’ensemble.
Plutôt que de laisser croire que la fin de l’Institut était écrite d’avance, l’angle de la tragédie invite à ressentir la tension qui traverse son histoire, entre l’élan de l’espoir et le poids des obstacles. Il redonne une présence sensible à celles et ceux qui l’ont porté, à leurs ambitions et à leurs conflits. Plus fondamentalement, ce choix cherche à rappeler que la science ne progresse jamais seule. Elle naît, avance ou s’essouffle au rythme d’un milieu social, d’une culture, de rapports de pouvoir et de valeurs collectives qui la soutiennent ou la freinent. »
Une programmation culturelle pour faire vivre l’exposition
Lueur d'espoir - activité archives

La programmation a également permis de revisiter l’histoire de l’Institut du radium sous différents angles grâce à des visites guidées de l’exposition et de l’ancienne demeure de l’institution, aujourd’hui la bibliothèque Maisonneuve, à une conférence de l’historien des sciences Yves Gingras ainsi qu’à une activité de découverte d’archives présentée en collaboration avec l’Université de Montréal.
Enfin, le projet a trouvé des prolongements inattendus dans d’autres formes de création et de médiation. L’œuvre participative IRRADIUM : archéologie des mémoires, réalisée par l’artiste Arthur Guillarme, ainsi qu’un atelier de création numérique destiné aux adolescents ont fait dialoguer histoire, patrimoine et pratiques contemporaines, démontrant que le récit de l’Institut du radium continue d’inspirer de nouvelles façons de raconter et de transmettre le passé.
Des retombées durables
Lueur d'espoir - artéfacts

Parmi les aspects les plus appréciés figuraient la découverte d’une histoire montréalaise méconnue, les photographies et archives d’époque, la présence d’objets médicaux ainsi que la mise en récit inspirée de l’expression théâtrale et de la tragédie grecque. Plusieurs commentaires recueillis dans le sondage soulignent effectivement l’originalité de la forme narrative choisie, preuve que le pari de rendre accessible une histoire scientifique complexe par le recours aux codes de la tragédie a trouvé écho auprès du public.
Pour l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, la participation au Kiosque a permis d’insuffler une nouvelle vie à plusieurs années de recherche. Le passage d’une exposition numérique à une exposition physique a favorisé une réappropriation du sujet, tout en ouvrant la porte à l’exploration de nouvelles pistes demeurées en marge du projet original. Il a également été l’occasion de matérialiser ce travail par l’intégration d’artéfacts.
L’exposition a connu un rayonnement au-delà du Kiosque grâce à la réalisation en parallèle de l’exposition 100 ans de l’Institut du radium à Maisonneuve à la bibliothèque Maisonneuve du 16 février au 31 mai 2026. Le public pouvait visiter le bâtiment ayant accueilli l’Institut pendant plus de 40 ans et découvrir par le fait même le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Pour l’Atelier d’histoire, cette circulation du contenu entre le MEM et le quartier où s’est déroulée cette histoire illustre le potentiel de ce type de collaboration pour ancrer les recherches historiques dans le territoire et auprès des communautés locales.
Le projet laisse également un héritage durable pour l’Atelier. Les recherches complémentaires réalisées, les nouveaux contenus développés et les expériences acquises en matière d’écriture d’exposition et de médiation muséale nourriront de futures actions.
« Le Kiosque n’a donc pas seulement été l’aboutissement d’une recherche commencée plusieurs années auparavant : il est aussi devenu un point de départ pour de nouvelles façons de raconter et de diffuser cette histoire. » — Olivier Dufresne, directeur de l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve
Lueur d'espoir - inauguration

Fondé en 1978, l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve œuvre depuis bientôt 50 ans à la protection, la mise en valeur et la transmission de l’histoire et du patrimoine des quartiers de cet arrondissement de Montréal. L’Atelier offre des conférences, des visites guidées, produit un balado et publie ses recherches en ligne. Ses travaux reposent sur des analyses sérieuses, bien documentées, de même que sur l’échange de connaissances et d’idées avec les citoyennes et citoyens, les passionnées et passionnés, les spécialistes d’histoire.



