Destination patrimoniale : Parc régional de la Pointe-aux-Prairies

La destination patrimoniale du parc régional de la Pointe-aux-Prairies est située au carrefour de la rivière des Prairies et du fleuve Saint-Laurent, à la pointe est de l’île de Montréal.

Ce secteur, qui a d’abord une vocation défensive avant de développer une vocation agricole, a été le témoin de la bataille de la coulée Grou et de la construction de plusieurs forts, dont les vestiges pourraient éventuellement être mis au jour par les archéologues. Occupée par les colons dès la fin du XVIIe siècle, la pointe est de l’île conserve longtemps un aspect rural. De grands espaces verts préservent aujourd’hui ce caractère, dont le parc régional de la Pointe-aux-Prairies et la réserve naturelle de l’Île Bonfoin. Plusieurs anciennes maisons de ferme en bordure du boulevard Gouin témoignent de la colonisation du territoire et de son passé agricole.

Des ruisseaux d’intérêt patrimonial

Fouilles archéologiques à Rivière-des-Prairies, 2010 Agrandir Fouilles archéologiques à Rivière-des-Prairies, 2010
Source : Ville de Montréal

Parmi les nombreux cours d’eau qui serpentaient dans l’est de l’île, la coulée Grou, autrefois une section du ruisseau Desroches, subsiste toujours. Avant l’arrivée des colons, la pointe est de l’île est fréquentée par des groupes amérindiens. Des fouilles archéologiques à Rivière-des-Prairies ont mené à la découverte d’éclats de pierre taillée de la période préhistorique, attestant cette occupation ancienne. Les berges et les îles environnantes de ce secteur, dont les îles Bourdons, Haynes et Bonfoin, présentent aussi un important potentiel archéologique.

Au XVIIe siècle, la pointe est de l’île se voit attribuer une fonction défensive cruciale. En 1671, quelque temps après la fondation de Ville-Marie (1642), les sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, constituent des fiefs, dont deux contigus sur les bords de la rivière des Prairies.

Pointe est de l’île de Montréal, 1744 Agrandir Pointe est de l’île de Montréal, 1744
Source : Jacques Nicholas Bellin, Carte de lisle de Montréal et de ses environs (détail), BAnQ, G 3452 M65 1744 B4 CAR

Dans le but de mieux défendre le secteur, ils concèdent également des terres à des colons pouvant se faire soldats au besoin. L’un des premiers colons à s’y établir, Jean Grou, laisse son nom à la section du ruisseau Desroches qui traverse sa terre. Plusieurs forts sont érigés afin de protéger l’île contre la menace iroquoise, notamment le fort Desroches (1691) sur la terre de Jean Desroches, possiblement près d’une embouchure du ruisseau qui porte son nom. D’après les documents d’archives, le fort en bois est démoli avant 1781 et aucune trace n’en a été trouvée à ce jour, quoique des vestiges puissent être préservés en sous-sol.

Peu après une violente attaque iroquoise à Lachine (1689), une escarmouche se produit (1690) sur la terre de Jean Grou. Près de cinquante personnes y laissent leur vie, dont dix colons français enterrés sur place. Une plaque commémorative est installée près de la coulée Grou en leur mémoire. Ce secteur possède donc un grand potentiel archéologique, tant pour l’occupation amérindienne que pour les sépultures liées à la bataille de 1690.

Un secteur préservé

Construction du pont ferroviaire du Bout-de-l’Île, vers 1900 Agrandir Construction du pont ferroviaire du Bout-de-l’Île, vers 1900
Source : N. M. Hinshelwood,Musée McCord, Montréal, MP-1985.31.136

La plupart des terres de la pointe est de l’île sont concédées par les sulpiciens avant la fin du XVIIe siècle. Chaque longue bande de terre à défricher a front sur la rivière des Prairies, son fond rejoignant celui des terres qui font face au fleuve Saint-Laurent. Les colons bâtissent leur maison face à la rivière et conservent habituellement le fond de leur terre comme boisé. Dans ce secteur, l’agriculture reste pratiquée jusqu’à l’urbanisation progressive du territoire durant la seconde moitié du XXe siècle. La construction de la voie ferrée et du pont ferroviaire du CN en 1904, puis l’ouverture de l’autoroute 40 en 1969, modifient substantiellement le paysage. Plusieurs maisons de ferme érigées en bordure du chemin ancien subsistent toujours, dont celles des familles Armand et Bleau.



Photographie aérienne de la pointe est de l’île de Montréal, 1947 Agrandir Photographie aérienne de la pointe est de l’île de Montréal, 1947
Source : Archives de la Ville de Montréal, VM97-15-83_1947-49

Entre 1970 et 1992, la Communauté urbaine de Montréal acquiert plusieurs grands espaces non développés afin de créer un réseau de parcs régionaux. Le site du parc régional de la Pointe-aux-Prairies est acquis dans les années 1980. Composé de zones marécageuses et de parties d’anciennes terres agricoles, dont certains boisés, le parc comprend également une maison de ferme construite entre 1851 et 1861. Une portion de la coulée Grou est intégrée au parc.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991, 393 p.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais. Montréal, Éditions du Méridien, 1994 (1974), 515 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

Documents électroniques et sites Web

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles—Montréal-Est, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 59 p. [En ligne].