Destination patrimoniale : Ancien village de Sault-au-Récollet

La destination patrimoniale de l'ancien village de Sault-au-Récollet correspond au noyau villageois situé le long du boulevard Gouin, entre l’avenue Saint-Charles et la limite avec Montréal-Nord. Elle inclut également l’île de la Visitation.

Le site de l’ancien village de Sault-au-Récollet possède de remarquables éléments paysagers, archéologiques et architecturaux témoignant de l’évolution du village et de ses environs depuis le 17e siècle. Sault-au-Récollet est l’un des secteurs les plus anciens de l’île de Montréal et la première agglomération à s’être développée en bordure de la rivière des Prairies. Le site regroupe la plus importante concentration de bâtiments anciens du nord de Montréal, pour la plupart implantés le long du parcours sinueux du boulevard Gouin. Il comprend l’église de la Visitation, des vestiges de la digue des moulins, de nombreuses maisons rurales et villageoises datant de la seconde moitié du 18e siècle et du 19e siècle, de même que des résidences d’été du début du 20e siècle. De plus, le long des berges de la rivière des Prairies, le parc régional de l’Île-de-la-Visitation offre un contact exceptionnel avec l’eau et une vue sur le barrage de Rivière-des-Prairies.

Des rapides chargés d’histoire

Il y a environ 4 000 ans, le site de l’ancien village de Sault-au-Récollet aurait été fréquenté par des groupes amérindiens pour le portage et la pêche abondante dus à la présence des rapides. Beaucoup plus tard, au début du 17e siècle, la rivière des Prairies est empruntée par des missionnaires français pour se rendre à l’Outaouais. Le toponyme rappelle la mort du missionnaire récollet, le père Nicolas Viel, en compagnie du jeune Français vivant à l’amérindienne et connu sous le nom d’Ahuntsic. À cette époque, les guerres franco-iroquoises amènent les sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, à ériger plusieurs forts. Dans la partie nord de l’île, le fort Lorette est construit vers 1696 à proximité de l’embouchure de la petite rivière du Portage, près d’un sentier utilisé par les Amérindiens pour éviter les rapides. Quelques années après, les sulpiciens y déménagent leur mission destinée à l’évangélisation des Amérindiens, auparavant installée au fort de la Montagne. La mission du fort Lorette, entourée d’un mur de pieux, abrite une chapelle, un magasin de munitions, des maisons de fermiers et de missionnaires et un bâtiment occupé par les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. À ce jour, les vestiges du fort Lorette n’ont pas encore été découverts, mais des documents historiques et une étude récente laissent supposer qu’ils se trouveraient à l’ouest de l’église actuelle.

Plan de la paroisse de Sault-au-Récollet, 1876 Agrandir Plan de la paroisse de Sault-au-Récollet, 1876
Source : Louis-Wilfrid Sicotte, Plans officiels des comtés d’Hochelaga et de Jacques-Cartier (détail), BAnQ, G 1142 M65G46 S53 1876 CA

Les sulpiciens concèdent les premières terres à des colons sur la côte du Sault à la fin du 17e siècle, mais c’est surtout une fois la mission amérindienne déplacée à Oka, en 1721, que le territoire est de plus en plus occupé. La côte du Sault est divisée en longues bandes de terres, chacune faisant face à la rivière des Prairies. Les colons défrichent et cultivent la terre et se bâtissent une maison de ferme et des dépendances en bordure du chemin de côte, ouvert le long de la rivière. En 1726, les sulpiciens aménagent une digue entre l’île de Montréal et l’île de la Visitation, sur le site des rapides du Sault. Ils tirent profit de l’énergie hydraulique en y implantant des moulins servant à moudre le grain et à scier le bois. Des moulins à carder la laine et à fabriquer des clous sont ajoutés plus tard. La digue et les moulins forment alors l’un des plus importants complexes proto-industriels du Canada, dont les vestiges sont aujourd’hui mis en valeur.

Un village et ses artisans

Couvent du Sacré-Cœur, Sault-au-Récollet, 1860 Agrandir Couvent du Sacré-Cœur, Sault-au-Récollet, 1860
Source : Alexander Henderson, Musée McCord, Montréal, MP-0000.920.6

Le peuplement des campagnes environnantes entraîne la constitution de la paroisse de Sault-au-Récollet en 1736. La chapelle du fort Lorette sert de lieu de culte jusqu’à la construction de l’église de la Visitation en 1751, la plus ancienne de l’île de Montréal toujours debout. Vers 1798, les sulpiciens lotissent une partie de leur domaine pour le développement du village de Sault-au-Récollet autour du fort Lorette et de la digue des moulins. Des lots sont aussi accordés sur l’île de la Visitation. Le chemin du Bord-de-l’Eau devient l’axe principal de peuplement du village et sur ses abords apparaissent, parmi les maisons de ferme, des maisons villageoises et des résidences de notables.Des activités artisanales prennent place dans le village, dont le pressoir à cidre de Didier Joubert et un atelier de poterie. En 1851, l’église de la Visitation est agrandie, tandis que des institutions religieuses s’installent à l’ouest du village, notamment les religieuses du Sacré-Cœur qui y font ériger un couvent devenu l’école Sophie-Barat.

 

Découpage de la glace sur le fleuve Saint-Laurent, vers 1870 Agrandir Découpage de la glace sur le fleuve Saint-Laurent, vers 1870
Source : Alexander Henderson, Musée McCord, Montréal, MP-0000.1468.38

Les habitants de Sault-au-Récollet tirent profit de la proximité avec la rivière des Prairies même durant l’hiver. De gros blocs de glace sont découpés de la rivière puis entreposés dans une imposante glacière en bois sur l’île de la Visitation. Les murs épais remplis de sciure de bois permettent de conserver la glace jusqu’à la fin de l’été. Livrés à domicile par les marchands de glace, les blocs serviront à la préservation des aliments jusqu’à l’arrivée des réfrigérateurs. Ce commerce est suffisamment important pour que le marchand de glace soit le deuxième plus grand employeur de Sault-au-Récollet, après les moulins.

L’urbanisation et la fin de la rivière des Prairies comme voie de circulation

Barrage hydroélectrique de la rivière des Prairies en construction, vers 1927 Agrandir Barrage hydroélectrique de la rivière des Prairies en construction, vers 1927
Source : Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ E21, S110, SS1, SSS1, PK100-13

En 1895, l’arrivée du tramway reliant le centre-ville de Montréal au village de Sault-au-Récollet facilite le développement urbain du territoire. Le nouveau moyen de transport transforme cet espace rural en lieu de villégiature en permettant aux Montréalais de s’évader à la campagne et de profiter de la rivière des Prairies. De grandes résidences d’été sont construites le long du chemin du Bord-de-l’Eau, renommé boulevard Gouin en 1910. Constitué en municipalité de village la même année, Sault-au-Récollet acquiert le statut de ville en 1914, puis est annexé à la ville de Montréal en 1916, ce qui accélère l’urbanisation du territoire.

La rivière des Prairies en subit les effets. L’érection du complexe hydroélectrique de la Rivière-des-Prairies en 1929, entre l’île du Cheval de Terre, l’île de la Visitation et l’île Jésus, modifie profondément le paysage. Les rapides du Sault, l’île au Sergent, l’île au Hibou et une partie des berges de l’île de la Visitation disparaissent et la rivière des Prairies cesse d’être empruntée comme voie de circulation.

À partir de 1950, les dernières terres agricoles sont loties pour faire place à des résidences et, en 1959, l’emprise de la voie de tramway est utilisée pour l’ouverture du boulevard Henri-Bourassa. Les moulins cessent leurs activités en 1960. À l’ouest, la construction du pont Papineau-Leblanc en 1969 modifie aussi le paysage de façon importante et sépare l’église paroissiale de son village.

En 1983, une partie de l’île de la Visitation et des berges de l’île de Montréal ainsi que le site de la digue des moulins sont aménagés pour former le parc régional de l’Île-de-la-Visitation, préservant ainsi des vestiges anciens et le cadre naturel du secteur.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991, 393 p.

DAGENAIS, Michèle. Montréal et l’eau : une histoire environnementale. Montréal, Boréal, 2011, 306 p.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 1992, 613 p.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais. Montréal, Éditions du Méridien, 1994 (1974), 515 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

Documents électroniques et sites Web

CITÉ HISTORIA. Cité Historia, Musée d’histoire du Sault-au-Récollet [En ligne].

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].

GOUVERNEMENT DU CANADA. Musée virtuel du Canada. « Exposition virtuelle. Cité Historia : Musée d’histoire du Sault-au-Récollet » [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement d'Ahuntsic—Cartierville, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 59 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].