Territoire riverain : Ahuntsic-Cartierville et Montréal-Nord

Le territoire riverain d’Ahuntsic-Cartierville et de Montréal-Nord est situé au nord de l’île de Montréal. Délimité par l’autoroute 13 à l’ouest et par l’hôpital de Rivière-des-Prairies à l’est, il longe le boulevard Gouin et inclut également l’Île-de-la-Visitation.

Ce territoire porte les traces de son utilisation agricole passée, notamment par la présence de plusieurs anciennes maisons de ferme en pierre. On y trouve aussi des villas d’été et des bâtiments institutionnels témoignant de l’attraction qu’exerce la rivière des Prairies par ses qualités champêtres et comme lieu de quiétude et de repos. De plus, ce territoire a la plus grande concentration de ponts de l’île de Montréal, ce qui confirme son rôle historique de zone de transit. Des regroupements de maisons villageoises au pied des ponts ont donné naissance aux anciens villages de Cartierville, d’Ahuntsic et de Sault-au-Récollet. La destination patrimoniale de l'ancien village de Sault-au-Récollet, dans l’une des plus anciennes paroisses de l’île de Montréal, possède quantité d’attraits patrimoniaux. Dans l’ensemble du territoire, de nombreux parcs riverains, tels que le parc de l’Île-de-la-Visitation et le parc du Bois-de-Liesse, permettent un contact privilégié avec la rivière des Prairies.

De mission en villages

Plus de vingt ans après la fondation de Montréal par Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance en 1642, les sulpiciens deviennent seigneurs de l’île de Montréal. Ils déménageront leur mission amérindienne de leur domaine du fort de la Montagne au fort Lorette, construit vers 1696 à l’emplacement du futur noyau villageois de Sault-au-Récollet.

Les premières terres dans ce secteur sont concédées par les sulpiciens à la fin du XVIIe siècle, mais c’est surtout après le déplacement de la mission à Oka, en 1721, que le territoire se développe. Des colons s’installent sur de longues bandes de terres et bâtissent leur maison en bordure de la rivière des Prairies, où un chemin de côte, le chemin du Bord-de-l’Eau, est ouvert depuis l’extrémité est de l’île jusqu’au lieu nommé l’Abord-à-Plouffe (le futur village de Cartierville). Cette route devient l’axe principal de développement. La paroisse de Sault-au-Récollet couvre à cette époque un immense territoire allant approximativement du pont de l’autoroute 25 au parc régional du Bois-de-Liesse. Un village prend naissance autour du fort et de l’église paroissiale, érigée en 1751.

Plan de la paroisse de Sault-au-Récollet en 1834 AgrandirPlan de la paroisse de Sault-au-Récollet en 1834
Source : André Jobin, Carte de l’île de Montréal (détail), BAnQ, G 3452 M65 1834 J63 CAR

À l’ouest de la paroisse de Saul-au-Récollet, sur la côte Saint-Louis, les terres se distinguent du fait que leur devant donne directement sur le chemin de la côte Saint-Louis (plus tard le chemin du Bois-Franc), qui traverse les terres plutôt que de longer la rivière des Prairies. Le défrichement commence au chemin de la côte Saint-Louis, où se trouvent les maisons de ferme et leurs dépendances, tandis que le fond des terres reste boisé. Ce secteur deviendra en 1914 la municipalité de village Saraguay et demeurera longtemps non construit le long de la rivière des Prairies. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que le chemin du Bord-de-l’Eau sera prolongé sur ce territoire.

Les chemins d’eau

Faute de ponts sur la rivière des Prairies, les gens se rendent d’une rive à l’autre à bord d’un bac ou d’une traverse, souvent payants. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le nombre de traverses entre le nord de l’île de Montréal et les paroisses de Saint-Vincent-de-Paul ou de Saint-Martin, sur l’île Jésus, révèle l’importance des liens interrives entre les habitants; plusieurs sont en service simultanément sur la rivière des Prairies et il est impossible de les situer toutes. Notons toutefois qu’un service de traverse est offert de l’Abord-à-Plouffe, à Cartierville, vers l’île Jésus, un autre à l’emplacement de l’actuel pont Viau et un autre encore du bout de la rue L’Archevêque vers la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul. Habituellement, c’est un propriétaire riverain qui fait la demande d’exploitation d’une traverse. Un passeur exerce son métier sur chaque rive et habite près du quai. En échange du permis d’exploitation, le propriétaire riverain doit fournir le terrain, les quais, les canots ou bateaux, engager le personnel requis et installer les câbles nécessaires au fonctionnement des bacs. Les tarifs pour un passage varient; il en coûte plus cher de transporter une voiture ou un cheval qu’une seule personne à pied.

La naissance de villages au pied des ponts

Les traverses se trouvent souvent là où la rivière est plus étroite, des endroits qui serviront plus tard de points de départ de ponts. Comme pour les traverses, les premiers ponts de la rivière des Prairies sont payants et bâtis par des propriétaires riverains qui en font la demande auprès des autorités. La loi oblige toutes les traverses dans un rayon restreint à cesser leurs activités pendant la construction d’un pont. Elles sont progressivement remplacées par des ponts routiers, puis autoroutiers. À la croisée du chemin riverain et du chemin qui donne accès au pont sont construits une barrière, une maison de péage et parfois des hôtels. Ces bâtiments forment des hameaux qui deviendront peu à peu des villages.

Plan du village de Cartierville en 1949 AgrandirPlan du village de Cartierville en 1949
Source : Plan d’utilisation du sol, planche 44-36 (détail), Ville de Montréal

Le village de Cartierville naît au pied du pont de Cartierville (aussi nommé Lachapelle), érigé en bois vers 1836. Plus à l’est, le hameau de Back River (ou Ahuntsic) prend forme à l’angle du chemin du Bord-de-l’Eau et du chemin du Sault (la rue Lajeunesse actuelle) menant au pont Viau (ou Ahuntsic), bâti en bois en 1847. Au cours des années 1880, ces deux ponts sont reconstruits en acier afin de les rendre plus résistants aux glaces. Au début des années 1930, la crise économique incite les autorités à investir dans des infrastructures pour stimuler l’économie et fournir de l’emploi aux nombreux chômeurs. L’essor de l’automobile à cette époque amène la reconstruction des ponts Cartierville et Viau en 1930, tandis que le pont Pie-IX est érigé dans le prolongement du boulevard du même nom. Puis, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, une nouvelle génération de ponts est liée au développement des autoroutes : on voit apparaître les ponts Médéric-Martin (autoroute 15) en 1959, Papineau-Leblanc en 1969, Louis-Bisson (autoroute 13) en 1975 et, plus récemment, le pont de l’autoroute 25 en 2011.

Air pur et villégiature

Groupe d’enfants à l’entrée du parc Belmont, 1948 AgrandirGroupe d’enfants à l’entrée du parc Belmont, 1948
Source : News. Monitor Day. Conrad Poirier, BAnQ, P48, S1, P16838

L’arrivée du tramway en 1895 amène le développement de la villégiature dans le nord de l’île. Les Montréalais peuvent ainsi profiter du cadre champêtre qu’offrent la rivière des Prairies et le paysage, encore agricole en périphérie des noyaux villageois. Les berges attirent aussi de riches familles qui désirent une résidence d’été près du chemin du Bord-de-l’Eau. Un peu plus à l’ouest, le parc d’amusement Belmont, ouvert en 1923 à Cartierville, accueille les Montréalais en grand nombre durant l’été.

À l’ouest du territoire, à Saraguay, la villégiature se développe plus tardivement. À partir de la fin du XIXe siècle, de petits chalets occupent les terrains donnant sur l’eau. Surtout à partir des années 1920, des membres de l’élite économique anglo-montréalaise, dont la famille Ogilvie, font l’acquisition de grandes propriétés pour y établir leur domaine en bordure de l’eau. La maison Mary-Dorothy-Molson, également appelée manoir McDougall, appartient à la famille Molson-MacDougall jusqu’en 1974. Elle fait aujourd’hui partie du parc régional du Bois-de-Saraguay.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et du premier quart du XXe siècle, plusieurs institutions à la recherche de quiétude et d’air pur s’installent en campagne, en bordure de la rivière des Prairies. À Sault-au-Récollet, des communautés religieuses font ériger le noviciat Saint-Joseph (1853, devenu le collège Mont-Saint-Louis), le pensionnat des Dames du Sacré-Cœur (1858) et l’externat Sainte-Sophie (1885). Quant à elle, la prison de Bordeaux est construite en 1906 loin de la ville, près du chemin du Bord-de-l’Eau. Trois importantes institutions de soins de santé s’établissent à Cartierville et Bordeaux : le Sanatorium Prévost en 1919, l’hôpital du Sacré-Cœur en 1924, qui est bâti en bordure de la rivière pour faire profiter d’air pur les patients tuberculeux, puis l’hôpital Notre-Dame-de-la-Merci en 1932, qui prend soin des plus démunis souffrant de maladies de longue durée. Le sanatorium (l’Institut Albert-Prévost depuis 1955) fusionnera avec l’hôpital du Sacré-Cœur en 1973.

Gare du Sault-au-Récollet de la Montreal Park and Island Railway vers 1895 AgrandirGare du Sault-au-Récollet de la Montreal Park and Island Railway vers 1895
Source : Archives de la Ville de Montréal, SHM19, SY, SS4

L’arrivée du tramway permet également l’urbanisation du territoire, d’abord dans sa section est, puis vers l’ouest. Les terres agricoles sont loties pour permettre la construction de maisons et de nouvelles rues sont tracées, alors que des terrains d’anciennes propriétés bourgeoises sont aménagés pour former des parcs, tels que le parc Beauséjour. En 1910, le chemin du Bord-de-l’Eau est renommé boulevard Gouin. Plusieurs municipalités récemment constituées sont annexées à Montréal : Ahuntsic (1910), Bordeaux (1910), Cartierville (1916) et Sault-au-Récollet (1916). En 1915, la portion est du territoire, nommée le Bas-du-Sault, se détache de Sault-au-Récollet pour former la Ville de Montréal-Nord. Après la Seconde Guerre mondiale, l’urbanisation connaît une croissance importante avec le lotissement des dernières grandes propriétés pour faire place à des plex et des bungalows. L’emprise de la voie de tramway est utilisée pour l’ouverture du boulevard Henri-Bourassa, en 1959, et Saraguay est annexé à la Ville de Montréal en 1964.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991, 393 p.

DAGENAIS, Michèle. Montréal et l’eau : une histoire environnementale. Montréal, Boréal, 2011, 306 p.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 1992, 613 p.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais. Montréal, Éditions du Méridien, 1994 (1974), 515 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

Articles

FARIBAULT-BEAUREGARD, Marthe. « Montréal, notre île. Les passages d’eau à la fin du XVIIIe siècle ». Montréal, activités, habitants, quartiers. Montréal, Fides, 1984, pp. 65-80.

Documents électroniques et sites Web

CITÉ HISTORIA. Cité Historia, Musée d’histoire du Sault-au-Récollet [En ligne].

MINISTÈRE DE LA CULTURE, DES COMMUNICATIONS. Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].

GOUVERNEMENT DU CANADA. Musée virtuel du Canada. « Exposition virtuelle. Cité Historia : Musée d’histoire du Sault-au-Récollet » [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement d'Ahuntsic—Cartierville, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 59 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].