Territoire riverain : Rivière-des-Prairies

Le territoire riverain de Rivière-des-Prairies, limité à l’ouest par Montréal-Nord et à l’est par la pointe de l’île de Montréal, se concentre autour du boulevard Gouin Est, qui est le chemin ancien longeant la rivière.

Vaste territoire d’abord à vocation défensive, puis agricole jusqu’à la seconde moitié du 20e siècle, il compte aujourd’hui de nombreux parcs riverains offrant des vues et un contact exceptionnel avec la rivière des Prairies et les nombreuses îles qui s’y trouvent. Son important potentiel archéologique préhistorique repose sur sa localisation au confluent de trois axes majeurs de communication — la rivière des Prairies, la rivière des Mille-Îles et le fleuve Saint-Laurent — mais également sur la présence de plusieurs îles et ruisseaux. En effet, les rives et les îles de la région de Montréal sont des lieux d’établissement privilégiés par les Amérindiens en raison de l’importance de la pêche et des cours d’eau comme voies de transport. La pointe est de l’île possède aussi un important potentiel archéologique pour la période suivant la colonisation du territoire par les Européens. Les vestiges d’un moulin à vent et du fort Desroches, indiqués sur les cartes anciennes, pourraient éventuellement être mis au jour par les archéologues. La faible perturbation du sol due à l’existence de grands parcs et à l’utilisation du territoire à des fins agricoles jusqu’à la fin du 20e siècle contribue à la préservation des vestiges sous terre. Cette concentration d’attraits patrimoniaux et archéologiques forme la destination patrimoniale du parc régional de la Pointe-aux-Prairies. Au centre du territoire, entre la 68e et la 71e Avenue, le cœur de l’ancien village de Rivière-des-Prairies, composé de l’église Saint-Joseph de Rivière-des-Prairies, du presbytère et de maisons anciennes, a une valeur patrimoniale hors du commun.

Voué à la défense de l’île

Plan de la paroisse de Rivière-des-Prairies, 1879 Agrandir Plan de la paroisse de Rivière-des-Prairies, 1879
Source : Henry W. Hopkins, Atlas of the City and Island of Montreal, planche 107,(détail), BAnQ, G 1144 M65 G475 H6 1879 CAR

Le premier Européen à emprunter la rivière des Prairies, en 1610, aurait été le sieur des Prairies, compagnon de Samuel de Champlain. Certains croient que ce cours d’eau aurait été nommé en son honneur. Le 24 juin 1615, la première messe dans l’île de Montréal aurait été célébrée sur le territoire de Rivière-des-Prairies en présence de Champlain. Le territoire demeure ensuite inoccupé (par les Européens) jusqu’à la fin du 17e siècle.

Les sulpiciens deviennent seigneurs de l’île de Montréal en 1663, soit plus de vingt ans après la fondation de Ville-Marie sur la pointe à Callière. Afin de mettre un terme aux attaques iroquoises et de protéger la nouvelle colonie, ils créent des avant-postes défensifs sur tout le pourtour de l’île. En 1671, les sulpiciens concèdent deux fiefs dans l’est de l’île : l’un à Philippe de Carrion et l’autre à Paul de Morel. Les côtes Sainte-Dominique et de la Rivière-des-Prairies sont constituées aux abords de ces fiefs, et des terres à défricher sont concédées à des colons. Afin de renforcer l’importante fonction défensive de l’est de l’île, les sulpiciens font aussi construire une redoute en 1691, le fort Desroches.

Une paroisse agricole isolée de la ville

Église Saint-Joseph de Rivière-des-Prairies vue de l’arrière, vers 1965 Agrandir Église Saint-Joseph de Rivière-des-Prairies vue de l’arrière, vers 1965
Source : Dossiers de recherche, Ville de Montréal

La paroisse de Rivière-des-Prairies, inaugurée en 1687, est l’une des premières paroisses rurales de l’île de Montréal. La même année, une église en bois est érigée afin de desservir les colons installés dans le secteur. Elle est remplacée par une église de pierre en 1711. Un peu plus à l’ouest, un moulin à vent est bâti en 1681 sur une petite pointe de terre au bout de la montée de Rivière-des-Prairies (devenue le boulevard de la Rivière-des-Prairies). Ses vestiges seraient vraisemblablement situés dans le petit parc du Moulin-du-Rapide.

En 1701, la signature de la Grande Paix met un terme à la menace iroquoise, ce qui favorise le développement de la colonie. Des maisons de ferme apparaissent en bordure de la rivière des Prairies, dont la maison Christin dit Saint-Amour, vers 1732, la plus ancienne de ce secteur encore debout.

Au cours des 18e et 19e siècles, un petit noyau villageois émerge tranquillement le long du chemin public, l’actuel boulevard Gouin. Centré sur l’église paroissiale, il est constitué en 1781 de sept maisons. Il reste aujourd’hui de rares exemples de maison villageoise des débuts du village, dont la maison Trefflé-Couvrette.

Durant la première moitié du 20e siècle, les berges de Rivière-des-Prairies et son cadre champêtre attirent les villégiateurs. Quelques chalets et des villas sont construits le long du boulevard Gouin ou des rues parallèles ouvertes à cette fin.

De terres agricoles à parcs riverains

Champ de maïs à Rivière-des-Prairies, 1945 Agrandir Champ de maïs à Rivière-des-Prairies, 1945
Source : François Fleury, BAnQ, E6, S7, SS1, P27356

En raison principalement de son éloignement des grands axes de transport, le développement de Rivière-des-Prairies se fait très lentement et le paysage demeure agricole jusqu’aux années 1960. Son annexion à la Ville de Montréal en 1963 accélère son urbanisation. Les dernières terres agricoles sont alors loties pour faire place à des maisons. L’incendie de l’hôtel de ville de Rivière-des-Prairies, vers 1956, puis celui de l’école Saint-Joseph en 1979, amènent la création du parc Saint-Joseph, tout juste à l’ouest de l’église paroissiale. Au fil de l’urbanisation, plusieurs autres parcs aux noms évocateurs sont aménagés sur le territoire, dont les parcs du Ruisseau-De Montigny, du Chevalier-Cuivré, André-Corbeil-dit-Tranchemontagne et du Cheval-Blanc ou Moulin-du-Rapide, tous offrant un contact privilégié avec la rivière des Prairies.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991, 393 p.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais. Montréal, Éditions du Méridien, 1994 (1974), 515 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

TREMBLAY, Robert. Les Iroquoiens du Saint-Laurent : peuple du maïs. Montréal, Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, Éditions de l’Homme, 2006, 139 p.

Documents électroniques et sites Web

MINISTÈRE DE LA CULTURE, DES COMMUNICATIONS. Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles—Montréal-Est, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 59 p. [En ligne].