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Yolande Méthot. Récit de l’Expo 1967

12 juillet 2017

Prise d’une fièvre tenace, Yolande Méthot a fait 54 visites d’Expo 67! Plus elle y allait, plus elle devait y retourner. Elle a relaté cette belle aventure humaine dans son Récit de l’Expo 1967.

Yolande Méthot et sa sœur

Yolande et sa sœur prennent la pose assises sur le bord d’une fontaine
Collection du Centre d’histoire de Montréal
Yolande Méthot a écrit son Récit de l’Expo 1967 un an après l’ouverture de l’Exposition universelle pour rendre hommage « à la plus grande folie du siècle ». Son récit de 56 pages, écrit « pour prolonger [s]es souvenirs, pour [s]a famille et [s]es amis, et pour [s]’offrir un retour en arrière », a été transmis au Centre d’histoire de Montréal par madame Méthot elle-même et par sa sœur, qui était sa complice lors de ses nombreuses visites d’Expo 67. Ce prêt a eu lieu en 2011, en même temps que le don de trois albums personnalisés. Le récit a été numérisé et rendu à la famille. Vous en trouverez ici des extraits, et vous pouvez consulter la version complète en version PDF au bas du texte. Les trois albums personnalisés font maintenant partie de la collection du Centre d’histoire.

Récit de l’Expo 1967

Récit de l’Expo 1967, page 1

Première page du Récit de l’Expo 1967, écrit à la dactylo par Yolande Méthot
Collection personnelle Yolande Méthot
Expo 67! Mot épelé, chanté, écrit de mille et une façons, lancé à tous les vents, soumis à toutes les sauces, entendu dans la bouche des petits et des grands, gravé en mon cœur comme un talisman de plaisir et de bon temps…

[…]

En dépit de mes 54 visites – d’une durée moyenne de 12 heures chacune –, j’ai parfois l’impression d’en avoir loupé un peu. J’ai bien visité tous les pavillons, et certains… plus d’une fois, mais il y avait tant à voir, à découvrir! C’était facile de passer tout droit, de faire un coin rond, de baisser la tête quand il fallait la relever. D’ailleurs, visiter 62 pays dans ses moments libres, c’était en soi un projet insensé.
Mais depuis 1963, alors que 28 000 000 de tonnes de terre et de roc allaient, au beau milieu du fleuve, devenir les Iles de l’Expo, nous avions pris l’habitude des projets insensés qui se réalisent, des mots-chocs qui ne surprennent plus. Pour 20 $, je pris donc un billet aller-retour, bon pour 54 visites, et je passai le plus merveilleux des étés.

[…]

La bonne humeur comme passeport

Yolande Méthot - 28 avril 1967

Page d'un des albums personnalisés de Yolande Méthot avec deux correspondances de métro, un timbre du Canada, une enveloppe avec le timbre de Monaco, une coupure de revue
Collection du Centre d’histoire de Montréal
Je vous enlève donc pour une randonnée fantastique dans un pays de rêve où les hommes n’étaient plus les hommes… du moins pas les hommes de la rue, les hommes de tous les jours. Ils étaient sur la Terre des Hommes et cela changeait leur personnalité, leur physionomie. Ils étaient des exemples de patience. Ils avaient comme passeport la bonne humeur!

Qui n’a pas expérimenté une de ces longues attentes à la porte d’un pavillon plus couru? Et quand je dis « à la porte », j’exagère un peu. Cette longue file d’attente n’a-t-elle pas rejoint le pavillon voisin plus d’une fois, et en serpentant en plus de cela?

[…]

Pour moi, et pour la majorité, je crois bien, les interminables queues ont présidé à la naissance d’amitiés nouvelles, à des conversations animées et enrichissantes.

J’ai connu ma première file d’attente dès le début de l’Expo. Le jour de l’ouverture, pendant quatre heures, j’ai fait le piquet au pavillon des Nations-Unies. Je n’étais pas la seule! Mais j’en suis ressortie avec le « pli premier-jour » convoité par tous les collectionneurs de timbres qui se respectent et le « pli des queues ». Et je n’étais même pas collectionneur!

Yolande Méthot et sa sœur

Yolande et sa sœur prennent la pose assises sur le bord d’une fontaine
Collection du Centre d’histoire de Montréal
Pour passer les heures qui dégringolent, quoi de mieux que de parler à ses voisins d’en avant et d’en arrière. Premiers contacts que peu de gens prisent à ce moment-là, je dois dire, car l’Expo est là, grandiose, neuve, offerte à leurs yeux. Personne n’ose cependant sortir des rangs.

La foule devint si habituée à faire la queue que, maintes fois, sans raison apparente, il s’en formait une. Ainsi, deux employés du pavillon tchécoslovaque, attendant qu’on leur ouvre la porte de service, voient derrière eux une vingtaine de personnes qui attendent aussi!

Et cette autre queue qui se forma non loin du pavillon belge! Un employé intrigué demanda pourquoi on faisait la queue : certains voulaient des gaufres, d’autres se dirigeaient vers les toilettes. Il se rendit donc à la tête de la file pour découvrir que l’on vendait bien des gaufres, et les toilettes étaient tout à côté!

Le 15 septembre, les visiteurs avaient déjà perdu 2283 années à faire la queue! Durant les mois de juillet et août, c’était peine perdue d’essayer de n’en pas faire. Il y avait du monde partout, à pleines rues. Il fallut en prendre son parti. Cela n’avait rien de trop désagréable; la foule offrait des perspectives d’étude de comportement humain à nulles autres pareilles.

Pour le seul plaisir d’être là

Yolande Méthot - photo d'enfants

Deux enfants mangent un repas de casse-croûte assis sur la pelouse à Expo 67
Collection du Centre d’histoire de Montréal
Combien de fois n’ai-je pas marché dans cette foule, pour le seul plaisir d’être là, de coudoyer un monde disparate, détendu, joyeux, qui semblait n’avoir rien d’autre à faire que de se promener dans les îles, de vivre en paix, d’oublier qu’il existe un autre monde où tout va vite, un monde qui fait la guerre, un monde qui ne sait plus ce qu’est l’amour.

[…]

Prise d’une fièvre tenace, je ne pus m’en débarrasser que lorsque je franchis le dernier seuil du dernier pavillon qu’il me restait à voir le 23 septembre! Plus j’y allais plus je sentais le besoin d’y retourner. Et cette soif de l’Expo m’a tenaillée presque jusqu’à la fin. Fièvre merveilleuse s’il en est, exaltante et communicative, que j’ai bien dû malgré moi transmettre à d’autres. Le maire Drapeau saura-t-il jamais quel « agent secret » de publicité je fus pour son Expo?

J’ai, de par mon emballement maladif pour cette terre fantastique des îles, contaminé plus d’un et je ne m’en repens point.

Yolande Méthot et sa sœur - photomaton

Page d'un album personnalisé de Yolande Méthot avec huit petites photos de photomaton
Collection du Centre d’histoire de Montréal
Pendant ces six mois de grande vie internationale, notre petit appartement eut la joie de recevoir des visiteurs de huit pays : France, Belgique, Suisse, Maroc, Chine, Jordanie, États-Unis et Nouvelle-Zélande. Bien entendu aussi du Canada.

La famille, les amis de Colombie-Britannique et d’Ontario, à un rythme assez régulier, et souvent la famille entière, défilèrent chez nous. Sur les 51 personnes venues rue Sherbrooke, 36 y ont passé de 7 à 12 jours chacune. Ce n’est pas un record, bien sûr, mais ça meuble bien une maison. Et ça fait de la vie! Ouf!

Pour vous donner une idée du mélange international qui eut lieu alors, un jour, Bernard l’Arabe et Yves le Marocain se rencontrèrent chez nous. Puis un autre jour, le patriarche François, de France, fit la connaissance de la délicieuse Suissesse, Sylvia. Béatrice, de Belgique connut notre ami Johnnie, de Colombie-Britannique.

Ainsi filèrent les jours, plus remplis et plus merveilleux les uns que les autres.

Le culte de l’hospitalité

Yolande Méthot - lettre de Jean Drapeau

Sur la dernière page du troisième album personnalisé, une lettre de Jean Drapeau datée du 17 avril 1969
Collection du Centre d’histoire de Montréal
J’ignore si nous avions ce qu’on peut appeler le culte de l’hospitalité, mais pour voir l’Expo en entier comme je l’ai fait, pour sortir avec les amis, à l’Expo toujours, pour leur faire voir notre Vieux-Montréal, la ville illuminée du haut de la montagne, j’avais institué un système qui n’a pas trop mal fonctionné.

Le matin, je faisais le café. Rien d’autre. Eux préparaient leur déjeuner, pigeant à même le réfrigérateur et les armoires bien garnis ce qui les tentait. Eux, ils étaient en vacances et faisaient, plus souvent qu’autrement, la grasse matinée. Nous… sur le bout des pieds, nous devions aller travailler.

Le retour à la maison le soir, c’était tout un spectacle. Là encore, ça dépendait du programme des visites de la journée que chacun avait ébauché pour lui-même.

Je revois ma belle-sœur étendue sur le tapis, les jambes posées sur le divan, crevée! Hélène, de Nice, qui se laissait choir sur un fauteuil essayant de récupérer le plus vite possible quelques bribes de courage pour pouvoir jouer au scrabble dont elle venait de faire la découverte!

François que les jours suffocants de juillet rendaient à bout de souffle, la bouche sèche et les jambes en compote. Faut dire que des jambes de 64 ans n’ont plus la résistance de celles de 20 ans! Et Béatrice avait beau pousser sur son courage belge, elle devait se coucher assez tôt pour être sur pied le lendemain.

Quant aux enfants, nombreux et en « grappes », qui vinrent chez nous, c’était la fête! Pour les tenir en laisse, rien comme du découpage, du collage et la piscine. Le découpage faisait bien des bouts de papier sur le tapis, puis après! Les enfants eux ne semblaient jamais au bout de leurs forces. Mais aussitôt dans leurs lits – quand ils avaient la chance d’en avoir, car plus d’une fois il fallut improviser… sur le tapis –, le sommeil les emportait dans un monde merveilleux.

Et moi, j’ai été choyée de bons becs et de bras autour de mon cou… Ça aussi c’est sans prix!